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Affichage des articles associés au libellé Angie Dickinson

Le Carrosse d’argent

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  Exils # 136 (21/10/2025) « It’s a long way to Vera Cruz » déclare Denise, « comtesse » d’opérette, complice et médiatrice, Française en Amérique, mais le film va vite, linéaire et mortifère, aussi solaire qu’un cimetière. Davantage que faire (re)surgir le souvenir de Ford ( La Chevauchée fantastique , 1939), Vera Cruz (Aldrich, 1954) préfigure Il était une fois dans l’Ouest (Leone, 1968) et La Horde sauvage (Peckinpah, 1969), pas seulement parce que Bronson, alors au générique sous son patronyme d’état civil, idem mutique, y joue déjà de l’harmonica, que Borgnine l’accompagne. Le réalisateur tout sauf mineur d’ En quatrième vitesse (1955), Le Grand Couteau (1955), Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (1962), Les Douze Salopards (1967), L’Empereur du Nord (1973) ou Bande de flics (1977), liste subjective, s’y affirme en effet en styliste assumé, capable d’accumuler les figures homonymes, avec une pertinence et une précision qui participent de sa séd...

L’Étranger de L.A.

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  Exils # 50 (16/09/2024) Un papillon sur l’épaule se termine sur la mort de Lino Ventura, descendu dans la rue, tombé à distance et dans l’indifférence, effet snuff movie garanti. Un homme est mort – aussi co-écrit par Jean-Claude Carrière – s’appesantit sur l’agonie de Jean-Louis Trintignant, au creux de l’habitacle d’un corbillard, un gamin proche et lointain pour témoin. Ce dernier plan, assez sidérant, audacieux et silencieux, avant l’arrivée de l’énergie funky du thème de Michel Legrand, démontre en sourdine une maîtrise de l’espace et du temps (surcadrage du pare-brise, durée dilatée), une manière de magnifier, sinon d’immortaliser, en image arrêtée, le grand moment d’un talent évident (l’acteur majeur touche sa bouche, aussi ahuri et motorisé que le trop calme Dustin Hoffman des Chiens de paille ). Le meilleur du cinéma de Jacques Deray, réalisateur à succès, auteur à réhabiliter, possède ainsi cette densité existentielle, cette mélancolie individuelle, ce qui sied à ...

Que c’est triste Venise

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  Aznavour, mon amour ? Donaggio, en morceaux… Caro Pino, d’aucuns diraient que tu reviens de loin, mais tes crooneries pas si conneries, de « dernier romantique » assumé, revendiqué, surent séduire Mina, Dusty (Springfield), Elvis, jadis. Balavoine invitait les « chanteurs de charme » à « nous rendre nos femmes » ; quand le succès décrut, tu ne rendis les armes, tu composas au pied levé, producteur paraît-il croisé, anecdote de bord de flotte, pour un remarquable et remarqué mélodrame dû à Roeg, qui attira l’oreille d’un cinéaste mélomane nommé De Palma, oui-da. Que deviendraient ses films sans tes musiques ? Question rhétorique, sinon stupide. Ni ersatz de Herrmann, ni émule de Morricone, plutôt couple privé d’entourloupe, à la Montaigne & La Boétie, des différences d’idiomes, faisons fi, tes contributions beaucoup (de toi) leur accordent, précises, précieuses, logiques, lyriques. Sissy & Angie sous la douche, au lycée, au mu...

Au péril de sa vie : Au risque de se perdre

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La foi, l’Afrique, la folie, le fric… Angie you’re beautiful But ain’t it time we say goodbye The Rolling Stones It’s a sin! Alex DeLarge Méconnu mélodrame martial, Au péril de sa vie (Gordon Douglas, 1961) mérite son exhumation, pour plusieurs raisons, dont la principale se dénomme, évidemment, Angie Dickinson. Jadis célébrée, avec brièveté, par mes soins énamourés, à l’occasion de Pulsions (Brian De Palma, 1980), l’actrice, au ciné, de Rio Bravo (Howard Hawks, 1959), À bout portant (Don Siegel, 1964), La Poursuite impitoyable (Arthur Penn, 1966), L’Ombre d’un géant (Melville Shavelson, 1966), Un homme est mort (Jacques Deray, 1972) et, à la TV, de Sergent Anderson (1974-1978) + Wild Palms (1993), liste subjective, peut-être la verrai-je un jour chez Samuel Fuller, Jacques Tourneur, Lewis Milestone, Norman Jewison, John Boorman, Claude Pinoteau, Sydney Pollack, trouve ici, à défaut du rôle d’une vie, un character qui ne manque pas de caractère, au ...

L’Homme qui aimait les femmes : Le Sérail érotique et tragique de Brian De Palma

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Sept femmes pour un très grand cinéaste (« féminin ») – et non plus six pour l’assassin, comme chez Mario Bava ! – injustement taxé de misogynie… ·          Margot Kidder dans Sœurs de sang (1973) Le parcours de Margot Kidder pourrait servir d’illustration au précepte de Wilde : « La vie imite l’art ». Celle qui interpréta si brillamment la schizophrénie dans Sisters devait en effet connaître bien plus tard des « troubles bipolaires ». Compagne éphémère du réalisateur et d’un certain Philippe de Broca, la belle et talentueuse actrice canadienne connut aussi quelques tracas pour son opposition à la guerre du Golfe et à l'intervention américaine en Irak (« raccord » avec Redacted , donc). Pour les cinéphiles, elle demeure bien sûr la fiancée mutine et midinette, sous ses allures de garçonne à la mode des années 80, de Superman, nouvel Orphée inversant la rotation terrestre pour ressusc...

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Un métrage, une image :  Christine  (1983) Mr. Mercedes , le dernier Stephen King, polar sur un chauffard, paraîtra dans sa traduction française en février 2015 : l'occasion, avec un peu d’avance, de fêter  Christine , l'un des titres mésestimés de Carpenter, qui forme avec  Starman ,  Les Aventures d'un homme invisible  et  Le Village des damnés  un quatuor de tentatives plus ou moins réussies de cinéma  mainstream , pour se rétablir, a fortiori financièrement mais aussi au niveau de la critique, après les échecs douloureux de films bien plus personnels, réflexifs, radicaux et satiriques ( The Thing ,  Invasion Los Angeles ,  L’Antre de la folie ). S'il remplit le cahier des charges de l'évocation  vintage  d'un  geek  avant l'heure souffre-douleur de son lycée (qui dit  Carrie  ?), avec morceaux musicaux d'époque transposés sans nostalgie dans la vulgarité assumée des années 80, Carpenter li...