L'Empire de la tristesse : Notes sur les films pornographiques
Pourquoi s’intéresser à la
pornographie filmée ? Parce qu’elle pose des questions essentielles sur le
regard, le désir, le corps et le cinéma. Malgré la pauvreté récurrente de ses
propres réponses, elle ne mérite, assurément, ni apologie ni mépris, encore
moins condamnation : elle nous regarde, dans les deux sens du mot, alors osons un
peu la regarder.
La pornographie interroge le
cinéphile autant que l’antimatière le physicien. Le cinéma pornographique
s’affirme comme anti-cinéma.
De toutes ces images émane une
étrange tristesse, même si des sourires, feints ou sincères, affleurent, et des
rires parfois.
Voici un cinéma qui se veut jouissif
mais ne s’avère jamais jubilatoire, comme retenu par un impératif catégorique
de double tension, physique et psychologique. Il faut non seulement bander et
mouiller (avec l’aide de lubrifiants, souvent) mais encore revêtir un masque
d’impassibilité, d’absence à soi et au monde – quand même il se réduirait à un
caméscope et à celui qui le tient –, seule parure de corps autistes dévoilés.
Tous ces mannequins nus filmés de
trop près et suréclairés se démènent à l’infini, dans le temps cyclique de la
lecture répétée, hors du monde et d’eux-mêmes, innombrables automates piégés
dans un moment, une position, un corps glorifié, malmené et toujours
commercialisé.
Pas de Marienbad pour eux, pas
d’invention de Morel, et cependant ils réalisent pleinement ce fantasme
littéraire d’un temps replié sur lui-même dans les mêmes gestes (les mêmes
positions), les mêmes épisodes (les mêmes pratiques), les mêmes mots (les mêmes
injures, les mêmes vagissements).
Si l’enfer se caractérise par la
reproduction du même, sans l’espoir d’un terme où le damné pourrait enfin se
reposer, alors le film pornographique s’illustre comme une arène infernale où
mille et un corps s’échinent en vain, condamnés à baiser et à jouir sans trêve
et selon des figures imposées qui ne laissent aucune place à la respiration du
désir, à ses manques, aussi.
Le genre pornographique traduit et
incarne l’économie capitaliste – et toute société par elle régie – avec son
obsession de la compétitivité, du profit, de l’accumulation, de la performance
(on appelle d’ailleurs les actrices endurantes des performeuses).
Ici, il ne faut pas faillir, il ne
faut pas hésiter, il ne faut pas rechigner. On retrouve la hiérarchie
d’exploitation – et quoi de plus pur comme forme de cinéma d’exploitation que
le film pornographique ? – avec un patronat très riche, des travailleurs
du sexe dont le seul capital, réel et symbolique, se limite à leurs corps, et
une masse de consommateurs de tous âges, de tous milieux, acteurs passifs dans l’équation
bien connue de l’offre et de la demande.
L’industrie du divertissement pour adultes, comme disent les Américains,
représente un chiffre d’affaires conséquent, sans doute largement supérieur, au
vu des coûts de revient, à celui du cinéma non pornographique, même si loin
derrière la mainmise du jeu vidéo.
Rien de neuf et d’original dans tout
cela, mais un point mérite développement.
On sait que le capitalisme aboutit à
une dématérialisation du capital, que le serpent monétaire mue chaque jour en bourse
sous la forme de flux financiers, de valeurs de change, d’indices nationaux.
Les chiffres, encore plus abstraits que les mots, transforment l’argent en une
suite de courants graphiques dont on perçoit mal l’impact dévastateur dans le
monde (mais toutes les victimes incapables de lire un tableau boursier
connaissent parfaitement ses effets dans leur vie quotidienne).
L’argent capitaliste vise à
l’invisibilité, à la disparition, à la numérisation, à l’écart des
représentations symboliques encore trop ancrées dans le réel. Cet argent tend à
la fois vers son expansion et son immatérialité. Hors d’atteinte, il acquiert
un statut divin, comme s’il s’agissait d’un principe supranational et même
supraplanétaire, libre de gérer du haut de son pinacle le sort infernal des
êtres de chair, et donc encore mortels, qui le servent et dont il se sert.
On constate le même principe de
dématérialisation dans le film pornographique. Paradoxalement, dans ce cinéma
où les corps s’incarnent mille fois plus que dans aucun autre genre, où ils
sidèrent par leur présence, leurs acrobaties, leurs sécrétions, dans une sorte
de tridimensionnalité technologique avant la lettre, rien ne semble vivant,
incarné, mortel, ici et maintenant dans cette vie.
De même que l’excès de parole théâtrale
peut déboucher sur une forme supérieure de cinéma, par son interaction avec le
corps, avec le temps, avec le silence, qui constituent la matière et la forme à
la fois de l’écriture et du cinéma – de même, le film pornographique, par un
excès de réel, de corps, de jouissance, aboutit à cet univers étranger qui
existe en parallèle à nos vies et nos sexualités.
Ici, pas de trucage, de vraies
pénétrations et de vrais orgasmes (le camelot prône toujours la véracité de son
produit, comme pour contrebalancer le poids de la réalité), de vraies gamines
et de vraies femmes mûres, de vraies sodomies et des gorges très profondes
(jusqu’au vomissement). On promet le festin nu, le « vrai truc »,
la scène ultime qui ravivera votre intérêt et votre ardeur blasés. Mais,
étonnamment, tout ce discours et toute cette imagerie engendrent un effet
contraire, en tout cas imprévu.
L’hyperréalisme s’abolit dans la
bidimensionnalité, la sueur perd sa fragrance derrière l’écran, l’actrice avale
vaillamment mais le sperme ou la glycine demeurent dans votre main ou entre vos
doigts.
Anti-cinéma et pourtant cinéma
encore, le film pornographique souligne et tente désespérément de briser la
frontière invisible entre l’objet filmé, les corps qu’il met en scène, et le
spectateur exclu, médusé, pantelant.
Le mot merde perd certes l’odeur de ce qu’il désigne (Barthes), mais les cris de
toutes ces femmes finissent par se perdre, non dans l’espace (où personne ne
vous entend crier, bien sûr) mais dans une interzone accessible à chaque
lecture, un univers non pas onirique ni merveilleux ni cauchemardesque mais
simplement, radicalement, et ontologiquement autre.
Filmer, et filmer cela, crée cet
univers.
Les féministes – à l’exception de
celles, minoritaires, qui pensent que la pornographie peut s’avérer féministe,
pour autant qu’elles se reconnaissent telles – exècrent la pornographie, et ce
depuis son avènement au début des années 70, reprenant pour d’autres
motifs (vraiment ?) la condamnation des ligues de vertu antérieures.
On peut comprendre ce mépris, ce
dégoût, cette partialité. Reste à les interroger, pour montrer qu’elles se
trompent de cible, à tout le moins de situation.
Les féministes détestent la
pornographie parce qu’elle véhiculerait une vision commerciale et dépréciative
de la sexualité ; parce qu’elle ouvre la porte aux mauvais traitements et
à la violence faite aux femmes ;
parce qu’elle remplit souvent auprès des enfants un rôle éducatif dangereux,
illustrant et justifiant des stéréotypes sexistes, avec le rapport dominant
/dominé comme base.
Quarante ans en arrière, on disait phallocrate, aujourd’hui on dit sexiste, mais le discours reste
inchangé : la pornographie incarnerait, littéralement, la domination
masculine.
Ce point de vue, souvent argumenté à
raison, d’autres preneurs de paroles le partagent, sans militer pour le
féminisme.
Reprenons : la pornographie
comme marchandise, qui le nierait, mais comme l’ensemble du cinéma, avec une
identité d’objectifs : faire jouir le spectateur, lui procurer du plaisir,
y compris dans le malaise ou la noirceur ou l’interrogation – mais avec une émotion polysémique dans le
cas du cinéma traditionnel, et avec une émotion sur un seul ton – la jouissance
solitaire, à la fois émotion et acte – dans le cas du cinéma pornographique.
Là encore, nuançons : dans les
salons, les fans du genre regardent parfois les actrices avec les yeux
d’adolescents émerveillés et transis, et non de porcs concupiscents. Donc, même
ici, des sentiments, ou des ébauches de sentiments, entrent en jeu. Grâce à
eux, le corps, n’importe quel corps, en vient toujours à se différencier de la
viande.
De même, en jugeant que la
représentation sexuelle déprécie la sexualité tout entière, on commet la même
erreur que ceux qui reprochent aux films d’horreur leur violence, leur
exhibitionnisme, leur complaisance, et d’encourager tacitement par l’exemple
des comportements criminels.
Face à ce sophisme, répétons une fois
encore : il peut exister un effet entre le film et son spectateur –
souhaitons-le, en tout cas, sinon le film s’abolit de lui-même, mais rien ne
prouve une corrélation, une causalité, un déterminisme entre l’un et l’autre.
Comme dit précédemment, on ne saurait nier une sentimentalité dans le rapport
aux actrices, et certains esprits bien pensants rougiraient des fantasmes de
jeunes filles sages…
Un ensemble de facteurs détermine le
passage à l’acte, et croire en une toute-puissance immanente de l’image revient
à souffrir soi-même, au mieux d’un manque de discernement, au pire d’un
aveuglement sur l’interaction multiple entre le monde et le film. Les
prescripteurs, ou les censeurs, peu importe, s’affirment dès lors comme des
idéologues du réel, et nous savons où mène toute idéologie appliquée, féministe
ou pas.
Le pourcentage de spectateurs
désireux de déterrer un cadavre ou de torturer des étrangers après le
visionnage d’un film d’horreur s’avérerait sans doute infinitésimal, voire inexistant,
et dépendrait dans tous les cas du rapport entre ce spectateur, et pas un
autre, et ce film, et pas un autre. Idem pour le genre pornographique :
peu de consommateurs, probablement, quittent leur appartement pour s’en aller
violer (ou pire) d’innocentes inconnues dans les rues de leur ville. Après
l’orgasme, on le sait, advient une déperdition d’énergie, physique et
psychique. La violence envers une femme, souvent une proche, et dont on peut
s’interroger sur la fiabilité des statistiques officielles (comme le fait Élisabeth
Badinter, qu’on ne peut taxer de pornophilie), se nourrit à bien d’autres
sources, par exemple la frustration, la mésestime de soi, la caducité d’antiques
schémas amoureux qui entrent en collision avec le réel – pas besoin de
pornographie pour ça.
Quand à l’éducation des têtes blondes, rappelons que la
pornographie légale, produite par des adultes, se destine à eux seuls. Le fait
que des enfants visionnent des contenus adultes pose sans doute question,
mais le problème s’avère avant tout technique : aux parents, aux
éducateurs, aux fournisseurs d’interdire leur accès à ce public, de la même
façon qu’on déconseille à un bambin d’enfoncer ses doigts dans une prise
d’électricité murale. Rien de symbolique dans cet exemple, à moins de faire
commerce de la psyché…
Enfin, au niveau mythique – au sens
de récit oral ou visuel liant une société par la transmission d’une
chronologie, d’une explication symbolique et d’une morale –, la pornographie
démontre, une fois de plus, la complexité du monde et de sa représentation.
N’en déplaise à tous ceux qui pensent le contraire (mais que font-ils, à quoi
pensent-ils en privé ?), on ne peut estimer aucune sexualité entre adultes consentants condamnable par nature.
Parlons de préférences plutôt que de pratiques sexuelles avilissantes, de contrat
plutôt que de vice, d’immaturité plutôt que de perversité. Ces comportements,
libre à soi de les trouver choquants, ou de ne pas vouloir les vivre, mais,
autant dans le cadre d’un film dont le spectateur peut accepter ou refuser le
visionnage, que dans celui de la vraie
vie, ils ne constituent pas un crime ou un délit, comme par exemple la sodomie en France
au dix-huitième siècle.
Par ailleurs, les pornophobes ne voient pas, ou ne veulent pas voir, le rôle central des actrices, et par
extension des femmes, dans le film pornographique. Ce corps féminin réifié,
utilisé, exploité, découpé sous toutes les coutures, perforé de toutes les
façons, ce corps malmené et dévalué par des crachats ou des insultes – ce corps
qui se fond avec celle qui l’anime n’en demeure pas moins, en tout cas durant
la lecture de la scène, irremplaçable, sidérant, essentiel, axe de tous les
regards, de tous les désirs, de toutes les combinaisons, pas seulement
sexuelles. Ce corps, qui donne parfois l’impression qu’on le massacre et qu’il
en perd sa dignité, évoque une étoile : morte, et lointaine, elle continue
de briller le temps que met sa lumière à nous parvenir. Dans l’empire de la
tristesse, les étoiles meurent vite et souvent, au propre comme au figuré, mais
elles nous éclairent sur notre société et sur nous-mêmes, en nous interrogeant
sur les désirs qui les fondent.
Le film pornographique montre ce que
le cinéma ne montre pas. Dépassons ce truisme : pourquoi le cinéma ne
montre-t-il pas l’événement élémentaire et complexe, grotesque et généreux,
terrible et banal que constitue l’acte sexuel, ou, plutôt, pourquoi le montre-t-il
différemment du film pornographique, c’est-à-dire en le simulant, en
l’écourtant, en le symbolisant ?
Le cinéma se situe dans la mimesis, dans la représentation, dans
l’écart du réel : on ne vit pas vraiment, on ne fait pas vraiment l’amour,
on ne tue pas. Le film pornographique saute le pas à chaque seconde : il
donne à voir quelque chose qui se produit réellement, malgré la mise en scène
qui traduit toujours, par la prise de vues, la durée, le montage, le jeu des
acteurs (réduit à l’effort du plaisir et à l’orgasme).
Le film pornographique puise sa
force, et son pouvoir d’attraction, sinon de sidération, dans ce spectacle réel,
dans sa captation d’une réalité ultime – au-delà, la mort pour de vrai, donnée
et enregistrée, base de légendes urbaines et de fictions travaillées par le
dernier tabou, par la transgression de la représentation, par une sorte
d’accélération de la mort au travail présente dans toute image.
On peut estimer que le film
pornographique montre trop, montre mal, ne sait pas montrer, que ce pouvoir le
limite et le réduit à une production de masse, vite, très vite manufacturée,
diffusée, consommée. On peut aussi penser que le pouvoir provient de
l’événement filmé, uniquement de lui-même, et alors, de cinématographique, le problème
devient purement sociologique : comprendre pourquoi une société donnée
produit et consomme de telles images, un simple cas d’ethnographie sexuelle. On
peut aussi juger que, finalement, tout cela n’intéresse guère, et manque de
sérieux.
Cet essai s’affirme aussi contre
cela, et pose le postulat suivant : réfléchir au film pornographique pour
réfléchir au cinéma, questionner ces corps en images pour questionner son
propre corps, chercher la femme et toutes les femmes pour mieux comprendre les
relations entre les sexes. Rien de futile, de complaisant, de graveleux dans
cette démarche, rien d’innocent non plus : la réflexion engage autant
celui qui réfléchit que le spectateur et l’actrice.
Dans l’empire de la tristesse, le
Minotaure veille.
Plus que centenaire, traversé par
deux guerres mondiales et secoué par les mille convulsions économiques,
idéologiques et morales du siècle, le cinéma tarde à entrer dans l’âge adulte
concernant la représentation de la sexualité.
Que voit-on sur nos écrans en cette
matière ? Bien peu, et bien mal.
Cassavetes voulait filmer de
« vrais gens » : au cinéma, on voit rarement de vrais corps. Il
faut applaudir des deux mains l’œuvre entière de Cronenberg, et les réussites
isolées de Bruno Dumont et Gaspar Noé, mais à part cela, morne plaine…
Regards appuyés, clair-obscur ou
lumière tamisée, accompagnement musical langoureux, cadrages, positions et
progressions à l’identique : à chaque fois la même imagerie se remet en
place, mécanique, paresseuse, doublement artificielle par rapport au film et au
monde. La scène de sexe devient un passage obligé, une figure imposée, un code
du genre (et un élément transgenre) mais toujours endiguée, sectionnée,
cantonnée par la narration au rang de parenthèse, de pièce rapportée, voire de
premier essai pour les actrices débutantes (comme les vieillards qui assistent
au bain de Suzanne, le cinéma bourgeois se repaît de ces petites nudités
gratuites, sauf pour la jeune fille).
La mise en place de standards de
représentation au début des années 30 dans le système hollywoodien se
maintient fermement de nos jours, et pas seulement dans la comédie
sentimentale. Premiers producteurs mondiaux de pornographie, les États-Unis
diffusent aussi le cinéma le moins charnel, le moins sexuel, le moins adulte.
La sexualité (et plus largement le corps) représente le point aveugle, l’angle
mort d’une production qui démontre mais ne montre pas, qui, jusque dans ses
techniques de marketing, se veut sexy mais jamais sexuelle, qui utilise souvent
le dirty talk pour se protéger de la
béance non verbale des corps accouplés. Dans cette industrie, on parle de sexe,
pas de sexualité, c’est-à-dire d’un produit normé, fabriqué en série,
inoffensif et rentable.
Les idéalistes se réjouissent encore
des métaphores conscientes d’une esthétique encadrée mais ludique : tout
le monde sourit à l’ultime plan de La Mort aux trousses avec son train
pénétrant un tunnel. Mais, cinquante ans plus tard, ne peut-on faire
différemment ? Et que se passe-t-il dans la vieille Europe ?
On sait l’importance du néo-réalisme,
à la fois comme nouvelle économie, nouvelle esthétique et nouvelle morale. Né
de la guerre, fils de sa crudité et de la volonté d’une cinématographie de voir
enfin les choses en face, bien loin de tous les téléphones blancs et autres
accessoires politiques, ce mouvement allait bientôt s’enferrer dans une formule
comme une autre, un genre déjà anémié, avant de retrouver quelques feux à la
faveur du cinéma engagé et de la comédie à l’italienne. Il n’en reste pas moins
un beau moment de vie, la tentative de faire entrer une peu d’air et de réalité
dans les salles trop obscures du cinéma italien.
Las, si on lui doit de belles
héroïnes, dans les deux acceptions de ces termes (pensons à la Magnani, à la
Mangano), son apport à notre sujet demeure limité. On ne niera pas – et on
célébrera longtemps – la sensualité des Cardinale, Loren, Belli et Bellucci,
mais on n’aborde pas ici cette séduction-là, on traite de corps, de sexualité, de
représentation et de pornographie.
L’avènement et la chute, quasi
simultanés, au début des années 70, d’une nouvelle imagerie sexuelle,
avec ses déclinaisons nationales et culturelles – hardcore aux États-Unis, bondage
et roman porno au Japon, films X
bourgeois et franchouillards en France – doivent apparaître non comme une
révolution, un âge d’or, ou les prémices du déclin de l’Occident, mais, plus sereinement, comme une occasion ratée, une porte aussitôt refermée, une
alternative jamais aboutie, à la fois positive et négative, comme un état de
fait.
Le néo-réalisme augurait d’un peu de
vérité, mais la commercialisation sexuelle – la libéralisation va de pair avec
le libéralisme, pas avec la liberté, à moins de considérer le commerce comme
une preuve de liberté – imposa vite de nouveaux téléphones blancs, de nouveaux
lieux communs, tout un magma souvent hideux, sans même le salut d’une énergie,
d’une sincérité, d’un témoignage.
Une dernière chose : les
promesses et la vertu du néo-réalisme, on les retrouve dans l’un des fleurons du
cinéma bis italien, le fameux Cannibal
Holocaust, grand film d’horreur et grand film tout court, qui non
seulement pose brillamment, et avec une grande ironie, quelques-unes des
questions abordées dans ces pages, mais le fait au moyen d’une forme elle-même
problématique, puisque empruntée au cinéma vérité. Intelligent, audacieux,
cohérent, Deodato va jusqu’au bout, et le spectateur avec lui, à la suite de
ces journalistes partis filmer du primitif
si loin de chez eux. Il leur en coûtera beaucoup, comme au spectateur, mais ce
grand voyage au bout de la nuit questionne et stimule intensément trente ans
après sa sortie (les démêlés avec la censure et la justice, à lire comme gages
de réussite), et fixe en un tour de force le cadre d’une réflexion sur le
regard, la mise en scène, la représentation et la finalité du reportage (et de
l’œuvre d’art). Il annonce aussi un univers où les corps n’existent que pour
une caméra, où l’on filme ses ébats, où la simulation cède le pas à
l’enregistrement, où le jeu disparaît face au phénomène, où l’identité vaut peu
de chose, et les femmes encore moins – cet univers, bien sûr, on le parcourt
ici et dans chaque film pornographique, il s’agit bien d’un territoire peuplé
de cannibales et de sacrifices, non exempt de violence, et relié à la caméra
comme un malade à sa perfusion : bienvenue dans l’empire de la
tristesse.
Et après ?
Et après ?
Après, une fois l’empire quitté, les
actrices retournent à l’anonymat de leur vrai nom. Le déni s’invite souvent, ou
le silence, ou l’oubli. Un livre vient parfois clore cette partie de la vie.
Certaines disparaissent corps et biens (émouvante Claudine Beccarie,
protagoniste de l’un des meilleurs portraits de femmes des années 70, Exhibition),
d’autres survivent en se diversifiant dans la sexologie (franche et lucide
Brigitte Lahaie) ou le marketing (ambitieuse et inflexible Clara Morgane).
On dénombre beaucoup de blessures,
d’humiliations, de questions sans réponse, de remises en cause stériles, de
colères contenues, et le sentiment diffus d’une place absurde, résumée par la
question souvent si posée : « Mais que fais-je donc ici ? » – cela
d’ailleurs se retrouve largement en dehors de l’industrie pornographique, car
le cinéma ne déborde pas de tendresse ni de reconnaissance pour ses actrices,
une fois celles-ci lancées, utilisées,
rentabilisées.
Stefania Sandrelli tourne La Clé âgée d’une quarantaine d’années, bien avant la mode des MILF et autres cougars. Dans l’écrin aqueux d’une
Venise crépusculaire, aussi mortifère que celle de Mann et Visconti, mais pas
pour les mêmes raisons, elle resplendit de toute sa maturité, de tout son
talent, de tout son courage, sous le regard toujours complice et respectueux de
Tinto Brass. Principe vital dans un univers à l’agonie, incarnation de tous les
désirs, quand vocifèrent les interminables discours de mort, allaitant,
déniaisant, enjolivant la vie de quelques mâles de l’Italie fasciste, elle
ravit et emporte dans son élan les personnages et le spectateur.
Pour incarner ce beau personnage, peut-être le rôle d’une carrière, il
fallait le cœur et le brio de l’actrice – là aussi, les insultes se révèlent
gages de qualité – et le talent et la bonne distance du réalisateur. Quand le
film pornographique découpe et fragmente, recourt à l’effet de réel contenu
dans le plan-séquence, Brass, qui monte ses films lui-même, opte pour le
mouvement continu, tant au niveau de la caméra que du montage, non pour
insuffler une vitesse factice à des décors fixes garnis de marionnettes
immobiles (ce que font de nombreuses séries télévisées), mais bien pour
accompagner en la redoublant la vitalité du personnage et de l’actrice, en lui
donnant du champ, en l’inscrivant dans une ville marine dont elle procède de
pleine culture, associée par sa féminité à l’élément liquide. La femme se lave
au bidet, la femme urine dans la pénombre d’une ruelle, elle le fait parce que
cette femme peut le faire, sans ostentation, ni fétichisme, ni scatologie. Le corps
de la Sandrelli donne magnifiquement vie à un personnage traversé par tous les
flux, notamment ceux de l’Histoire avec sa grande hache, comme disait Perec,
mais qui ne perd jamais sa liberté, sa beauté, sa puissance vitale et donc
sexuelle.
Ce que l’on voit dans ce film, ce qui
en fait la valeur, une scène le condense et l’extrait, comme un parfum
capiteux : assise dans une gondole transformée en corbillard, l’héroïne,
enfin corps, enfin personnage, enfin femme, plonge une main à contre-courant et
remonte le fil de son désir. Cette scène finale, où Brass démontre et son
habileté et le pouvoir du montage, advient comme une apothéose intime, le
moment où le personnage découvre l’émotion de ses étreintes enfuies, leur
fragilité, où le corps apprend qu’il va mourir, lui aussi, où l’actrice semble
étonnée de sa propre audace et de son engagement. À cet instant de
révélations, de dévoilement, le film fait un saut qualitatif et se pose comme
une réponse au sentimentalisme et à la pornographie.
Le corps chéri, joyeux, jamais
impudique de Stefania Sandrelli, parvient non pas à évoquer on ne sait quel éternel féminin,
mais à exister au service d’un personnage, qu’il anime de telle façon que
l’héroïne et l’actrice peuvent enfin respirer dans toute leur nature de femme.
L’image du corps féminin se leste de sa vraie gravité, de ses imperfections (ou
supposées telles), de son histoire hors de l’écran. Une vérité surgit, qui
appartient à cette femme à cet instant.
Si d’autres actrices surent apparaître
avec leur corps bien avant celle-ci – quelques noms au hasard, y compris dans
le cinéma classique, de Dita Parlo à Romy Schneider, en passant par Ava Gardner
ou Kim Novak –, elle va au-delà, prend plus de risques, actrice libre dans un
milieu bourgeois, héroïne libre dans une société bourgeoise, et le film raconte
et célèbre cette liberté, ode à une femme et à une ville (le roman de Tanizaki
se limitait au récit ritualisé d’un vieil époux), histoire d’amour adulte
filmée par et pour des adultes.
Mais nous ne voulons pas grandir, pas
même au cinéma.
Dans l’empire de la tristesse et
ailleurs, les ogres doux désirent d’éternels enfants, pour les faire rire,
s’émouvoir, s’évader dans un monde privé d’angles aigus. Gardé en enfance, un
peuple se gouverne ; consolé par du divertissement – adult entertainment, comme les Américains désignent le film
pornographique –, un public s’achète, et l’on vend à tous ces grands enfants de
la puérilité.
D’où la nécessité de questionner un
genre cinématographique « strictement réservé aux adultes ».
Melville, dont les grands films
glacés s’apparentent à des oraisons ironiques, à des marches à la mort
masculines et fétichistes, associait d'ailleurs pornographie et puérilité.
On s’en aperçoit vite : le film
pornographique se caractérise par son dénuement narratif, économique,
émotionnel. La pauvreté n’équivaut pas toujours à la vertu, surtout guidée par
des motifs mercantiles. Ici, on fait peu pour gagner plus, avec l’argent au
cœur de tout. Le discours hédoniste des actrices ne tient pas face aux
conditions de travail, au rythme de production et à la starification illusoire.
Bien sûr, on fait tout cela pour gagner de l’argent, relativement vite et sans
beaucoup d’effort – il suffit de laisser sa pudeur et son droit à l’image au
vestiaire, ou plutôt entre les mains des bénéficiaires.
Toutes ces actrices presque
interchangeables évoquent les ouvrières d’une ruche, en plein travail, en
pleine activité. Actrices mais jamais comédiennes (elles-mêmes le
reconnaissent), dans l’acte mais jamais dans la création, surexposant leurs
corps mais jamais pour faire advenir un personnage ; ici, pas de premiers rôles,
rien que des figurants, certains plus athlétiques ou marginaux que d’autres. Et
pas question d’intégrer ensuite le cinéma : la lettre écarlate, invisible
mais plus repoussante que tous les tatouages, ne s’efface pas pour les
« professionnelles de la profession » (relisez l’autobiographie de Brigitte Lahaie).
Certainement pas déficitaire, promis
à de beaux lendemains avec la personnalisation des technologies dites « de
communication », le film pornographique pouvait s’envisager, à défaut
d’une solution, comme une proposition à l’insupportable absence de réel, de
vérité, de sang, de la majorité des films de cinéma. S’il ne peut rivaliser avec
la complexité, la beauté, la permanence des grandes œuvres, du moins
promettait-il de la sueur, du sperme et de la chair, éléments donnés comme
indéniables, saturés de réalité et d’évidence.
Mais ici pas plus qu’ailleurs,
l’évidence n’existe plus, et le soupçon s’immisce, bientôt rejoint par cette
vérité pourtant présente dès le début : le film pornographique se fonde sur un
double manque – manque d’un corps pour le spectateur, marque et appauvrissement
de sa misère sexuelle ; manque d’un personnage pour le genre, et de tout
l’appareil d’identification qui va avec, permet au spectateur de
s’intéresser à plusieurs niveaux à ce qu’il voit.
Cinéma du manque, du vide, de l’absence
d’un corps trop et mal montré, cinéma mécanique où des machines charnelles
copulent à l’infini, forme morte qui reproduit les mêmes scènes, les mêmes
illusions, plus linéaire encore que le roman du dix-neuvième siècle, art
industriel de toute éternité, industrie se fichant de l’art, imagerie infantile
participant du grand désir collectif de ne pas vieillir, de ne pas souffrir, de
ne plus mourir, contes de fées pas même pervers à l’usage des adultes, des
adolescents (et d’un enfant sur deux selon les statistiques), produit de masse
artisanal qui pose quelques grandes questions mais ne souhaite surtout pas y
répondre, expression sociale épousant les modes sexuelles, les initiant (la
fellation entrée – vraiment ? – dans les mœurs), reflet grossi des tensions
sexuelles à l’œuvre dans la société, de la pauvreté et de la violence sexuées
(parallèles et raccourcis entre la tournante
et le gang bang), artefact routinier,
bourgeois, futile et désespérant – voici pour nous le film pornographique.
Que deviendra-t-il, et dans quel
rapport avec le cinéma ?
Plus de violence ? Les films
pornographiques violents se limitent à une niche commerciale, même si l’on peut
juger l’ensemble de la production lesté d’une certaine violence psychologique,
qui n’épargne ni les acteurs, ni les fabricants, ni les spectateurs. Plus de
performance ? Pour le dire crûment, le corps d’une femme ne possède encore
que trois orifices, et l’on imagine mal de nouvelles configurations sans le
recours à la chirurgie, voire à la génétique. Plus de réalité ? La
généralisation de la 3D appliquée au film pornographique promet beaucoup dans
ce sens, mais, outre la pingrerie proverbiale de l’industrie, on parlera plus ici
de proximité avec le spectateur, d’abolition de la distance de l’écran. Ce
fantasme d’immersion, qui hante de nos jours le cinéma, traduit-il autre chose
qu’un refus du monde actuel, un enfouissement des corps et des consciences, aujourd’hui dans une salle de cinéma (comparée à un tombeau par Artaud), hier
dans les ombres d’une caverne ?
La dimension d’exorcisme présente au
cinéma, consubstantielle à lui, le fait d’aller contempler des fantômes issus
de la lumière, et ne vivant que ce qu’elle dure, pour se confronter à son
propre devenir, à sa mort certaine, à sa finitude et à sa solitude, dans une
tentative d’apprivoisement, d’apaisement, d’établissement de nouvelles valeurs,
et ce au moyen d’un art tendre et sauvage, à bout de souffle et encore
largement inexploité, art mécanique autant qu’organique, art qui nous apprend à
mourir et à vivre, à rêver et à exiger le réel, art du monde et de l’univers
intérieur – tout cela (qui fait, soit dit en passant, la grandeur d’un autre
genre encore souvent méprisé, le cinéma d’horreur) excède la question du film
pornographique, mais la comprend, la contient.
Il nous faut à présent quitter
l’empire de la tristesse.
Nous retournerons au cinéma et nous reviendrons à ce territoire, car l’on
retrouve toujours la plaie qui démange.
Nous y croiserons à nouveau sans
doute des corps désincarnés, exténués, vides féminins perpétuellement à
combler, des jeunes femmes encore vierges d'un parcours, d'une histoire, qui se suicident (comme dans
l’agriculture, dans la police ou la téléphonie), des hommes nantis, hors-champ,
et d’autres pauvres, qui se méprisent peut-être, mais veulent se croire riches
de leurs érections et du nombre de leurs partenaires, toute une foule
d’anonymes et de presque célèbres errant sur l’orgiaque océan numérique, avec l’auteur
de ces lignes pour témoin, plutôt qu’explorateur, mais ombre parmi les ombres,
à hauteur d’homme et de femme en ces lieux couchés, et certains regards
capteront son regard, et certaines peaux feront naître le regret des caresses,
et de ces heures vont sourdre encore de la déception, du gâchis, de l’autarcie :
risques à courir, dangers à surmonter.
Assez de tristesse pour
aujourd’hui.
Laissons cet empire, ne repassons pas
la frontière, souhaitons à ses membres un peu de paix, de mystère, ou, mieux,
la déflagration d’une révolte qui aboutirait à sa chute. Les exemples ne
manquent pas dans l’actualité ou les livres d’Histoire : nul empire ne
s’arroge l’éternité – pas même celui de la tristesse.
Un texte remarquable et passionnant. Je suis d'accord avec tout ce qui est dit ici (ce que vous écrivez sur "La clé" est très juste et très beau). Pour ma part, je crois que l'échec du cinéma pornographique tient avant tout à des problèmes de "mise en scène". Ces films se rapprochent davantage de la publicité que du cinéma : nécessité de prouver que le "produit" est efficace et fonctionne (d'où l'obligation des éjaculations externes pour montrer que c'est "vrai"), culte de la rentabilité, de l'efficacité. Le cinéma X vend du sexe en évitant tout ce qui en fait le sel : le désir, le plaisir, l'amour, le jeu...
RépondreSupprimerJe m'étonne seulement d'une chose (surtout en voyant votre titre) : pourquoi n'avoir pas évoqué "L'empire des sens", sans doute LA plus grande réussite du genre. Par sa manière de ritualiser le sexe (donc de le "mettre en scène"), Oshima, me semble-t-il montre qu'il peut aussi exister une pornographie belle et adulte. Il me semble d'ailleurs qu'avec leurs codes et leurs interdits, les japonais sont parvenus à produire le cinéma érotique le plus intéressant au monde (avec quelques francs-tireurs italiens dont Brass et Benazeraf en France).
On attend donc avec impatience un de vos textes sur le "roman-porno" japonais...
Merci beaucoup !
SupprimerJe pourrais vous répondre avec "La Lettre volée" de Poe, tellement en évidence qu'on ne la voit plus... Si je fais allusion à la pornographie japonaise, je n'aborde pas "L'Empire des sens" (auquel on peut préférer sa version soft, "L'Empire de la passion" ou le sublime et homoérotique "Tabou") ailleurs que dans le titre en clin d’œil, en effet, parce qu'il ne procède du genre que 'techniquement', pour ainsi dire, belle exception guère représentative de l'ensemble survolé ici. On peut d'ailleurs le coupler avec "Crash", autre grand film adulte dont la sexualité inassouvie constitue à la fois le fond et la forme.
La ritualisation de la représentation sexuelle, traditionnelle en Asie, dont vous parlez, s'exprime encore dans le récent "Flower and Snake", qui résonne étrangement avec "Café Flesh", autre titre transgenre présent sur ce blog, dans un identique dispositif scénique, devant autant au mauvais rêve des personnages qu'à la distanciation de Brecht.
Je connais mal Bénazéraf, hormis quelques passages TV, mais ne demande qu'à le découvrir - des suggestions ?
Enfin, on n'en finit jamais avec le X ou l'horreur, et l'on reviendra sans doute au pays de la tristesse, avec l'évocation d'autres titres marginaux, intéressants pour cela même...
Les producteurs de films pornos ont été trop loin martelait Pasolini en réponse à une question de Philippe Bouvard, selon une rumeur il avait en poche la liste des "huiles " de l'époque, les grands de monde mouillés dans des histoires de pédocriminalité et ainsi aurait signé son arrêt de mort, il fallait écraser la rumeur dans un coupe-gorge aux environs d' Ostie, la plage de Rome...
Supprimerhttps://www.youtube.com/watch?time_continue=2&v=w9Ef1y_OY-U&feature=emb_logo
Meurtre mystérieux et pas à Manhattan, n'en déplaise au sieur Woody Allen, lui-même souillé par un scandale sexuel...
SupprimerDans Journal intime, Moretti accomplit un pèlerinage émouvant, en vespa, sur ce terrain vague mortuaire, en bord de mer, de sinistre et peut-être trop symbolique fait divers...
Pasolini, peu suspect de puritanisme, en public, en privé, se mit à "abjurer" sa "Trilogie de la vie", à l'érotisme jugé joyeux, malicieux, comme si, au mitan des sombres seventies, la "libération sexuelle" n'aboutissait qu'au libéralisme du sperme...
Tout ceci résonne avec le dispensable pamphlet de François Chalais, consacré aux "pornocrates", supposés empêcher les vrais cinéastes, surtout auteuristes, de financer leurs films...
L'imagerie pornographique, contradictoire, dérisoire, importante, stimulante, ne mérite ni le mépris, ni l'apologie, plutôt une approche nuancée, au risque de la subjectivité, raison d'être de cet "essai"...
Pornographie du grec ancien porne (πορνη), « prostituée», et de graphos (γραφω), « écrire», « peindre». Depuis il y a eu le passage à la rentabilité, concept moderne de pornographie forgé en France au siècle des Lumières( à partir de racines grecques).
RépondreSupprimerBon on en est de nos jours à la big de chez big industrie, mon regard de femme pas bégueule c'est que tout ça pour ça, c'est à dire du formaté, en oubliant le côté médical de la chose, les hommes qui sont obligés de prendre des trucs pour bander dur et longtemps, les maladies, les lubrifiants et antiseptiques, les sexes et anus recousus, blanchis ou les gorges esquintées graves...bref...
je rêve personnellement d'autres joies et plaisirs sensuels, à chacun sa vérité ...
https://www.grasset.fr/livres/hard-9782246615118
Supprimerhttps://lemiroirdesfantomes.blogspot.com/2016/09/baise-moi-les-deux-orphelines-vampires.html