Articles

Affichage des articles associés au libellé Josef von Sternberg

La Maison de cire

Image
  Un métrage, une image : Tourist Trap (1979) Ce premier opus persiste à procurer une poignée de petits plaisirs, par exemple réécouter la bonne BO de Pino Donaggio, revoir en vie et brunie la regrettée Tanya Roberts, redécouvrir le beau boulot d’un dirlo photo à patronyme célébrissime, puisque fils de Josef von Sternberg. S’il suit à sa modeste mesure et moins renommée le sillage d’outrage de Psychose (Hitchcock, 1960) puis Massacre à la tronçonneuse (Hooper, 1974), modèles indémodables d’horreur économique, d’économie horrifique, s’il développe à son compte, durant une heure trente, le fameux final figé du Baiser du tueur (Kubrick, 1955), l’associe aussi à la télékinésie de Carrie (De Palma, 1976),  Tourist Trap possède pourtant sa propre personnalité, propice à séduire un certain Stephen King. Presto tourné à peu de frais, doté d’un titre ironique, le slasher de Schmoeller développe un item de fin d’études texanes, n’use ni du sang ruisselant ni de la nudi...

Trop belle pour toi

Image
  Un métrage, une image : Martin Roumagnac (1946) D’un étranglement au suivant, du laquais, la putain, au maçon, la catin. Ça commence illico comme Les Oiseaux (Hitchcock, 1963), inséparables, tu parles, dévie vite vers la comédie dramatique, le mélodrame drolatique, s’éternise aux assises. Première au générique, classement alphabétique ou courtoisie sympathique, Dietrich la francophone en écho à Schneider sonne. Survient Gélin, surveillant aussitôt sidéré, ensuite doucement recadré, in extremis némésis à main armée. Quelle cage ouvrir, quitte à en mourir, envolée de liberté, lyrique, prophétique ? Gabin ne déblatère un brin, il case la caserne, l’école, la prison, il y passe, n’y trépasse, offre son dos à contre-jour, surcadré d’une fenêtre, à la justice express . « La fatalité, ça existe pas ! », qu’il s’exclame à l’ouvrier venu le trio de vaudeville déranger, il nie ainsi la part la plus mémorable de sa filmographie, il oublie le KO de Pépé le ...

Le Train des épouvantes

Image
  Un métrage, une image : Terreur dans le Shanghaï express (1972) « Moscou demande d’arrêter l’Express quand il passera l’aiguillage. Je pense que c’est la guerre » : ce type de réplique, presque prophétique, la profère un télégraphiste, demeure d’actualité, cinquante ans après, même si le prêtre orthodoxe, guère orthodoxe, ressemble plus à Raspoutine qu’à Poutine, le Cosaque à Kojak , que l’ami Cacavas musique aussi. Décalque pirate de la célèbre nouvelle de Campbell, co-écrit + co-produit par un duo de cocos, Arnaud d’Usseau & Bernard Gordon ( Les 55 Jours de Pékin , Ray, 1963), d’où, sans doute, le regard rouge de l’extra-terrestre peu perplexe, illico hors frigo, n’omettons un troisième larron, nommé Julian Zimet ( Le Plus Grand Cirque du monde , Hathaway, 1964), Horror Express évoque l’économie riquiqui de Nyby ( The Thing from Another World , 1951), plutôt que la paranoïaque eschatologie du père Carpenter ( The Thing , 1982). Il s’agit, ainsi, d’un huis clos de loc...

Soigne ta droite

Image
  Un métrage, une image : Gipsy Queen (2019) Enfant je m’endormais sur des K.O. de rêve Et c’est moi qu’on soutient et c’est moi qu’on soulève Et voici les vestiaires on débande mes mains Kid Marin vient me voir ça ira mieux demain Claude Nougaro, Quatre boules de cuir Dans Blonde Vénus (Sternberg, 1932), Dietrich se déguisait en gorille ; ici aussi, une autre étrangère se masque, se démasque, en sueur, essoufflée, via le vénère adversaire sonnée, enlacée, tu viens de péter les dents de mon copain, putain, lui-même imbibée Blanche-Neige, instant de sidération, ensuite de consécration. Auparavant, le proprio un peu alcoolo du Caveau, du combat autrefois truqué, du rêve depuis cassé, aujourd’hui, voici Ali, ragaillardi, le bien nommé tombeau, hambourgeois, point hindou, attribuait le rôle du « Congo » à un Noir furibard, idée en effet très « impolitiquement correcte », racisme festif, différencié du harcèlement filmé subi par son in...

Le Grand Alibi

Image
  Un métrage, une image : Témoin à charge (1957) Les dix dernières minutes de tumulte du succès cinématographique issu d’un succès scénique accumulent les coups de théâtre, logique esthétique, symbolique, a fortiori réflexive, puisqu’il s’agit aussi, en sus de Christie transposée par Billy, d’une fable affable sur l’art d’interpréter, par conséquent de (se) tromper. Dans Le Grand Alibi (Hitchcock 1950), déjà   avec Dietrich, encore une histoire d’actrice, le vrai coupable mentait dès l’orée ; dans Witness for the Prosecution , les amants (se) mentent tout le temps, jusqu’à l’ultime moment. Quant au Procès Paradine (Hitchcock, 1947), toujours avec Laughton, il carburait par avance à la culpabilité avérée, décuplée, au triolisme assumé. Cependant Wilder, a contrario du confrère, qu’il classait en spécialiste supérieur du suspense , étiquette suspecte, simplette, Chabrol & Rohmer s’en désolèrent, ne succombe au catholicisme, ne se soumet à l’illustr...

Folies de femmes

Image
  Un métrage, une image : Forfaiture (1937) De l’hommage à l’outrage, peu d’espace, les vandales le savent, L’Herbier dut s’en douter, ne sut résister à la tentation de remaker l’ouvrage révéré, à l’origine de sa vocation. Mais l’exotisme et l’érotisme du co-scénariste Hector Turnbull, d’ailleurs producteur non crédité de Cœurs brûlés (Sternberg, 1930), le sado-masochisme à la mode DeMille ( Forfaiture , 1915), apparaissaient auparavant, dès L’Argent (1928), d’après Zola, oui-da. Vingt-deux ans plus tard, pas de hasard, voici le temps du cinéma dit parlant, dépaysant, car colonial, voire colonialiste, au racisme assumé, même déminé. Escorté de l’exilé Companéez ( Casque d’or , Jacques Becker, 1952), du cinéphile Auriol, d’un futur fidèle d’Ophuls, nommons donc Natanson ( La Ronde , 1950, Le Plaisir , 1951, Lola Montès , 1955) ; assisté des fidèles Ève Francis & André Cerf ; flanqué de l’éclairé Schüfftan ( Drôle de drame , Carné, 1937) ; financé par...

Lola, une femme allemande : Les Rapaces

Image
  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Rainer Werner Fassbinder. Elle chante, elle enchante, elle déchante, elle réenchante, la Lola de Barbara (Sukowa), parce qu’elle le vaut bien, un peu beaucoup putain, très entourée de « reconstruits » requins. Type à voile et à vapeur, cinéaste sans repos et sans peur, Fassbinder la magnifie, ne la glorifie, l’immortalise au milieu d’une Allemagne « mère blafarde » ( Deutschland, bleiche Mutter , Helma Sanders-Brahms, 1980), en effet, de toute façon, quoi qu’elle fasse, d’admirable ou de dégueulasse, malgré la chance de la rance relance, à son discutable « miracle » on dit oui ou non merci, itou en Italie, tentative capitaliste d’effacer la faute impardonnable, pourtant par l’Europe pusillanime partagée, d’une Germanie nazie, d’un spectacle insensé nonobstant réalisé, par la masse apprécié, au moins jusqu’à un certain point, remember la reconstitution au diapason de Lili Marleen (...

Change pas de main : Monamour

Image
  Baiser, se faire baiser, « se soumettre », se faire mettre, turpitudes de solitudes… Cinéaste cinéphile, Vecchiali délivre un mélodrame maternel et « romanesque », au féminisme à main armée assumé. Il s’agit aussi d’une réflexion en action(s) et à l’accordéon, (re)voilà Azzola, en particulier pendant la coda conçue comme une bande-annonce rétrospective, à propos de la pornographie, disponible désormais sur un site spécialisé, quelle (cruelle) logique ironique. Dommage pour Dietrich & Sternberg ( Shanghai Express , 1932), on songe davantage au doux-amer Fassbinder et in extremis à Melville, puisque aube idem livide, à reflet refusé. Au sein (malsain) de ce récit à multiples péripéties, à base de chantage à tous les (bas) étages, sans omettre un zeste d’inceste à « Domino » marteau et un clin d’œil à Manon Lescaut , Howard Vernon s’y colle, où défilent une « détective juive » intuitive et intrusive, un gradé d’Algérie en cercueil et fauteuil,...

Une femme française

Image
  Un métrage, une image : Le Bagarreur du Kentucky (1949) Ce western sentimental et territorial, méconnu et mésestimé, s’avère vite un divertissement souvent amusant, toujours intelligent, un film d’amour et d’amitié, par la réalité miroitée, voire l’inverse. Wayne interprète et produit, implique son pote Oliver Hardy, paire improbable et cependant indiscutable, tous les deux dirigés par une vieille connaissance, George Waggener par ailleurs réalisateur d’un Le Loup-garou (1941) pas relou, tandis que le patron de Republic Pictures, studio désargenté, chaque cinéphile le sait, en profite pour cas(t)er sa compagne puis épouse, ouf. Le cinéaste-scénariste ressuscite ici une curiosité historique, à savoir l’acclimatation forcée, aux accumulées difficultés, de colons français.  Le Bagarreur du Kentucky bénéficie aussi du beau boulot du directeur photo Lee Garmes, partenaire ès lumière de Sternberg ( Shanghaï Express , 1932), Hawks ( Scarface , idem ), Korda ( Le L...

La Paloma : La Femme de mon frère

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Helmut Käutner. « Je ne suis pas une colombe » affirme Gisa rebaptisée fissa d’après la célèbre chanson marine, mais Hannes n’en démord pas, s’illusionne, se désillusionne puis s’en va, marié à la mer, amen . Avec une quinzaine d’années de retard, l’estimable Käutner ( Le Général du Diable , 1955, lisez-moi ou pas) acclimate le réalisme supposé poétique, l’associe à du drolatique, se souvient, un peu, de L’Ange bleu (Sternberg, 1930), de La Femme du boulanger (Pagnol, 1938), autre trio desafinado. Néanmoins la différenciation des attractions et la différence d’âge ne suscitent aucun naufrage, malgré de ponctuels échos musicaux molto mélos. Au terme de sa double aventure à terre, d’abord amère, ensuite amoureuse, l’accordéoniste quitte bel et bien la piste, largue les amarres de la rancœur, de l’erreur. Quelque chose de l’univers de Fassbinder fait ici surface, l’anticipe, puisque le cinéaste évoque u...

Les Compagnons de la nouba : Ma femme s’appelle Maurice

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de William A. Seiter. Stanley Kubrick connaissait-il Sons of the Desert (1933) ? La première scène domestique surprend, présage presque Shining (1980) : Oliver énonce le dicton de Nicholson sur le travail, le jeu, l’ennui de Jack et Lolly, sa compagne tout sauf à la Wendy, le menace d’une lame maousse, énamourée de dépaysement montagnard. Ainsi va le cinéma, ainsi la cinéphilie établit des correspondances amusantes, inquiétantes, la transposition du roman de Stephen King elle-même à savourer en comédie noire, marque de fabrique du cinéaste sarcastique et sentimental. Formé par Mack Sennett, ensuite employé productif chez Universal & RKO, Seiter ne possède point le formalisme de son compatriote, sa mise en forme fonctionnelle ne comporte qu’un plan bienvenu à la grue, lorsqu’un représentant de la compagnie maritime s’adresse aux proches des victimes. Sinon, l’action se situe in situ , entre les trois murs de...

Histoires de cannibales : Scary Movie

Image
Grosse bouffe et pas le temps de dire ouf. Le deuxième film de Tsui Hark, sorti en 1980, se termine par l’une des images à la fois les plus affreuses et généreuses du cinéma chinois de ce siècle-là. Le réalisateur offre littéralement son cœur au spectateur, qui n’en demandait pas tant, que le don, sinon le ton, indifféra. Comédie horrifique et accessoirement satire du communisme, Histoires de cannibales demeure trente-huit ans plus tard un film définitivement fou et radicalement rationnel. Non seulement le cinéaste signe une œuvre d’une vitesse impensable selon l’étalon d’action hollywoodien, où chaque plan, presque au bord de l’hystérie, conserve une clarté remarquable, une lisibilité ludique, surtout lors des affrontements cycliques, mais en en sus il s’inscrit dans le sillage d’un cannibalisme d’époque et dialogue ainsi avec Zombie (George A. Romero, 1978) puis le parfait contemporain Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato). Moins méta que l’Italien, le Hongkongais rejoint...