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Affichage des articles associés au libellé Édouard Molinaro

L’Absence et la Cendre

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  Exils # 72 (21/01/2025) Comédie policière douce-amère, Adieu poulet (Granier-Deferre, 1975) annonce un second scénario de Veber, celui de Coup de tête (Annaud, 1979) itou interprété par Dewaere. S’il s’agit aussi d’une histoire de traque et d’une satire politique sur fond de corruption, ce film de son temps, désormais de cinquante ans, l’âge du personnage de Ventura, voilà, s’apprécie surtout en « baroud », portrait impressionniste d’un « idéalisme » jusqu’au boutisme. Muni d’humour, dès la découverte du cadavre d’un vieillard queutard de lupanar, agité à l’électricité, secousses irrespectueuses à faire se gondoler la candide prostituée, mention spéciale à la séquence d’assaut à l’hôpital, où croiser un Zardi incontournable, tandis que Sarde compose en mode minimum syndical, il possède un masculin tandem en rappel du couple d’entourloupe de L’Emmerdeur (1973), dirigé par Molinaro, avec déjà Lino. À notre époque médiocre de moralisme et de tribalisme, l...

La Famille Addams

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  Un métrage, une image : Maison de retraite (2022) Co-écrit, co-produit, conduit par le principal intéressé, au demeurant guère intéressant, au propre, au figuré, alors au volant d’un autocar coloré, customisé, very gay , piqué aux mecs honnêtes de Priscilla, folle du désert (Elliott, 1994), Maison de retraite semble en surface se soucier de vieillesse, d’abus de confiance, d’adulescence, mais ceci se dissout, au profit de l’utopie. Face à la France d’Éric Zemmour, ses fractures, ses frontières, sa soif d’hier, voici celle du véhicule, sens duel, de Kev, qui cède à Platon sa caverne, qui opte pour une grotte, pain béni de psy, lieu bienheureux, débarrassé de la peur, de la culpabilité, ces conneries stériles, dixit l’ ex -boxeur doté d’un cœur, il entraîne, il teste, il meurt, dont le nom du personnage, Lino Vartan, rend donc un double hommage, aux ancêtres d’antan, Sylvie & Ventura, voilà, père et mère mythiques, symboliques, d’un orphelin en quête inconsciente, ...

Est-Ouest

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  Un métrage, une image : Un, deux, trois (1961) Coca (-Cola) et cocos (pas qu’à Cuba), Nikita (Khrouchtchev) & Ninotchka (Ernst Lubitsch, 1939), Otto (prénom palindrome, relooké illico ) & MacNamara (dépassé papa, surpris par Pepsi) : le titre programmatique, rythmique, multiplie les paires (les pères un peu patibulaires) d’adversaires, lui-même dû à un tandem (Diamond & Wilder se souviennent aussi, en sourdine, de l’arrivisme adultère de La Garçonnière , 1960). Le cinéaste ainsi se soucie de Marx (Groucho) & Marx (Karl), (re)visite une ville vive et en ruines, se fait in fine rattraper par une érection (murale, brutale, lamentable) plutôt propice à la scission, à l’hallucination, à la perversion de Possession (Żuławski, 1981), qu’à l’excitation de saison, causée par la callipyge, perruquée, espiègle secrétaire de l’excellente « Lilo » Pulver ( Le Temps d’aimer et le Temps de mourir , Sirk, 1958). La précision impériale des cadres conf...

Padre padrone

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  Un métrage, une image : Les Durs (1974) Entre les plus connus L’Emmerdeur (Édouard Molinaro, 1973) et La Gifle (Claude Pinoteau, 1974) sorti, voici un modeste buddy movie signé Duccio Tessari, dont on se souvient de L’Homme sans mémoire (1974) avec Senta Berger et de Zorro (1975) avec Alain Delon, diptyque à la fois anecdotique et assez sympathique, épithètes guère obsolètes nunc et hic . Co-écrit par Nicola Badalucco ( Les Damnés + Mort à Venise , Luchino Visconti, 1969 et 1971) & Luciano Vincenzoni ( Le Bon, la Brute et le Truand + Il était une fois la révolution , Sergio Leone, 1966 et 1971 ou Orca , Michael Anderson, 1977, Amazonia : La Jungle blanche , Ruggero Deodato, 1985, Le Contrat , John Irvin, 1986), tourné en extérieurs à Chicago et en intérieurs à Rome, Les Durs , aka Three Tough Guys aux États-Unis et Uomini duri en Italie, réunit Lino Ventura, Isaac Hayes ( New York 1997 , John Carpenter, 1981) et Fred Williamson ( Les Gue...

Marche ou crève

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  Un métrage, une image : Randonnée pour un tueur (1988) En 1958, la question (inter)raciale (re)liait, au propre et au figuré, Curtis & Poitier ( La Chaîne , Kramer). Trente ans après, elle ne se pose presque plus, à peine aperçue au cours d’une réplique – le flic du FBI affirme avoir combattu les cagoulés du KKK, les cocos du KGB – ou d’une scène drolatique, démonstration d’intimidation entre espèces à mettre en parallèle avec le contemporain L’Ours (Annaud, 1988). À la fin des années 80, un homme dit de couleur pouvait donc occuper un poste important parmi la police de Hoover, n’en déplaise à un incrédule pêcheur, ensuite son torse nu être frotté par un homme blanc puisque idem en quête de chaleur, autres temps, autres mœurs. Co-écrit par Petrie Jr. ( Le Flic de Beverly Hills , Brest, 1984, Big Easy : Le Flic de mon cœur , McBride, 1987), fiché en forêt, fini sur un ferry , le récit de Randonnée pour un tueur , aka l’explicite Deadly Pursuit , l’impérat...

Naissance des pieuvres

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  Un métrage, une image : Une vraie jeune fille (1975) « Je n’aime pas les gens, ils m’oppressent », « Je me déshabillai, hideusement », « Je ne peux pas admettre la proximité de mon visage et de mon vagin », « Mon sexe laissait sur la pierre une boue gluante », « Je m’enculai avec la bouteille contenant la vinaigrette pour bronzer », « Je regardai son vit, agonisant comme un poisson mort » : la comédie noire de Catherine Breillat ferait presque passer À nos amours (1983) de Maurice Pialat pour une sitcom à la gomme et les douceurs polissonnes de David Hamilton, à présent pourries, merci Flavie, pour d’insupportables tromperies. La co-scénariste de Bilitis (Hamilton, 1977), de Police (Pialat, 1985), de Zanzibar (Pascal, 1988), signe ainsi un premier essai remarquable et quasi remarqué, puisque invisible de longues années, en raison d’une faillite, des situations explicites. Certes, voici déjà le dispensable d...

Le Diable boiteux + Les Chaussons rouges : Voyez comme on danse

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  Le corps, encore, la mort, mon amor… Du sieur Sacha, on connaissait bien sûr, en les appréciant à leur valeur, le novateur Roman d’un tricheur (1936) et les aimables comédies sentimentales, menées en tandem « contre, tout contre » l’impeccable Jacqueline Delubac ( Bonne chance ! , 1935, Désiré , 1937). Pourtant l’on ne soupçonnait une pareille capacité à savoir la danse filmer. Via la valeureuse et chère Jacqueline Waechter, nous voici donc en train de découvrir une scène évocatrice du Diable boiteux (1948), paraît-il tentative de réhabilitation dédoublée, du diplomate polémique, du principal intéressé, pendant l’Occupation en effet très occupé, que l’on pourrait pourquoi pas rapprocher du similaire et différencié J’accuse (2019) de Polanski, pardi. Car, a contrario du Souper (1992) de Molinaro, autre pièce transposée, point d’après un script premier censuré puis accepté, à optique inversée, fi d’apologie, à la santé des salauds, pas vu ni visionné celui-...

Le Festin nu

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  Un métrage, une image : Le Souper (1992) En apparence, ce repas concerne l’État ; en réalité, il se soucie surtout de ciné. Plus de vingt ans avant Diplomatie (Schlöndorff, 2014), reconstitution aussi dispensable de décisif duel idem , voici le spectateur prié d’assister à une leçon de cynisme, assortie de gastronomie. Les tandems drolatiques, Molinaro les manie, les maîtrise, remember L’Emmerdeur (1973) ou La Cage aux folles (1978), d’ailleurs deux autres transpositions théâtrales. Point de Poiret, arrière, Veber : Brisville rempile, la TV, publique et privée, co-produit, l’ambassade de Pologne prête sa piaule à Paris, au générique on remercie le sieur Łukaszewski. Précisons que ce souper soigné, très réchauffé, assez insipide, appartient autant à Yves Rousset-Rouard, ici co-scénariste et producteur, de la franchise Emmanuelle en partie possesseur, du diptyque des Bronzés (Leconte, 1978 + 1979) de fait financier, à Michael Epp, cadreur et directeur pho...

Jo : Madame Claude

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  Répétition, reproduction, consternation, continuation… Comme si Oscar (Molinaro, 1967) croisait Sœurs de sang (De Palma, 1972) – pas de corps, pas de crime, yes indeed , canapé compris, oh oui. Cette comédie macabre, en écho délocalisé, assourdi, à La Corde ou Mais qui a tué Harry ? (Hitchcock, 1948, 1955), se base sur une pièce du couple Coppel, le sieur Alec d’ailleurs vrai-faux scénariste de La Main au collet ou Sueurs froides (Hitch, 1955, 1958), ici transposée en partie par Claude Magnier, le dramaturge/adaptateur du premier film cité, CQFD. Elle appartient à la fin de la filmographie de Louis de Funès, douze titres étalés sur une douzaine d’années, de 1970 à 1982. Entre trois tomes des (més)aventures de l’increvable et assez dispensable Gendarme ( en balade , et les Extra-terrestres , et les Gendarmettes , Girault, 1970, 1979, 1982), de Funès, au propre, au figuré, ne se repose, n’indispose, tente des expériences, témoigne de son temps. Ainsi, Sur un arbre ...

Tirez sur le pianiste

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  Notes sur (de) Claude Bolling… Décédé en décembre dernier, le compositeur ne (se) meurt, puisque sa musique (lui) survit. Durant une cinquantaine d’années, au ciné, à la TV, Bolling bossa beaucoup, comme le démontre l’anthologie jolie du précieux spécialiste Stéphane Lerouge, en clin d’œil explicite, patronymique, baptisée Bolling Story , qui constitue avec American Movies un diptyque discographique et cinématographique presque exhaustif. Soixante-dix-huit morceaux permettent au spectateur auditeur de confirmer que ce corpus possède un cœur et une vraie valeur. Au-delà de l’éclectisme des items , des formats, des textures, ces tonalités, demeure une ligne unique, unificatrice, celle bien sûr du jazz , même si le maestro à son piano paraît méconnaître la liberté expérimentale d’un Ornette Coleman, lui-même annexé en intense Interzone par son homologue Howard Shore , à l’occasion de la somptueuse partition du Festin nu (Cronenberg, 1991), passons. Outre vadrouiller avec Vian, ...

Terreur à l’opéra

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  Un métrage, une image : La Malédiction de Belphégor (1967) Merci à Jacqueline Waechter « Il tape fort, Monsieur Belphégor ! » : la petite production paupérisée espérait probablement profiter du plébiscite de Belphégor ou le Fantôme du Louvre , fameux feuilleton diffusé sur l’ORTF en 1965 – elle fit toutefois un flop et son scénariste/réalisateur, déjà responsable de l’ a priori redoutable Raspoutine (1954), idem item franco-italien, Pierre Brasseur embarrassé en parasite du tsar, agité en rances transparences, s’en retourna fissa financer une flopée de films X, aux titres très drolatiques et very seventies . Aussi résistant et exploitant, il signe ainsi un croisement du Fantôme de l’Opéra dû jadis à Leroux, mémorable roman musical et romantique, dont les multiples adaptations cinématographiques se dispensent souvent de souligner la dimension humoristique, à l’exception du sarcastique De Palma ( Phantom of the Paradise , 1974), de Fantômas (Hunebel...

La Femme du dimanche : Enquête sur la sexualité

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Un porc à balancer, sinon à occire ? Un dossier socio-sexuel, à rouvrir.   Comédie policière adaptée d’un opus à succès de Fruttero & Lucentini, sorte de tandem transalpin plus taquin que son homologue Boileau & Narcejac, La Femme du dimanche (Luigi Comencini, 1975) constitue quarante-cinq ans après l’instantané d’une époque a priori enterrée, accessoirement une visite guidée, inspirée, de la cité de Turin, où se croisent et s’entrecroisent les classes, les espaces, les gestes salaces, les valeureux visages. Jadis, y compris en Italie, territoire molto catho, mate-moi la grosse croix du commissariat, alors sous l’emprise du terrorisme, des enlèvements d’enfants, surtout friqués, ensuite en Suisse abrités, on pouvait donc fréquenter une conférence sur la « masturbation infantile » sans passer pour un pénible pédophile, polanskien ou point ; on pouvait en sus, locution de saison, se vautrer dans la « boue sexuelle » vomie par le Min...

Les Compagnons de la nouba : Ma femme s’appelle Maurice

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de William A. Seiter. Stanley Kubrick connaissait-il Sons of the Desert (1933) ? La première scène domestique surprend, présage presque Shining (1980) : Oliver énonce le dicton de Nicholson sur le travail, le jeu, l’ennui de Jack et Lolly, sa compagne tout sauf à la Wendy, le menace d’une lame maousse, énamourée de dépaysement montagnard. Ainsi va le cinéma, ainsi la cinéphilie établit des correspondances amusantes, inquiétantes, la transposition du roman de Stephen King elle-même à savourer en comédie noire, marque de fabrique du cinéaste sarcastique et sentimental. Formé par Mack Sennett, ensuite employé productif chez Universal & RKO, Seiter ne possède point le formalisme de son compatriote, sa mise en forme fonctionnelle ne comporte qu’un plan bienvenu à la grue, lorsqu’un représentant de la compagnie maritime s’adresse aux proches des victimes. Sinon, l’action se situe in situ , entre les trois murs de...