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Affichage des articles associés au libellé Mireille Darc

Annick aime les sucettes

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  Exils # 9 (12/12/2023) Juliette Gréco jugeait misogyne l’émouvant et amusant Jolie môme , sa plaisante appropriation une façon de s’en réapproprier la féminité supposée maltraitée, de lui rendre son inexistante innocence en complice sororité. Que pouvait-elle penser, si encore la chanson d’exception elle connaissait, de Ton style , instrumental   recalé destiné a priori à Jean-Pierre Mocky, radical mélodrame – au sens étymologique de drame musical, au sens esthétique d’étude sociale – qui sans se soucier une seule seconde de sociologie, Dieu merci, tant pis pour l’affirmé anarchisme, résumait à lui seul les années soixante-dix, leur lyrisme dépressif carburant à la mélancolie, après l’euphorie de la précédente décennie, en dépit, certes, des dernières infamies de la guerre d’Algérie. Comme si soudain, du jour au lendemain, de midi à minuit, l’occidentale société dessoûlait, pénétrait de plain-pied au creux d’un cauchemar plus ou moins climatisé, Henry Miller very vénère, ...

Le Chat du rabbin

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  Notes à propos d’un duo de rôles… À la télé et au ciné, Clotilde Joano épousa donc Michel Piccoli deux fois, qui la trompa, l’empoisonna, auquel elle pardonna, écho moderato à la tactile coda de L’avventura (Antonioni, 1960), itou co-écrit par Tonino Guerra. Au cours de Hauteclaire (Prat, 1961), téléfilm du temps de la RTF, certes soigné, toutefois surfait, Paul Frankeur, docteur narrateur, affirme qu’elle affiche un « visage de victime », néanmoins ceci n’existe, pas davantage qu’un faciès de coupable, n’en déplaise au guère rigolo Cesare Lombroso. On peut par contre posséder une sale gueule, une face défaite, en effet, pourtant les traits altiers de la Clotilde concernée ne se situaient de ce côté. Sa beauté classique, aristocratique, un brin britannique, sied à la comtesse en détresse imaginée selon le diabolique Barbey, le mimi d’Aurevilly, au creux d’un ersatz de conte de classes, marxiste en sourdine. Clotilde incarne de tout son corps une Delphine destinée à ...

Les Enfants du désordre

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  Un métrage, une image : Rue des prairies (1959) Denys de La Patellière ne possède le moindre soupçon de personnalité, il se repose sur les personnages, leurs paroles, leurs interprètes, à savoir sur le travail valeureux et savoureux du tout sauf tocard Audiard. Mélodrame familial divisé en deux temps, le passé, le présent, Rue des prairies dispose d’une scène dite d’exposition assez excellente, modèle de litote dépouillé de parlote, où explose en silence l’éloquence de la présence de Gabin déguisé en prisonnier guerrier émancipé, endeuillé, cocufié, donc doté d’un « fils préféré », émouvant « délinquant » de Dumas à défaut de celui de Nicole Garcia. Ensuite, ça se complique, le bâtard se bagarre, sa sœur et son frère font la paire, tandem pragmatique de réussite cynique. Tout se termine au tribunal, père accablé, « mineur » libéré, amour masculin jamais mesquin formulé enfin. L’adaptateur/dialoguiste s’y connaissait en cyclisme, il esquiv...

Moi y’en a vouloir des sous : Habemus papam

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  Pochade poujadiste ? Lucidité de cinéaste… Après les centurions concons, à gros « « bobo » un brin « facho », de la sécuritaire compagnie républicaine, un plan-séquence en tandem de marche urbaine, durant lequel l’adroit Préboist son monologue bientôt motorisé déploie, flic frappeur toutefois autrefois tenté par le métier d’infirmier : Yanne savait se servir d’une caméra, pas seulement en vrai-faux alter ego de Pialat ( Nous ne vieillirons pas ensemble , 1972), servir sa troupe – au lieu de la soupe – de ciné sans la couverture à lui tirer. La suite et l’ensemble de l’estimable et recommandable Moi y’en a vouloir des sous (1973) le démontrent aisément. À découvrir aujourd’hui sa deuxième réalisation, produite en compagnie de l’incontournable Rassam, on ne peut qu’en constater à la fois le caractère daté, l’actualité, le soin porté à chaque plan, à chaque instant, l’absence d’amateurisme et de cynisme. Yanne filme des syndicalistes, des gauc...

Jeff : Les diamants sont éternels

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Des abeilles, une « sauterelle », un zoo , un tombeau… Non Jef t’es pas tout seul Mais tu sais qu’tu me fais honte À sangloter comme ça Bêtement devant tout le monde Parce qu'une trois quarts putain T'a claqué dans les mains Brel, Jef À la fois film fondateur, le premier co-financé par la récente société Adel Productions, et opus suicidaire, surtout au box-office hexagonal, Jeff (Jean Herman, 1969) retravaille Le Samouraï (Jean-Pierre Melville, 1967) et prophétise Un flic (Jean-Pierre Melville, 1972), c’est-à-dire s’inscrit au sein d’un tracé dépressif, peuplé de spectres en sursis. Il dessine davantage, il étoffe l’Orphée de RATP, in fine défait par son Eurydice de pianiste, il affine le fantastique venté de la Vendée, il affirme le marasme de la masculine amitié. Dès l’affiche explicite, reformulation graphique de la fin fatidique, Alain Delon donne le ton : Jeff ou la chronique d’une mort annoncée, celle de sa star ciblée. Posé sur l...

Laisse aller… c’est une valse : Notes sur/de Philippe Sarde

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Le hasard n’existant pas, retour sur les atours d’un auteur majeur. On ne parle pas assez, hélas, de Philippe Sarde , on écrit peu ou pas sur lui, à peine une unique biographie, on entend rarement sa musique, assourdie par le bruit dans et au-delà de l’écran. Je viens de passer disons deux heures et demie en sa compagnie et je voudrais simplement donner envie au lecteur de m’imiter. Inutile de revenir à présent sur son parcours, ses rencontres, sur l’ensemble de sa vaste discographie : il le fait lui-même, avec une franchise parfois affolante, nos amitiés aux mânes outragés d’Ingrid Bergman. Fastidieux s’avérerait également un catalogue commenté ; je préfère renvoyer l’auditeur vers une collection concoctée exprès ou mes communautés thématiques Cinéma d’ici + La Septième Note , sur lesquelles figurent plusieurs extraits. Je souhaite, aujourd’hui, annoter ses partitions, jeter une poignée de notes en ligne, bouteilles à la mer à défaut de glass harmonica en verre,...

Le Silencieux : Souvenirs sur film(s) de Lino Ventura

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Car les acteurs de valeur, les actrices complices, ne meurent pas, s’éclipsent. En dépit du succès d’Isabelle Adjani, puis du retentissement de Indigènes (Rachid Bouchareb, 2006), le cinéma français n’aime pas les Arabes, pensait Maurice Pialat, cité par son biographe Pascal Mérigeau. Il sut cependant, durant les années 60 et 70,   accueillir et chérir une Autrichienne et un Italien, Romy Schneider & Lino Ventura. Transfrontière, leur intense talent transcenda l’écran et leur carrière, leur vie, se déroulèrent ici, dans ce pays en partie construit pas l’immigration, culturellement, sinon concrètement, n’en déplaise aux membres d’un piètre parti politique à la xénophobie décomplexée, meilleur ennemi de la gauche hexagonale, aux VRP assermentés de la victimisation, gestionnaires bien-pensants de discriminations à nouveau de saison, cette fois-ci sur le terrain féministe. Si le parcours de Rosemarie représente à lui seul une histoire allemande, une Histoire de l’Allemag...

Bienvenue à Pornoland : Candide

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Entrer, sortir, pour le meilleur et pour le pire.  Écrit par et comme un journaliste, voici un ouvrage de deux cent dix-sept pages vite lu et vite limité. Après une « note de l’éditeur » (les petits gars de Respublica, pas de jeu de mots priapique, merci) se signalant par sa modestie, son refus de l’hyperbole – « Il s’agit, y compris dans l’histoire de la pornographie, d’un témoignage saisissant, aussi inédit qu’exceptionnel » – et une lucide préface de Céline Tran, encore (en 2009) désignée Katsuni – « On désire aussi ce qui nous manque, et l’on finit par insulter ce qu’on ne peut avoir. C’est là toute la fatalité du monde du porno qu’on regarde avec envie et rage » –, avant des remerciements adressés à l’épouse, aux amis, à la maison d’édition, à la famille, au rédacteur en chef et aux collègues d’une célèbre revue spécialisée, à ceux qui ne le recrutèrent pas et à « l’industrie du X », surtout ses actrices, l’auteur se fend d’un ...

Une femme libre : Le cœur est un chasseur solitaire

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Une « grande sauterelle » ? Plutôt un perpétuel papillon ! Fille du Sud, fille de pauvres, pauvre fille mal nourrie, mal aimée, mal soignée, si solitaire en compagnie de ses vers (La Fontaine, pas de terre), de ses « illustrés », perchée dans son amandier à parler aux fées, à faire corps avec la nature, à découvrir les mélodrames de la Bible, tandis qu’autour d’elle la France survit, résiste, collabore, se saborde, spécialement à Toulon : entre un père taiseux, absent, suicidaire – moment terrible où il emmène la gamine au grenier, se place devant une poutre, menace de s’y pendre – et une mère qui encaisse tout, derrière la caisse de l’épicerie de « faubourg », comme on disait alors, qui ne flanche pas mais se taira toujours, à la Dominici, au sujet d’un secret de famille de possible illégitimité, entre deux frères à la périphérie de sa vie et du récit, rien, absolument rien, ne prédestinait Mireille Aigroz à devenir un jour, presqu...