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Affichage des articles associés au libellé Audrey Jeamart

Shiraz : Monuments Men

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Franz Osten. Vers la vivante Audrey Jeamart Opus presque centenaire, paraissant sorti hier, remercions la restauration-résurrection du BFI, dépassons les problèmes de pixélisation d’ARTE, Shiraz (Franz Osten, 1928) charme à chaque instant, captive du premier au dernier plan. Il s’agit, en résumé, d’une fresque romanesque, dotée d’une intimiste sincérité. Cette co-production cosmopolite représente, aussi, une sorte de pérenne utopie, contre l’arrogance de la   condescendance et le pitoyable du pittoresque prémunie. Bien sûr, en cinéphile, pas en ethnographe, on peut penser à Nanouk, l’Esquimau (Robert Flaherty, 1922) et à Chang (Merian C. Cooper & Ernest B. Schoedsack, 1927), similaires et différenciés sommets de vrai-faux exotisme, démonstrations à domicile d’une lointaine et humaine familiarité,   estimables et estimées traversées in vivo de la frontière du documentaire en direction de l...

Meccano métaphysique

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L’identité en pièces détachées, la puberté sur le point d’être dépassée, l’écriture des ténèbres afin d’illuminer les hommes et les femmes aveuglés… Aujourd’hui, l’hubris ne passe plus par une résurrection bricolée, escamotée, foudroyée, en blasphème puritain délicieusement châtié, cependant, puisque la Créature anonyme, solitaire, philosophe et rageuse de Mrs. Shelley s’exprime comme un lord , même au bout de la banquise. Le « marché du vivant », au croisement de la thérapie génique, de l’eugénisme a-idéologique et d’intérêts financiers (lucratif capitalisme du corps) reformulant une quête humaine antique d’éternité, agit sur la vie, la modifie déjà, au lieu de s’échiner à la recréer. Au cœur révélateur du village global des damnés (Poe, McLuhan, Wolf Rilla & John Carpenter), les angelots aryens nous promettent de merveilleuses atrocités, de magnifiques mutations d’ADN, davantage vertigineuses que les CGI les plus dantesques.    Pris dans la c...

Feeling the Graze : Évocation d’une possession

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Some outlaws lived by the side of the lake The minister's daughter's in love with the snake Who lives in a well by the side of the road Wake up, girl ! We're almost home Jim Morrison, Celebration of the Lizard Kafka décrivit un combat ; voici un ressenti – ceci et rien de plus. Une femme blanche, oh, sa peau si blanche (d’albâtre, diraient les littéraires de naguère), à la tête renversée, nous offre sa gorge (physiologie et euphémisme du dix-huitième siècle désignant la poitrine féminine) comme un long cou de cygne, surmonté de l’anguleux visage à la forme de marteau (les lèvres sensuelles révèlent Isabelle), certes pas celui de la philosophie appelée de ses vœux impies par Nietzsche. Une ombre violette nimbe les mâchoires, collier estompé dessinant la base de la face, son sommet surmonté par des narines fines. Sa chevelure bruisse d’un entrelac racinien de serpents bruns, répugnant et séduisant amas de courbes en mouvement, partouze élégante...

Nolaclark : Nola Darling n’en fait qu’à sa tête

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Ouvrir les fenêtres de l’intime et aérer la chambre (verte, filiale) mentale… On connaissait Audrey en critique, photographe, bloggeuse, journaliste : la voici réinventée, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre , en artiste graphique. Parce que les mots ne lui suffisaient plus (à qui peuvent-ils suffire, sinon à ceux qui s’en payent, dans leurs imbuvables ambitions présidentielles ?), parce qu’elle se sentait parmi eux un peu à l’étroit, parce que l’esprit s’avère, pour le meilleur et plus souvent le pire, inséparable du corps. La voilà travaillant de ses mains, enfin, découpant avec ses doigts fins des images pas si sages, dont elle révèle, en adroits collages évocateurs, la poésie naturellement polysémique. L’Occident aime à signifier, à relier les éléments, à raconter d’édifiants récits, afin de conférer en vain un sens à l’existence, beau défi dérisoire placé sous le double signe de l’intelligence et de la beauté, qui suffirait à racheter, à...

A Scene at the Sea : Waterworld

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 « Retour aux sources » et spécialement à celle qui ne se tarit pas… À l’inspiratrice de minuit Quand on naît au bord de la Méditerranée, quand on nage face à une petite ville où surgit le train méta du cinéma, quand on marche sur le sable d’une plage grise et industrielle en hiver, la mer fait partie de votre corps, de votre histoire, cette mare nostrum devient vite vôtre, son souvenir salé jamais ne peut s’effacer. La discutable « mémoire de l’eau » ? Celle de l’enfance et de l’adolescence, du dimanche et du silence, des morts et des survivants, assurément. Pourquoi Fellini y finit-il sa douceur de vivre, pourquoi La dolce vita s’achève là ? Pourquoi Kitano, à la fin de Hana-bi , décide de s’y flinguer, après avoir délivré d’une balle son amoureuse condamnée par la maladie ? Pourquoi A Scene at the Sea et Sonatine comportent-ils de mémorables scènes maritimes, entre jeu et contemplation, joie légère et amèr...

Nostalghia : Une lueur dans la nuit

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La nostalgie n’est plus ce qu’elle était , disait Simone Signoret ; un Ulysse russe en Italie va le constater, relevant durant neuf minutes un défi superbe et insensé… Audrey Jeamart, Michel Chion, Jean Gavril Sluka et, last but not least , le cinéaste lui-même, parlent bien de Nostalghia , aussi, pour une fois, on se taira, afin de donner à voir quelques affiches, deux ou trois images du film et de son tournage, assorties de sa mémorable et inoubliable (deux mots qui scellent « la course du temps », à l’intérieur du long métrage et de notre courte vie) scène en plan-séquence, bouleversant « tour de force » physique, spirituel, cinématographique, temporel, ironique/idéaliste. Les hommes et les femmes, d’hier et d’aujourd’hui, méritent-ils d’être sauvés par un messie d’occasion, les pieds dans l’eau, une bougie au creux de ses mains ? Nous en doutons, croyez-le bien, mais Tarkovski, tout sauf ascète pour cinémathèque, artiste libr...