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Affichage des articles associés au libellé Francis Leroi

La Vue et Louise

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  Exils # 112 (12/06/2025) Plus de petit ami, charme de Hicham et trahison d’omission, CDD terminé, merde aux indemnités, mais l’héroïne ne déprime, les événements ne lui en laissent le temps. Tout autour d’elle se détraque le réel, les choses et les êtres se comportent de manière suspecte : le distributeur de café, à la voix veloutée, féminine et métallique, dysfonctionne façon Le Démon dans l’île (Leroi, 1983), les employés et les passants se voient soumis à d’invisibles assaillants. Tandis que des ouvriers travaillent, que le reflet d’une autre tour et d’un autre chantier sur une fenêtre apparaissent en reflet, le visage de la jeune femme en fragile filigrane, prend place et possession de l’efficace fiction une apocalypse de poche, il y a quelque chose qui approche , résume la chômeuse anxieuse à son ex en train de déménager, sur le point de succomber. La nuit venue, la fin du monde semble advenue, des sirènes retentissent, des types prennent la fuite. Le lendemain, ...

Insidious

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  Un métrage, une image : The Block Island Sound (2021) Personne pour confondre les frères McManus avec Carpenter, surtout celui de Fog (1980) et L’Antre de la folie (1995), car leur troisième effort ressemble fort à un téléfilm au format widescreen , à un petit produit presque insipide, tourné en numérique et destiné au pseudo-ciné en ligne, fix de Netflix, d’ailleurs ancien employeur du tandem amène. Quant au casting , il provient aussi, en majorité, de la TV, cela se sent assez souvent. Cependant tout ceci ne doit faire écran, dispenser d’écrire au sujet de tout ce que leur film peut offrir, à condition d’accepter son rythme languide, son environnement livide. The Block Island Sound se situe donc du côté du Rhode Island, c’est-à-dire délimite l’État malsain d’un certain Lovecraft. Sur place, en dépit de la capitale homonyme, point de Providence, dégagez Resnais, encore moins de monstre marin, d’« innommables » mais dénommés « Grands Anciens...

Incubus

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  Un métrage, une image : The Black Room (2017) Voici une réponse ludique et lubrique au plus sérieux L’Emprise (Furie, 1982), une réflexion en action(s) sur le puritanisme US, son hypocrisie jolie, puisque premier producteur mondial de « film de fesse », jadis obsédé par un président adepte du « sexe oral », mensonger mélodrame. Un fils à papa et sa libraire sympa emménagent fissa au sein aussitôt malsain d’une belle baraque acquise pour une bouchée de pain, car décédée propriétaire, défigurée héritière, toutes les deux à cause d’une chaudière à la Lucifer, clin d’œil possible au brûlant Shining de King. L’Adversaire réside à la cave, pièce sombre du titre explicite, « continent noir de la sexualité (féminine) » pontifie Freud, il vide les occupants peu récalcitrants, vite consentants, de leur « énergie sexuelle », afin d’alimenter sa créature future, capable de plaire aux femmes comme aux hommes, accouchement dément de nouveau-né...

Les Possédés

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  Un métrage, une image : Gunblast Vodka (2001) Filmée à l’esbroufe, fondée sur du snuff , filmique malbouffe, rien de neuf, cette comédie policière, en définitive pas si putassière, disposait, « sur le papier », d’un certain potentiel, même structurée « à la truelle », déployée en parallèle, presque un plan, un instant, dans chaque camp. Buddy movie délocalisé du côté de Cracovie, davantage de Wrocław, Gunblast Vodka voudrait bien, mine de rien, associer la satire au thriller , faire sourire la spectatrice et le spectateur, aussi leur faire peur, en sus se moquer de l’antisémitisme, surtout polonais, se soucier d’une muse dédoublée, décédée, kidnappée. Connaissant, reconnaissant, ses classiques, il vole au Voyeur (Powell, 1960) sa caméra-couteau,   à Leroi & Ninn leurs filles tout sauf faciles, victimes en cuir. Le cocktail du méconnu Jean-Louis Daniel ne s’avère cependant substantiel, boit vite la tasse, hélas, décline son identité trafi...

Emmanuelle 4 : La Femme aux deux visages

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  Naufrage d’enfantillages ? Hommage à dommages… Chirurgie du récit et charcutage du montage : Emmanuelle 4 (1984) démontre en lui-même la division de son sujet, film dit érotique assorti de trois instants « interdits au moins de dix-huit ans », contamination à la Caligula (Brass, 1979), voilà. Ponctué de vrais-faux fondus enchaînés aux allures de pages tournées, il constitue comme une chronique pas si exotique, s’apparente à un périple à rebours, de retour à l’amour, s’apprécie en portrait de femme tourmentée, transformée. Accompagné de l’espiègle Mademoiselle Nygren, substituée à la regrettée Sylvia Kristel, qui s’interprète elle-même, Leroi relit, de manière littérale, médicale, La Femme aux deux visages (1941), où Cukor dirigeait/dédoublait Greta, compatriote de Mia, s’inspire de Sueurs froides (Hitchcock, 1958), seconde Carlotta incluse, adresse un clin d’œil de cinéphile zoophile à The Devil in Miss Jones (Damiano, 1973), débauche d’outre-tombe...

Le Franc-tireur : Courage fuyons

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  Conflit qui indiffère, silence de l’amer… Western révisionniste seventies , pourtant pas à la sauce US : il ne s’agit plus de réhabiliter les « Amérindiens », de fustiger leur « génocide », plutôt de démystifier les maquisards, de (pour)suivre un suicide. Au cœur du Vercors, Bashung fera le mort, sautera à l’élastique, menteur nocturne de sa Fantaisie militaire à lui. Vingt-six ans auparavant, Léotard incarne de manière mutique un « fils de collabo » cynique, un petit opportuniste venu se planquer chez sa grand-mère, au grand air, y attendre en supposée toute sécurité la fin attendue de la seconde guerre, guère dernière. Mauvais timing , comme dirait le Roeg à l’horloge détraquée de Enquête sur une passion (1980), car les Allemands mitraillant décident d’investir et donc de réduire la forteresse naturelle, sa communauté républicaine. Deux femmes vont faire les frais des funèbres fusillades, l’ancêtre précitée, partie des œufs chercher, la ...

House of Dreams + Desire : Esther

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  Homme-orchestre du X US, pour partition de saison… D’une galeriste à la suivante, puisque après Annie Girardot dans La Proie pour l’ombre (Astruc, 1961), voici Zara Whites dans Desire (Blake, 1991). Un an auparavant, elle apparaissait au sein de House of Dreams (Blake, 1990), rêverie domestique au titre explicite, programmatique. Il me semble inutile d’ici revenir sur le style du cinéaste, sur son imagerie, son parcours, sa personnalité, je renvoie vite le lecteur et la lectrice, que j’espère complices, fi de puritanisme, vers ma prose enthousiasmée à propos de Obsessions cachées (Blake, 1993). Je vais ainsi me limiter à en souligner disons deux ou trois nouveautés, à l’occasion de ce diptyque dominical, point rectal, délesté d’analité, doté d’idées, ça change, ça ne dérange. Comme Pialat, Blake commença par la peinture, qu’il étudia, à laquelle il renonça. Cela se voit, pendant la première séquence de House of Dreams , tournée en « lumière noire » très colorée, r...

Rêves de cuir + Rêves de cuir 2 : Wet Dreams + L’Exécutrice

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  « Rêver peut-être », à la Hamlet ? Célébrer l’obsession, saluer l’assassinat… Rêves de cuir (1992) débute en stroboscopie, gare à l’épilepsie, en regard caméra d’au-delà, d’elle à moi, à toi, se poursuit façon snuff movie , ravissement envahissant. Leroi remercie Corman, se met en abyme à l’arrêt d’autobus, où le rejoint Zara Whites en robe immaculée. La VHS va vite dévier sa vie… L’œuvre valeureuse se souvient de Vidéodrome (Cronenberg, 1983), préfigure Ring (Nakata, 1998). Film fantasmatique, in fine fantastique, Rêves de cuir s’apparente à un art poétique, à un traité politique, à une dérive climatique, sinon océanique, cf. la célèbre scène bleutée, gantée, à bouche bouchée, à plusieurs jets, sa bande-son de ressac. Il s’agit par conséquent, au propre, au figuré, d’un blue movie qui (se/nous) réfléchit, d’un métrage méta, mental, déroulé à domicile, d’une réflexion en action(s) sur le X, ses délices, ses supplices. Même muet, Rêves de cuir s’av...

Traitement de choc : La Cage dorée

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Suite à sa diffusion par ARTE, retour sur le titre d’Alain Jessua. On sourit souvent, on frémit parfois, en découvrant cet opus d’un réalisateur franc-tireur, homme humble et sympathique, semble-t-il, qui fit pire ( Frankenstein 90 , subi en salle, avec sa créature incarnée par… Eddy Mitchell !), bien mieux ( Paradis pour tous , ultime rôle de Patrick Dewaere, réjouissante satire de « l’insoutenable bonheur » décrit par Ira Levin, à Stepford ou ailleurs), se tint parfois entre les deux ( En toute innocence , agréable mais inoffensif jeu du chat et de la souris entre le « notable bordelais » (pléonasme cher à Alain Juppé ?) Michel Serrault – lui aussi en fauteuil roulant – et sa bru adultère Nathalie Baye). Traitement de choc se rattache à ce dernier, à l’évidence et pour plusieurs raisons. On y trouve une critique sociale à la Chabrol – pour aller vite : bourgeois, donc coupables –, un milieu autarcique et incestueux (cela pourrait vite dég...