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Affichage des articles associés au libellé Victor Sjöström

Une inconnue et Delluc

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  Exils # 116 (08/07/2025) Le « cinéaste » cinéphile filme donc (fissa) les « fantômes de l’écran », le « pèlerinage » d’une « épave », à défaut de la Duse souffrante, revoici Ève Francis, muse complice et de Marcel L’Herbier aussi la collaboratrice ( El Dorado , 1921). Ils s’aimaient ces deux-là, cela se sent et se voit, même si leur divorce point précoce survient ensuite, a contrario de la coda conservatrice. Dans Eyes Wide Shut (Kubrick, 1999), un autre couple en crise se retrouve et se regarde in extremis , en tout cas devant la caméra, puisque Cruise & Kidman se dirent « adieu » loin de nos yeux. Ici, Roger Karl ( L’Homme du large , L’Herbier, 1920), lequel ressemble un brin à Michael Lonsdale, se casse à Gênes, empli de gêne, file y faire affaire, intermède documentaire, ne succombe à la tentation à la con d’une danseuse, d’une entraîneuse, de confetti riquiqui. Le scénariste réalisateur débuta au théâtre et l’histoir...

Je m’appelle Victor

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  Un métrage, une image : Larmes de clown (1924) À   l’écuyère Waechter Chez Fellini ( La strada , 1954), une mère misérable, sens duel, monnaie le fruit de ses entrailles ; chez Sjöström, un père arrange le mariage de l’héritière de misère, vaille que vaille. Larmes de clown , titre alternatif des Clowns (1970) assez sinistre du réalisateur italien, parce que, véritables, ils le valaient bien, à ne confondre avec Le jour où le clown pleura (Lewis, 1972), la Shoah, etc ., commence comme un drame bourgeois, de Faust une version vaudevillesque, fi toutefois de Méphistophélès. En écho à Federico, il s’agit aussi d’une œuvre sur la découverte du mal, du mâle, sentimentale et morale. Quatre avant l’avènement de l’éprouvant Le Vent (1928), le cinéaste suédois cède à l’appel des sirènes de la naissante MGM, son Mayer de patron, sa mascotte de lion, animal local qui, in extremis , bouffera les fautifs, massacrera le tandem de mecs malhonnêtes, chouette. Associé...

Gone with the Wind

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  Un métrage, une image : The Wind (1986) Encore une femme américaine, encore une île grecque, pourtant, cette fois-ci, ni enfant, ni messie : deux années après The Time Traveller (1984), Mastorakis oublie Adrienne Barbeau, enrôle Meg Foster, la transforme en romancière (de thrillers ) douce-amère, cf. sa blague liminaire, Jésus & Geppetto, Dio mio, sa discussion entre copines, au bord de la piscine, elle se sent masculine, elle veut « de l’action », elle écrit sous le pseudonyme de Sian Anderson. Sur place, ça souffle aussi fort que chez Sjöström   ( The Wind , 1928) & Tammi ( The Wind , 2018) réunis, le village vide ressemble à un cimetière en pleine mer, le propriétaire paraît presque patibulaire, surtout sous les traits de Robert Morley ( Topkapi , Dassin, 1964), « vieux radoteur » marié, à faire le MLF fulminer. La résidente de Chicago rencontre « l’homme de ménage » illico , compatriote au CV interlope, qu’incarne Wi...

Ordet : Le Prince de Jutland

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  Comment formuler/filmer l’ineffable ? Avec le maximum de familiarité… Une horloge morose, après arrêtée, relie ainsi ces extraits de Ordet (Dreyer, 1955). Pendant la première scène, la pendule à la Baudelaire s’accorde au dialogue domestique, métaphysique, le scande en sourdine, résonne aussi au sein du silence du studio, du vent en postsynchro, salut à Sjöström ( Le Vent , 1928), et l’on se souvient illico que Kim Novak dévoilera à vive et invisible voix de Vertigo (Hitchcock, 1958) sa persona , monologue mené, minuté, au métronome, au cours d’un second conte de cette fois-ci fausse résurrection, de femme affable, toutefois pas en cloque, en effet revenue « d’entre les mortes », titre d’origine et au masculin du bouquin un brin anodin de Boileau & Narcejac. Alors que l’oncle et la nièce, assis parmi la pénombre de la pièce, se font une impensable promesse, parlent de choses graves avec légèreté, complicité, bises bis , proximité poignante d’un adulte et...

Annette

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  Un métrage, une image : Poil de Carotte (1925) En (re)découvrant, en version restaurée, bravo à Lobster, la boîte de Bromberg, cette première transposition, moins célèbre que celle avec le tandem Baur & Lynen (Julien Duvivier, 1932), on ne peut pas ne pas penser à Visages d’enfants (1925) de Jacques Feyer, d’ailleurs ici crédité co-scénariste, autre conte de souffrance d’enfance, de ruralité portraiturée, (re)lisez-moi si ça vous va. De plus on comprend, en un instant, pourquoi le cinéaste s’autoremaka fissa, comme Hitchcock ( L’Homme qui en savait trop , 1934 + 1956) : Poil de Carotte s’avère vite un opus aspirant à être parlant, chantant, à cancans, en très gros plans. Duvivier y invente une variante du split screen , via des miroirs mobiles, il fait apparaître les pensées de ses personnages à l’aide de surimpressions de saison, qui participent d’un « réalisme fantastique », amitiés à sa sienne Charrette fantôme (1939), elle-même déjà à la sui...

Clash : La Sortie de l’usine Lumière à Lyon

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  Zéro à Zagreb ? Bidons pas bidons… À JW, éprise de PC L’impeccable plastique puis la présence physique de la sympathique, éclectique  Catherine Alric néanmoins n’arrivent à rendre dynamique l’ opus psychanalytique ? Pas grave, pardonnable, puisque ce métrage d’un autre âge, daté du siècle dernier, obscur, oublié, possède quelques qualités, mérite mon billet. Dédié à la mémoire émue de Betty Beckers, déjà au générique de l’estimable, voire marxiste, La Nuit de la mort (Raphaël Delpard, 1980), Clash (Delpard, 1984) en sus se souvient, bien sûr à sa mesurée   mesure, de Carnival of Souls (Herk Harvey, 1962), redéploie Répulsion (Roman Polanski, 1965), revisite La Voix humaine , c’est-à-dire la première partie de L’amore (Roberto Rossellini, 1948). Ainsi en excellente compagnie, celle d’Anna Magnani, Candace Hilligoss, Catherine Deneuve, à laquelle le cinéaste ne pouvait pas ne pas penser, faux air affiché d’une actrice à la suivante, certes, Catherine A...

Le Masque du démon : La Sorcellerie à travers les âges

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Woman of steel , « sorcière » vénère, gang bang au bord de la transe… En 1960, le cinéma change, à l’image du monde : en France ( À bout de souffle , Jean-Luc Godard), aux États-Unis ( Psychose , Alfred Hitchcock), au Royaume-Uni ( Le Voyeur , Michael Powell), et surtout en Italie ( L’avventura , Michelangelo Antonioni + La dolce vita , Federico Fellini), de nouvelles formes s’affirment, des sensibilités différenciées s’affichent, l’errance et la violence de l’existence prennent possession/prennent position dorénavant des/sur les écrans. Néanmoins, rien ne naît ex nihilo , en tout cas pas tout cela, et Belmondo semble un écho sartrien de Bogart, le motel  de Norman   Bates appartient au « gothique américain », l’extrémisme maladif de Mark Lewis, assassin sentimental, suicidaire, développe le perfectionnisme épuisant, déchirant, de la chère Moira Shearer, chaussée par les Archers ( Les Chaussons rouges , Emeric Pressburger & Michael Powe...

The Wind : The Wind

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Disons un no woman’s land soigné, cependant languissant...   Une actrice, une réalisatrice, une scénariste, une monteuse : à défaut d’être féministe, voici bel et bien un western (au) féminin. Moins emmerdant mais autant indie que La Dernière Piste (Kelly Reichardt, 2010), The Wind d’Emma Tammi (2018) ne saurait hélas rivaliser avec The Wind de Victor Sjöström (1928), idem écrit par une femme, à savoir Frances Marion, notamment rédactrice pour Mary Pickford, relisez-moi ou pas à propos de Pollyanna (Paul Powell, 1920), alors adaptatrice de la romancière Dorothy Scarborough. En dépit des bourrasques mesurées présentes sur la bande-son, ce portrait en POV par procuration d’une pionnière paranoïaque manque de souffle, de folie, de sens de l’espace, de la surprise. Si le Roman Polanski de Répulsion (1965) empruntait ses mains murales au Jean Cocteau de La Belle et la Bête (1946), le métrage trop sage du jour ensoleillé paraît s’inspirer de REC (Jaume Balagueró...

Les Lois de l’hospitalité : Querelle

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jack Blystone & Buster Keaton. Our Hospitality (1923) commence comme Le Vent (Sjöström, 1928) et pourrait se situer en Corse, vendetta nous voilà. Cette « Metro Attraction » quitte ensuite le mélodrame du « Prologue » pour s’orienter vers la comédie de la « Story ». Orphelin délocalisé, héritier désargenté, proie pourchassée, William McKay finira par embrasser/enlacer/épouser la virginale Virginia Canfield, fille-sœur de ses ennemis à domicile, qu’il vient de repêcher des rapides, avec laquelle il voyagea. L’ultime gag dépose les armes, de manière littérale, le mariage en médicament désarmant contre leur maniement américain et la malédiction ancestrale, disons méditerranéenne. Tout ceci, parti de New York riquiqui, méconnaissable carrefour rural, surréaliste, de la Rue 42 et de Broadway, se passe dans le Sud US, renommé pour son hospitalité, même à main armée, par conséquent ...