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Affichage des articles associés au libellé Werner Herzog

Cara Claudia

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  Exils # 130 (30/09/2025) Les actrices décédées ressuscitent, dans Cartouche (de Broca, 1962) on revoit donc Claudia. « Je m’appelle Vénus, j’ai dix-neuf ans, ni père ni mère mais des amants. On dit que je sais pas causer, mais je danse, je vole, je vis » déclare l’ersatz d’Esmeralda, sinon la demoiselle de Demy, d’abord enchainée, ensuite ligotée, à un poteau, judas Dalio, sorte de sado-maso héroïne à la Gwendoline (Jaeckin, 1984). Le personnage déboule au bout d’une demi-heure de métrage, approximativement le temps que mettait à quitter Psychose (Hitchcock, 1960) une autre voleuse valeureuse, c’est-à-dire Janet Leigh. La voici à nouveau en duo avec Belmondo, après Le Mauvais Chemin (Bolognini, 1961), avant La Scoumoune (Giovanni, 1972), clin d’œil complice compris et romance hors caméra incluse. « J’ai de grandes vues sur toi » lui dit-il, Franco Cristaldi aussi, pardi. Pas encore aristocrate de Polignac ( La Révolution française : Les Années lumière ,...

Voix sans issue

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  Exils # 127 (10/09/2025)  Macabro (Prado, 2020) commence comme un codicille au diptyque Troupe d’élite (Padilha, 2008 + 2010), qui plut au public et déplut à la critique, les producteurs rempilent, l’affiche et la bande-annonce le précisent. On retrouve vite plusieurs motifs : des hommes en uniformes, une bavure au début, le récit du protagoniste en voix off , avant celle du journal régional nommé A voz da serra . Mais le film sème ce modèle, évite la ville, se déplace donc en montagne, retrace sous forme fictive un fait divers en effet macabre, plus sordide que celui du script . Au Brésil sévissent ainsi deux « frères nécrophiles », friands de refroidissants « féminicides », à faire défaillir les féministes nordistes. Au Brésil sévit aussi un prêtre pédophile, son onctuosité le trahit dès l’orée, son discours antidémoniaque le démasque. En vérité je vous le dis, en dépit de somptueux paysages de parc national, paradis laïc presque préhistorique...

Je fuis une légende

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  Exils # 120 (24/07/2025) « Il a toujours été spécial » déclare la barmaid adepte du « pas de vagues » local. Cependant le berger sudiste n’accomplit rien d’extraordinaire, l’élevage en bord de mer, donc dénué de la transhumance montagnarde, représente à peine une particularité, un mode démodé soumis à l’immobilier. La séquence du générique le présente ainsi en caméra portée dans son active banalité, s’occupant en silence de ses bêtes simplettes, inconscientes des enjeux dangereux et des « intérêts monstrueux » de leur ancienne présence et programmée absence, avant qu’une porte ouverte et un mouvement paysagiste ne dévoilent l’ampleur du panorama et le prix de cette terre-là. Ni pétainiste ni marxiste, Joseph se fiche de l’idéologie, de la lutte des classes ne se soucie, l’attachement au territoire, voire au terroir, variante culturelle et accessoire consensuel de la provinciale politique archaïque ou écologique, lui passe au-dessus de la tête et...

Les Ailes du désir

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  Un métrage, une image : Petit Dieter doit voler (1997) Une dizaine d’années après, Herzog réalisera Rescue Dawn (2006), reconstitution de fiction, dont on trouve ici la trace véritable, je pense au passage du groupe sans entourloupe, figurants tout sauf menaçants. Parfaitement conscient de la dimension méta du documentaire exemplaire, Dengler accepte de (re)jouer le jeu, d’incarner en courant son propre rôle d’incroyable survivant, quitte à ce que le cœur s’emballe, batte la chamade, au rythme du ressuscité cauchemar arrivé, réactivé en replay . « It’s a movie, don’t worry, buddy » dit-il aussi à une autre silhouette guère suspecte, placée en roleplay , en silence, de voleur d’alliance presto amputé via des Viets tortionnaires certes, cependant « scrupuleux et honnêtes ». Si l’exercice de style indiffère Werner, en dépit d’une bande-son délestée d’illustration, le Liebestod de Tristan und Isolde sur un aquarium de méduses, il fallait oser, imager ...

Le Sang des bêtes

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  Un métrage, une image : La Panthère des neiges (2021) Il faut savoir ce que l’on aime Et rentrer dans son HLM manger du poulet aux hormones Jean Ferrat, La Montagne Vous resterez dans l’histoire le président de l’inaction climatique. Yannick Jadot à Emmanuel Macron Le camouflage animal procède du pragmatique, ne se soucie de l’esthétique : l’invisibilité assure une certaine sécurité, permet d’épier, sans être mal vu, malvenu. La bête presque obsolète, proche de la roche, nécessite de l’attention, sinon de la protection. Elle inverse aussi le mouvement d’agrandissement de Blow-Up (Antonioni, 1966), où un cadavre devenait paysage puis pure image. Mutique, mythique et « totémique », un brin à la Moby Dick, elle incarne avec majesté, immobile, inaccessible, encore « incommunicable », la réalité réconciliée, « la liberté, l’autonomie, la parfaite connaissance de son environnement », tel un superbe requiem adressé à l’espèce hu...

Lucy in the Sky with Diamonds

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  Coercition sanitaire ? Double dose d’air… Furie (Brian De Palma, 1978), Superman (Richard Donner, idem ), Dracula (John Badham, 1979) : entre deux épisodes de La Guerre des étoiles (Steven Spielberg, 1977 + L’Empire contre-attaque , Irvin Kershner, 1980), entre une visitation ( Rencontres du troisième type , Spielberg, 1977), une prolongation ( Les Dents de la mer 2 , Jeannot Swarc, 1978), une reconstitution ( 1941 , Spielberg, 1979), John Williams revisite la musique épique, le frisson fantastique, le style héroïque. Ce qui s’écoute ici procède ainsi de l’œdipienne parapsychologie, de la science-fiction messianique et mythologique, puisque Lois & Clark in extremis ersatz US d’Eurydice & Orphée, olé, du sombre romantisme assumé, transcendé. Si Badham en Albion délocalisé ne démérite pas, loin de là, l’âme de Williams anime l ’item climatique, l’enflamme en continu, lui confère un lyrisme fatal plus que bienvenu. Structuré autour d’un irrésistible leitmot...

Michel-Ange : Le Pic de Dante

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  Chapelle à la truelle ? Façade affable…   Décevant et cependant séduisant, Michel-Ange (Kontchalovski, 2019) évacue donc la question de la création, se concentre sur le contexte. « Ça vient tout seul » explique l’artiste laconique, n’en déplaise aux adeptes de la genèse. La statue du pape au genou joli, poli, se voit ainsi expédiée, achevée via une ellipse ensuite reprise durant le déplacement du « monstre » en marbre, un temps retenu, au plan suivant à moitié descendu. Ceci s’assortit de deux ralentis, un sur la paume d’extase et d’agonie d’une femme « foutue », c’est-à-dire baisée à la Baudelaire, sur le visage de diable davantage que d’ange de l’anti-héros à la noce, en train d’assister à des noces. S’il décrit les délices et les douleurs d’un créateur à la Andreï Roublev (Tarkovski, 1969, co-écrit en tandem par le doublé d’Andreï), coda en clin d’œil des œuvres dévoilées, inversées, à la couleur le noir et blanc substitué ; ...

Trois visages + Hidden : Femmes Femmes

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  Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur les titres de Jafar Panahi. Le croisement de Où est la maison de mon ami ? (Kiarostami, 1987) et du Goût de la cerise (Kiarostami, 1997) ? Le prolongement, voire le développent, de Taxi Téhéran (Panahi, 2015) ? Bien sûr et bien davantage. Si Bava, autre cinéaste méta, filma autrefois, par trois fois, au féminin l’effroi ( Les Trois Visages de la peur , 1963), Panahi (s’en) va vers la vie, se focalise sur des formes de féminité, par ricochet de masculinité. Trois visages (2018) s’ouvre sur un vrai-faux snuff movie , un suicide d’adolescente, d’actrice aspirante, servi au cellulaire, au sein du (presque sous)terrain platonicien et utérin d’une grotte ad hoc , en écho sans eau à la pareille du compatriote Mohammad Rasoulof ( Un homme intègre , 2017). Comme Herzog ( La Grotte des rêves perdus , 2010), cet espace a priori de pendaison, donc de définitive renonciation à ses aspirations, possède sa propre pui...

Joey : Contact

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  Histoire de désespoir ? Télémaque teuton… Avant de délivrer du spectacle à succès, par exemple Independence Day (1996) ou Le Jour d’après (2004), par mes soins esquissés, Emmerich filme en catimini et en majorité en Germanie ce mélodrame méconnu et domestique. Ouvert sur un cimetière, trépas d’un parent, achevé à la maison, décès du fiston, l’ opus pâtit certes d’un script médiocre, d’un cast ad hoc , d’effets spéciaux assez approximatifs, d’une résurrection consensuelle et concon in extremis . Néanmoins, il ne vaut pas rien, parce que d’une part sa bonne forme se tient, voire se maintient, au nez des années amoncelées, d’autre part il ne procède au hasard, s’apparente plutôt à un apologue œdipien. Emmerich rêve d’Amérique nordiste, surtout de son ciné dit de divertissement, il s’autoproduit de sa sœur Ute en compagnie, il s’acoquine aux Corman maintenant et ici, il nous narre le récit, à base d’outre-tombe téléphonie, de soudaine télékinésie, de malveillante ventr...

Fitzcarraldo : Jungle Fever

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Werner Herzog. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. Camus, Le Mythe de Sisyphe Après le camion du Convoi de la peur (William Friedkin, 1977), le bateau de Fitzcarraldo (Werner Herzog, 1982), à la place du pétrole, le caoutchouc, au lieu de desperados , un idéaliste, comme une réponse optimiste, comme si Herzog, pas encore « le Client » de The Mandalorian , déjà prenait en compte le « new hope » de George (Lucas, La Guerre des étoiles , 1977). Fitzcarraldo , un film sur la folie ? Que nenni, davantage deux métrages en un seul : d’abord, durant une cinquantaine de minutes, une comédie satirique et sentimentale, ah, la molto cara Claudia Cardinale, à base de colonialisme occidental, pléonasme, et de « racaille de nouveaux riches », chiche, ensuite, pendant une heure quarante, un thriller d’altérité,...

Edith, en chemin vers son rêve : Je sais où je vais

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Sheila, Shula, un réchaud, du réchauffé… Assez anecdotique, très touristique, Edie (Simon Hunter, 2017) néanmoins ne manque de mérite : durant ses meilleurs moments, ce métrage trop sage transforme le visage en paysage, en parallèle duquel ceux de l’Écosse, plutôt somptueux, paraissent pâlir, sinon s’abolir. Je me permets, aussitôt, de renvoyer le lecteur vers ma prose à propos de la face parfois fascinante, à la fois immense et intime sur grand écran. À notre époque et son ciné largement dominés par un jeunisme cynique, intéressé, il faut un certain courage pour s’autoriser de tels gros plans désarmants, presque malaisants. Je ne vois pas, actuellement, d’équivalent à une telle ivresse des rides, à une pareille proximité avec un passé incarné, au propre, au figuré. Les traits altiers de l’impeccable et francophone Sheila Hancock, elle-même veuve du regretté John Thaw ( Inspecteur Morse mémorable, mélomane, thanks for this information , Shulamith), récompensée comédienn...