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Affichage des articles associés au libellé Yves Allégret

Beyrouth et Boucles d’or

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  Exils # 149 (11/12/2025) Médecin assassin au miroir nietzschéen, Bernard Giraudeau, primé à Venise, sorti du réussi Poussière d’ange (Niermans, 1986), interprète avec un poignant brio ce toubib homicide et au bout du rouleau, repensons à Delon ( Le Toubib , Granier-Deferre, 1979), ersatz d’Ulysse de retour à Paris, longtemps avant les attentats, Virginie Efira ( Revoir Paris , Vinocour, 2022). Claire, l’héritière, c’est-à-dire une juvénile et convaincante Laure Marsac, je vous renvoie au même endroit vers mon petit portrait énamouré, fréquente en adolescente un cabaret libanais, prend la place de Pénélope, « peau blanche » fascinante parmi un milieu interlope. Idéaliste dessillée, danseuse presque incestueuse et un peu « pisseuse », au propre et au figuré, cf. Gainsbourg & Linda Blair ( L’Exorciste , Friedkin, 1973), elle sauvera (embrassera) in extremis son perturbé (barbe à) papa, épilogue en forme de pietà, tandis qu’une dame « (dé)voilée ...

La Grande Attente

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  Exils # 109 (14/05/2025) Dans Pierrot le Fou (Godard, 1965) Belmondo se suicidait à la dynamite, Anna Karina portait une robe écarlate ; dans Week-end à Zuydcoote (1964), il succombe à une bombe, aperçoit au lointain Jeanne en rouge. Le Nolan de Dunkerque (2017) et le Spielberg de La Liste de Schindler (1993) connaissaient-ils l’œuvre de Verneuil ? Peut-être, peu importe, ce titre restauré se suffit à lui seul, délesté d’héritiers. Flanqué de François Boyer ( Jeux interdits , Clément, 1952), Robert Merle, l’auteur de La mort est mon métier , matrice apocryphe de La Zone d’intérêt (Glazer, 2023), s’auto-adapte et dialogue cette chronique tragi-comique d’un couple de jours pas si historiques, plutôt pragmatiques. Si Fabrice ne voyait rien à Waterloo, Julien, Maillat et non Sorel, accomplit un périple picaresque, ponctué de rencontres pittoresques, comme ces vraies-fausses nonnes façon La Grande Vadrouille (Oury, 1966), de caméos plus ou moins rigolos, citons ceu...

Gens de Dublin

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  Un métrage, une image : La Jeune Folle (1952) À Jacqueline Waechter, à l’écart de la guerre En surface, La Jeune folle se soucie d’Irlande, d’indépendance, de Républicains, de destin. À ce niveau-là, ça ne fonctionne pas, jamais on y croit, la fameuse suspension of disbelief sur tout ceci glisse. Idem en situation de délocalisation, le Minnelli de Madame Bovary (1949), autre portrait d’une féminité fiévreuse et très tourmentée, durement dessillée, convainquait davantage, au-delà du langage, puisque du cinéaste la sensibilité idéaliste et lucide ressemblait à celle de l’héroïne, faisant du pari impossible, de l’adaptation a priori à la con, un modèle de fidélité infidèle, en outre un autoportrait porté par une actrice assez sublime, souvent intense, Selznick ne me critique, nommée Jennifer Jones. En subjective vérité, Yves Allégret décrit un second pays, et cela séduit, réussit : en écho à l’incontournable Corbeau (1943) du guère collabo Clouzot, La Jeune Folle...

Eyes Wide Shut

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  Un métrage, une image : Frustration (1971) La « femme de chambre » (étranger intitulé) fait du mauvais café, se fait à domicile son mental et in extremis meurtrier, suicidaire ciné, rêve éveillé (« dream » idem ) à faire rougir l’onaniste « Madame » soyeuse et songeuse, à main chercheuse et baladeuse, de Bashung ; toutefois Bénazéraf ne fait un mauvais film. Doté dès sa sortie d’un sous-titre explicite, géographique et un brin rimbaldien,  Les Dérèglements d’une jeune provinciale , affligé désormais, en édition DVD, d’une jaquette suspecte, miséreuse et racoleuse, le confidentiel et conflictuel Frustration s’affirme en sourdine tel le troisième volet moins renommé d’une trilogie apocryphe de féminine psyché très tourmentée, commencée par Polanski ( Répulsion , 1965) puis poursuivie par Buñuel ( Belle de jour , 1967). Se substitue donc à une Deneuve dédoublée, au propre et au figuré, la patiente et pertinente, un peu perruquée, un soupçon prostituée, gentiment congédiée...

La Môme vert-de-gris

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  Un métrage, une image : La Fille de Hambourg (1958) Par et pour Jacqueline Ils boivent à la santé Des putains d’Amsterdam De Hambourg ou d’ailleurs Enfin ils boivent aux dames Brel Bientôt pornographe, le réputé Bénazéraf imagine un moment minuté, à réveil envolé, à manteau démodé, d’amitié tourmentée. Comme dans le contemporain Sueurs froides (Hitchcock, 1958), un idéaliste triste souhaite ressusciter le passé ripoliné, périt en proie à l’impitoyable « principe de réalité ». Le cinéaste anglais relisait Eurydice & Orphée ; l’estimable Allégret ne se moque de Tristan und Isolde. En coda, Maria se suicide aux somnifères, s’endort du « grand sommeil » en souriant, son amour invisible serrant, pendant que Pierre décède sur son palier, à quelques centimètres à peine de la porte bouclée. Auparavant, instant assez superbe et poignant, en sus symbolique, sinon didactique, il épongeait, contre son gré, la catcheuse malheureuse et boueuse...

Tom et Jerry

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  Un métrage, une image : Fair Game (1986) Exercice de style habile, jadis jugé misogyne, aujourd’hui félicité féministe, Fair Game s’avère vite un ouvrage toujours divertissant, un opus jamais complaisant. S’il bénéficie du beau boulot du directeur photo Andrew Lesnie, ici à ses débuts, ensuite partenaire de George Miller ( Babe, le cochon dans la ville , 1998) et surtout de Peter Jackson, éclairant son épuisante pentalogie de tolkienneries, son remake à la con de King Kong (2005), son adaptation du bouquin à succès d’Alice Sebold ( Lovely Bones , 2009), Fair Game vaut avant tout pour la découverte de la svelte Cassandra Delaney, actrice furtive dont la performance physique suffit à lui assurer une méritée renommée, pas qu’auprès du guignolo Quentin Tarantino. Traquée par trois connards guère queutards, plutôt portés sur le massacre motorisé de kangourous nocturnes, équipée bleutée, patraque, très à la Razorback (Russell Mulcahy, 1984), notre soigneuse de sanctu...

Thérèse Desqueyroux

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  Un métrage, une image : Thérèse Raquin (1953) Filmé de façon académique, car Carné en pilotage automatique, cette adaptation presque pirate, due à l’impeccable Spaak, du gros mélo du moralisateur Mimile, lui-même a priori traumatisé par Le Chat noir de Poe, ne s’avère vite « un grand film », n’en déplaise au fidèle André Bazin , tant pis pour le prix vénitien, démontre donc les limites anémiques d’une « tradition de la qualité » bientôt malmenée, fiasco selon Truffaut. Si la forme morne pourrait matérialiser l’asphyxie du récit, elle invite avant tout à respirer l’air de l’extérieur, du mouvement, de la vitalité, Nouvelle Vague ou non. Simone Signoret traverse en somnambule, guère concernée, visage fermé, une histoire de (roman de) gare, un vaudeville dramatique, interminable et néanmoins à la va-vite, où la fatalité, surtout motorisée, se substitue à la culpabilité, aux fantômes et fantasmes d’un couple illico , en duo, suicidé. Le cinéaste ne (nous...

Dédée d’Anvers : Le Port de la drogue

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  L’infâme veut s’enfuir à Rotterdam, gare aux représailles de la dame… À nouveau voici l’assez sublime Simone Signoret, cette fois-ci en dépressive prostituée. Une femme, trois hommes, plusieurs possibilités, une seule impossibilité : la sudiste Dédée, maltraitée par Marco son proxo, s’offre fissa à Francesco, selon le souhait du sentimental M. René. Certes, Dédée d’Anvers (Yves Allégret, 1948) doit beaucoup à son actrice principale, capable de composer avec habileté, sensibilité, une entraîneuse jamais oiseuse, emmerdeuse, toujours attachante, émouvante, y compris lorsqu’elle écrase en voiture son souteneur saoul, assommé, assassin mesquin de marin italien. Mais ce métrage d’un autre âge, en sus d’être bien servi par des acteurs de valeur, je parle de Bernard Blier, par procuration papounet, de Dalio, impitoyable et pitoyable salaud, de Marcel(lo) Pagliero, amoureux bienheureux, malheureux, ne se contente pas de ressusciter un fameux romantisme maritime, déjà illustré dur...

Les Grandes Manœuvres : Le Pari

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Cage volage, gants élégants, psyché du passé, clairon d’abandon… For Franck Ferreira, confiné ou pas You can play brand new to all the other chicks out here But I know what you are what you are baby […] Maybe if we both lived in a different world It would be all good and maybe I could be your girl But I can’t ’cause we don’t Britney Spears, Womanizer Avec Les Grandes Manœuvres (1955), une « comédie dramatique », affirme le générique synthétique, René Clair, alors quinquagénaire, paraît relire Marivaux & Laclos plutôt que Molière. Au jeu in extremis sincère et sérieux de l’amour et du hasard, Marie-Louise arrive donc trop tard, tandis qu’Armand devient par conséquent un perdant, pourtant paradant, sa liaison dangereuse, merveilleuse, refusant d’ouvrir sa fenêtre (et d’offrir le reste) à ce don Juan poignant, au remporté (et stupide) pari d’ennui, tant mieux, tant pis. Les grandes manœuvres à venir, le spectateur contemporain, celui des anné...

Le Récif de corail : Un petit coin de paradis

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Une bible, des fusils, un Chinois, toi et moi… Le soleil sous la mer, mystérieuse aurore, Éclaire la forêt des coraux abyssins Qui mêle, aux profondeurs de ses tièdes bassins, La bête épanouie et la vivante flore. Heredia Beaucoup moins connu/consacré que les incontournables Pépé le Moko (Duvivier, 1937), Le Quai des brumes (Carné, 1938) et Le jour se lève (Carné, 1939), Le Récif de corail (Gleize, 1939) s’avère une aimable trouvaille. Enfin un film « de » Jean Gabin qui finit bien ! Enfin autre chose que le morose, la sinistrose, d’un ciné reflet d’une société agitée, piégée, d’une époque européenne particulière, d’une décennie issue de la crise (de 29) et ouverte sur la catastrophe (de 39). S’il résonne à sa mesure avec la mythologie de la trilogie précitée, Le Récif de corail lui substitue aussi un rousseauisme mis à jour, une misanthropie amie, une inconsolable candeur et un goût du bonheur. On peut penser à Maria Chapdelaine (Duvivier, 19...

Félicie Nanteuil : Maryline

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La star et le poissard, le répertoire et le corbillard, le hasard et le brouillard… Moins singulier qu’Yves Allégret ( Une si jolie petite plage , 1949, Manèges , 1950, Les Orgueilleux , 1953), notre Marc homonyme commit Fanny (1932) ; avec Félicie Nanteuil (1945), il semble associer Entrée des artistes (1931) à La Demoiselle et son revenant (1952). La psychologie se substitue ainsi à la sociologie, la culpabilité remplace la théâtralité. En termes cinématographiques, on passe par conséquent de My Fair Lady (George Cukor, 1964) à Hantise (George Cukor, 1944). Co-écrit par le scénariste Curt Alexander ( Liebelei , Max Ophuls, 1933) et le dramaturge Charles de Peyret-Chappuis (répliques de Ce corps tant désiré , Luis Saslavsky, 1959), dialogué par Marcel Achard, collaborateur régulier du réalisateur, aussi auteur de Madame de… (Max Ophuls, 1953), le métrage éclairé par Louis Page ( Espoir, sierra de Teruel , André Malraux, 1945, L’Amour d’une femme , Jean Grémillon...