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Affichage des articles associés au libellé Julien Duvivier

Une (en)vie d’aventure

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  Exils # 175 (03/03/2026) Secte et sacrifices : le script du Secret de la pyramide (Levinson, 1985) recycle en partie celui d’ Indiana Jones et le Temple maudit (Spielberg, 1984). « Présenté » par le précité, mis en scène par un professionnel impersonnel, Rain Man (1988) de mélodrame, Young Sherlock Holmes décrit l’adolescence du détective et « l’aventure d’une vie ». Spéculation affectueuse et hommage admiratif, cf. le carton de conclusion, avec l’aval d’une descendante de Doyle, cette évocation de pure et respectueuse (ré)invention ne revisite le mythe à la manière douce-amère de Wilder ( La Vie privée de Sherlock Holmes , 1970) ou Eberhardt ( Élémentaire, mon cher... Lock Holmes , 1988), préfère l’action à la réflexion, donc à la déduction, ne succombe au psychologisme freudien, en dépit d’un double conflit œdipien, ne sonde à la Nolan un (super-)héros au bout du rouleau. Seize ans avant les Harry Potter produits par la Warner et encore écrits p...

Dix ans d’une nuit blanche

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Exils # 153 (06/01/2026) Construit en boucle bouclée, tour Eiffel surcadrée au carré, La Minute de vérité (Delannoy, 1952) documente le conservatisme de la France des années cinquante, dit adieu à l’idéal, pas seulement pictural et sentimental, remarquez la composition explicite de l’ incipit , perspective de ville depuis une fenêtre ouverte, en somme à la Caillebotte. On (re)pense à Montparnasse 19 (Becker, 1957), co-écrit par un non crédité Henri, on songe surtout de La Fête à Henriette (Duvivier, 1952), making-of méta de scénaristes en goguette et tragi-comiques marionnettes, idem dialogué par Jeanson en situation, car le couple en déroute commente en voix off et piste de disque son parcours d’amour. Ses répliques sarcastiques font sourire, la « comédie légère » et douce-amère de décisif anniversaire évite en définitive le « vaudeville », résume à bon escient Madeleine Vincent, comédienne sur scène et actrice à domicile, femme in fine aussi (in)fidèle ...

Pain et Madeleine

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  Exils # 142 (19/11/2025) Aseptisée, désincarnée, illustrative, translucide, cf. la célèbre scène de la « tempête crânienne » : on peut préférer sans regret la robustesse de Bernard ( Les Misérables , 1934) ou le pessimisme de Hossein ( Les Misérables , 1982) à l’échantillonnage de Le Chanois ( Les Misérables , 1958). Malgré ses trois heures de familiers malheurs, sa version va trop vite, survole son sujet, rabotage de montage, deux heures ailleurs de tumultes et de chutes, ressemble à une bande-annonce soucieuse de ne déranger personne, de quoi donner raison de facto au pamphlétaire Truffaut. La discutable et discutée « qualité française » mise en cause par l’un de ses futurs représentants, même différemment, s’acoquine ici au fameux, sinon sinistre, professionnalisme allemand, car co-production de bon ton, figurants de la DEFA disons à ouf, capables de remplir avec rigueur le(s) cadre(s) de la bataille des barricades, l’Italie investit aussi. Dès le ...

La Constance des apparences

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  Exils # 134 (15/10/2025) Dans Adieu… Chérie (Bernard, 1946), titre programmatique, discographique, points de suspension en oxymoron, Danielle Darrieux s’éveille épuisée, rêve éveillée, se réveille esseulée. L’« entraîneuse » entraînante chante, enchante, déchante. Son appartement prend l’eau, elle fait visiter un « tripot », squatte un aristocrate « château », moins merveilleux et bricolé que celui du contemporain Cocteau ( La Belle et la Bête , 1946), puisque bastide sise « entre Orange et Marseille », productrice d’une huile d’olives « ramassées à la main », le « dragon » directif qui la dirige y met du sien. L’invisible Frédéric ne « chasse le tigre », tient à Toulon un « restaurant à particule », mésalliance ridicule. Alors Constance sans clémence n’autorisera un bis repetita , exit sa factice belle-fille, arnaqueuse amoureuse et malheureuse, laquelle paie cher d’être sincère. Une réplique ex...

Clair obscur

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  Exils # 133 (13/10/2025) Dans sa biographie de l’« auteur de films », mention (im)précise de plaque commémorative, à l’intitulé contradictoire ( Le Mystère René Clair ), Pierre Billard parle à juste titre de « morale libertaire », rappelle que le cinéaste répugnait au message, c’est-à-dire au film homonyme, cite l’auto-critique de l’intéressé « ironique » : « ambitieux mais écrit et réalisé trop vite ». Ressorti et à peine retouché en 1951, désormais restauré, disponible en ligne, À nous la liberté (1931) assume sa légèreté, son irresponsabilité, sa sécession en chansons. Sympathique et un peu vain, il dure une heure vingt, héritier du muet, exploitant le parlant, donc le son, accessoire réflexif du phonographe inclus. Escorté d’une dream team peu propice à la déprime, Auric à la musique, Meerson aux décors, Périnal à la photographie, l’« écrivain » dispose d’une caméra plus mobile que celle de Chaplin, vrai-faux plagiai...

Au nom du Pierre

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  Exils # 117 (11/07/2025) Haceldama ou le Prix du sang (1919) s’ouvre sur une citation explicative, topographique et laconique, de l’ É vangile selon Jean , cela ne surprend de la part du réalisateur de Golgotha (1935), où Judas se resuicidera. Le tout premier plan du tout premier film de Duvivier, auteur disons supérieur, puisqu’il s’occupe de tout, du scénario, de la caméra, du montage, du labo à Bordeaux, de la production avec sa société Burdigala Films, in extremis signe même l’ item , jolie calligraphie, possède donc une pendaison d’introduction, de religion, suivie illico d’un sanglant couteau, tandis que ce métrage sans dommages carbure à la culpabilité, fonctionne au secret de famille enterré, au propre et au figuré, du côté de la Corrèze, planque balèze, au creux de laquelle concocter un vrai-faux western , mode d’époque, Gaumont ne dit non, une « grande scène dramatique en quatre parties », voire évangiles, témoignage sans outrage d’une « époque hé...

Le Pantin et la Femme

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  Exils # 102 (15/04/2025) Comme Bergman ( Fanny et Alexandre ) & Kieślowski ( Le Décalogue ), Pialat ( La Maison des bois ) & Lynch ( Twin Peaks ), Comencini manie en cinéaste la temporalité, la proximité de la télé. Que vaut donc cette version condensée, en salle distribuée, en français doublée ? Elle démontre d’abord que la qualité du regard ne dépend de la quantité de l’écran : leçon de réalisation, sinon d’adaptation, bravo à l’incontournable co-scénariste Suso Cecchi D’Amico, (re)lisez mon portrait, Les Aventures de Pinocchio (1972) bénéficie ainsi et aussi d’une direction artistique – costumes + décors de Piero Gherardi ( La dolce vita , Fellini, 1960) – et photographique – Armando Nannuzzi éclaire ensuite le Jésus itou cathodique de Zeffirelli – assez admirable, mélange réussi de réalisme et de fantastique, de rudesse et de douceur. Avec son casting hétéroclite, aux caméos drolatiques, citons Stander en marionnettiste, De Sica en magistrat, Adorf en...

J’irai cracher sur vos ombres

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  Exils # 88 (26/02/2025) Le générique fait gémir mais pas de plaisir, car surdécoupé, points de vue démultipliés, mention spéciale à la plongée depuis l’arbre, à vitesse réelle et au ralenti, escorté d’un « thème » vocal symboliste et sucré. Un cycliste binoclard y lit, ne s’y égare, traverse des rues de banlieue résidentielle aussi entretenues que celles, davantage anxiogènes, de Halloween (Carpenter, 1978). Tout autant indépendant, beaucoup moins gagnant, sur tous les plans, Horror High (Stouffer, 1974) ressemble un brin à un Carrie (De Palma, 1976) au masculin, on mate des torses d’hommes, on échappe à leur douche, ouf, on les voit se moquer d’un maternel orphelin au père lointain, bien sûr à une relecture transposée, paupérisée, de l’increvable L’ É trange Cas du docteur Jekyll et de Monsieur Hyde , auquel la projection d’introduction fait d’ailleurs référence de séance, classe calme dévoilée en travelling arrière. Plus tard, Roger l’enfoiré se fichera du sci...

Dégagez Jean Gabin

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  Exils # 74 (23/01/2025) Ne voir en Miroir (Lamy, 1947) qu’un polar dérisoire revient à négliger Gabin, dont ce film méconnu et mésestimé, représentatif de la fameuse « qualité française » qui horrifiait Truffaut and Co ., relève en réalité de l’autobiographie en effet reflétée, de l’autofiction de saison. À l’instar des Misérables (Le Chanois, 1958), il s’agit de l’histoire entre gloire et désespoir d’un homme aux deux noms, deux visages, deux classes sociales. Si le voleur Valjean devenait le bien-aimé Monsieur Madeleine, l’anar Miroir se (g)lisse en Lussac, de la même manière que l’anonyme Moncorgé engendra un certain Gabin. Chef d’entreprise expéditif et taulier costumé d’une boîte de nuit/casino pas réglo, l’ex -ultragauchiste, aux prises avec la police en compagnie d’un complice pendant un court retour en arrière explicatif, se réinvente vite en « aventurier » d’une vie dédoublée, aux doubles et troubles activités. Tandis que le boss altruiste et cy...