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Affichage des articles associés au libellé Henri Calef

Violettes impériales

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  Un métrage, une image : Fandango (1949) Vous voulez un ouvrage estival ? À défaut du fandango de Bernard Herrmann ( La Mort aux trousses , Alfred Hitchcock, 1959), voici celui de Francis Lopez . Tourné à la Victorine, donc à Nice, Fandango (Emil-Edwin Reinert, 1949) ne se déroule pas au Pays basque, tant pis pour ce qui s’écrit en ligne, plutôt aux environs de Falicon (06), pourtant l’un des deux personnages principaux, prénommé Luis, amateur mécano, déclare venir d’Irun : double détail autobio de Mariano, né au même endroit, au garagiste papa. Deux ans avant L’Auberge rouge (Claude Autant-Lara, 1951), un « pont d’or » n’y sème la mort mais y détourne idem les touristes sudistes en direction d’un établissement au succès sous peu assuré par un prévu tracé, à l’inverse de la solitude très désaxée du motel de Norman Bates ( Psychose , Hitchcock, 1960). Le serveur subito licencié, assorti de sa simplette dulcinée, se transforme fissa en petit capita...

Scout toujours…

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  Un métrage, une image : Snobs ! (1962) Visionné via la guère austère Jacqueline Waechter, l’ouvrage d’un autre âge séduit assez, en raison de sa dynamique division : la satire de l’arrivisme provincial évite le vitriol et déploie sa tendresse, pas seulement cinéphile, envers un casting choral autant impeccable qu’improbable. Au niveau de la forme, de toute façon indissociable du fond, une similaire opposition se reproduit, porte un identique fruit : à l’excès assumé du récit, cependant toujours précis, répond donc une réalisation rigoureuse, jamais relâchée, contraste stimulant, en partie dû aux fidèles talents du compositeur Joseph Kosma ( Le Cas du docteur Laurent , Le Chanois, 1957 ou Crésus , Giono, 1960), du directeur de la photo Marcel Weiss ( La Ferme du pendu , Dréville, 1945 ou Meurtre en 45 tours , Périer, 1960), de la monteuse Marguerite Renoir ( La Chienne , Renoir, 1931 ou Les Eaux troubles , Calef, 1949). En compagnie de l’ami Moury, Mocky s...

Un homme marche dans la ville : Le Havre

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Le contremaître, le mécontent, la maîtresse, les amarres de la mémoire. Le prologue portuaire, documentaire, à la cloche funéraire, trompe un peu : Un homme marche dans la ville (1950) s’avère vite un mélodrame sentimental (aux allures de thriller triangulaire) et non un tract syndical (camarade cinéphile, console-toi avec Le Rendez-vous des quais censuré de Carpita, 1950-1953). Il s’agit cependant d’une sorte de greffon pas si con, d’un métrage d’un autre âge, un peu trop sage, d’une œuvre brève et suffisamment méconnue pour la mettre en lumière. Bien sûr, on pense au « néo-réalisme », lui-même à la fois porté sur le mouchoir et le rasoir, cf. Allemagne année zéro (Rossellini, 1948), son marmot esseulé, suicidé, un brin délocalisé ici, au « réalisme poétique », évasion évanouie sur Le Quai des brumes (Carné, 1938) du Havre, voui, caméo mémoriel de Fréhel, davantage décatie que dans Pépé le Moko (Duvivier, 1937). Mais en 1949, dix ans après le d...

La Femme du boulanger : La Chatte à deux têtes

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Marcel Pagnol. On sait que Giono détestait La Femme du boulanger , transposition-trahison d’une « nouvelle » pas même citée au générique, en réalité d’un extrait de roman apparemment autobiographique. Si Regain réussissait in extremis à illustrer le panthéisme lyrique de l’auteur du Chant du monde et du réalisateur de Crésus , le métrage de cocufiage se rapproche davantage de la « comédie à l’italienne », avec son argument tragi-comique soutenant la peinture sociale. Réduire Marius à sa partie de cartes relève du risible et le retour du matou n’occupe que la coda, à peine huit minutes, allez. Précisons subito qu’elle ne pourrait être aujourd’hui reproduite à l’identique, merci au féminisme et à l’antiracisme, alors que le pacifique Pagnol utilise le terme « Nègres » tel Voltaire, souligne la ressemblance de tous les hommes, y compris en Asie, à peine distingués par la beauté, c...

Les Eaux troubles : Time and Tide

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Pêcheur ou pécheur ? La différence tient à un accent, à un coup de vent… En 1949, on vouvoyait son père, on mariait son fils contre une pêcherie, on se rongeait de remords dans un coin préservé de Bretagne. En 1949, Les Eaux troubles cartographie du côté du Mont-Saint-Michel une France irriguée de culpabilité, une famille sur le point de se décomposer (définitivement). L’introduction muette, en écho d’ autocar au Facteur sonne toujours deux fois , demeure une leçon de réalisation, retour au village parmi les flaques et les fenêtres jusqu’au cimetière, avec bouquet déposé sur la tombe du frère regretté, trop aimé. Ginette Leclerc, remarquable et remarquée naguère, avant-guerre (pendant), dans La Femme du boulanger ou Le Corbeau de Clouzot, rentre chez elle, cherche à percer un secret endeuillé. Son paternel causa-t-il réellement la mort de Jean, comme tout le monde, c’est-à-dire toute la petite communauté marine, le suppose, le reproche, l’insinue ? Augusta, flanq...