Articles

Affichage des articles associés au libellé Béla Tarr

Dorota 1880

Image
  Exils # 124 (02/09/2025) En dépit du pronom, Mon XX ème siècle (Enyedi, 1989) n’appartient pas à un personnage, plutôt à sa cinéaste, même s’il ne s’agit ni d’un film historique ni d’un film autobiographique. En découvrant ce noir et blanc, on se dit revoici de l’ arty , du ciné usagé, du simulacre primé à Cannes. Mais le premier essai de cette réalisatrice et scénariste peu prolifique, universitaire et festivalière passée par Montpellier, mariée à un Allemand, le pays co-produit, ne se réduit Dieu merci à ceci, alors tant pis s’il (dé)tourne assez vite à vide, se termine entre deux rives livides, lent travelling avant à contre-pied de l’exposition éclatée. Au générique style La Femme publique (Żuławski, 1984) de l’obsolète Annette (2021), autre conte (« de fées ») méta qui peut laisser de bois, Carax remercie Béla Balázs (et « Edgard Allen Poe »), célèbre théoricien exilé de Berlin et fissa professeur au VGIK, au retour recadré par des autorités so...

Alouettes, le fil à la patte : Papa est en voyage d’affaires

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jiří Menzel. Drôle et tendre, cette satire disons sidérurgique entrecroise ersatz de STO et love stories . Elle remémore Affreux, sales et méchants (Scola, 1976) ou Street Trash (Munro, 1987), mais bye-bye au bidonville excessif, exit la casse auto scato : Alouettes, le fil à la patte (1969) se déroule sur une petite partie tristounette, dédiée au tri métallique, d’un complexe industriel parcouru en incipit , à cartons contextuels, par un panoramique gauche-droite puis un travelling avant surplombant, la caméra imaginée suspendue à la manière d’une berline usitée aussi, registre certes différencié, par le guilleret Damnation (1988) de Béla Tarr. Ici bossent des bourgeois et travaillent des fugitives, séparation des sexes guère inflexible, merci au gardien prénommé Ange, ange gardien mari d’une Gitane amusée par le cadeau du confort moderne d’un appartement, lui préférant le sommet d’une armoire avec...

Un homme intègre : La Grotte des rêves perdus

Image
Enlisement à Téhéran, seconde chance de souffrance, dénouement de damnation. Fritz Lang prétendait-plaisantait que le Scope ne servait qu’à filmer des serpents et des enterrements. Dans Un homme intègre , le format large matérialise à l’écran l’enfermement du protagoniste éleveur de poissons, pas de pythons, et deux ou trois surcadrages d’obscurité directement hérités du dernier plan de La Prisonnière du désert (Ford, 1956) renforcent l’absence d’horizon, de solution. Western et thriller de stagnation, de lenteur, ce métrage innervé par une rage rationnelle nous conte les déboires d’un pisciculteur nordiste cerné par une corruption généralisée, pour ainsi dire ontologique. Ici, en Iran, en 2017, une adolescente peut bien se suicider hors-champ car renvoyée de son lycée pour non-conformité de foi, se voir interdire une simple sépulture charitable en impitoyable cimetière musulman, et des mecs se disant envoyés par la mosquée du coin débouler chez l’innocent trafiquant d’alc...

La Belle et la Bête : Bloody Bird

Image
Interdiction de Jésus, injonction de Morrison ? Ramage-plumage d’otage tactile.   Oubliez illico Cocteau, à peine cité le temps d’un plan de rideaux volants : La Belle et la Bête tchèque dialogue davantage avec Herzog, Franju, De Palma, Ridley Scott. Le titre original précise d’ailleurs les choses ; il s’agit de la rencontre d’un « monstre » et d’une « jeune fille », comprenez donc une vierge. Adieu au masque velouté, à la crinière léonine, de Jean Marais magnifiquement défiguré par son amant polyvalent et le maquilleur Hagop Arakelian, bonjour à une tête de piaf inspirée de la party déguisée de Judex (1963) autant que du volatile vengeur de Phantom of the Paradise (1974), ailes de cape à la Batman incluses. Quant au château de huis clos, il annonce bien sûr le petit théâtre de la cruauté transalpin de Bloody Bird (1987), autre item orné d’un oiseau sado. Juraj Herz, décédé au meurtrier mois d’avril, Heynemann opine, paix à son âme ...

Le Cri : Paysage dans le brouillard

Image
            Affronter ou fuir, rester ou revenir, se relever ou atterrir, crier ou écrire. À côté de Michelangelo Antonioni, Theo Angelopoulos & Béla Tarr ressemblent à des guides touristiques. Brume, boue, déshérence, absence de transcendance et au bout de l’errance, une chute mortelle, une pietà privée de Dieu, l’annonce du vertige des apparences de Vertigo . Il grido se situe au pays très appauvri de Gente del Po , se place dans la riche filmo entre Le amiche et L’avventura . Le Ferrarais se trimballe depuis près de soixante années une réputation de portraitiste des névroses de la bourgeoisie, d’esthète refroidissant et distant. En 2018, merci au visionnage on line et en VO sous-titrée en anglais d’une édition DVD irréprochable, on s’aperçoit fissa qu’en 1957 Antonioni se fiche de l’auteurisme, cette marotte falote des rédacteurs de cahiers de ciné. Avec son titre à la Munch, justifié in extremis par celui d’A...

Stalker : Les Randonneurs

Image
You’ll Never Walk Alone entendait-on dans le Carousel de Henry King – parole évangélique ou mystification à la con ?...  Mais le temps suit son cours et sa pente inflexible A bientôt séparé ce qu’il avait uni, – Et l’homme, sous le fouet d’un pouvoir invisible, S ’ enfonce, triste et seul, dans l ’ espace infini. Fiodor Tiouttchev, poème en français, 1838 Stalker résiste au temps et au spectateur. On le découvrit naguère en VOSTFR à la TV ; on le visionne aujourd’hui en ligne avec des sous-titres anglais + possibilité d’une traduction dite automatique un brin chaotique. Passer deux heures et demie avec Andreï Tarkovski revient à retrouver un vieil ami, un réalisateur de grande valeur, cher à notre cœur et à notre esprit. Film de marche, film de tchatche, film de silence(s), aussi, et surtout de fausse SF, Stalker nous enrôle dans une drôle de zone, aux origines indécises, météorite ou extra-terrestres, hésite un Nobel sur le carton liminaire, certai...