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Affichage des articles associés au libellé David Cronenberg

Performance

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  Un métrage, une image : Les Crimes du futur (2022) Le prologue de plage et d’épave paraît presque une promesse, revisite le mythe, au soleil hellénique, comme un écho, a contrario , de Chromosome 3 (1979). L’émule de Médée cependant disparaît, repasse au pressing , « coupable » en liberté, encore écœurée au souvenir du « ver gluant », c’est-à-dire de l’esseulé enfant, intrus d’utérus, telle jadis Geena Davis, accouchée par Cronenberg mis en abyme, durant le cauchemar maternel de La Mouche (1986). Quant au mutique minot, dévoreur de poubelle près du lavabo , étouffé sous un oreiller, salut à Beineix ( 37°2 le matin , 1986) & Haneke ( Amour , 2012), il finit au frigo, il se fait autopsier au cours d’un show . Il faut préciser au lecteur peut-être effaré que le fiston en question possédait a priori un système digestif capable de lui faire avaler, voire apprécier, le plastique, solution ironique à la problématique des déchets de la modernité. L...

Furie + Scanners : Brainstorm

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  Filmer signifie s’identifier ; démonstration-détonation… À base de destin un brin œdipien, au cœur du complotisme martial ou médical, Furie (1978) et Scanners (1981) affichent un motif similaire – la puissance de la pensée – mais le (mal)traitent de façon différente : Brian De Palma opte pour l’opéra, David Cronenberg reste sur sa réserve. On assiste ainsi à deux duos de crescendo en stéréo, qui doivent une part de leur saveur, de leur valeur, aux paires Amy Irving & John Cassavetes, Michael Ironside & Louis Del Grande. Chambre à coucher, à contre-jour éclairée, de « père truqué », à la Philip K. Dick, d’Électre relookée, en effet furieuse, « furie », reflet d’Érinye, amphithéâtre de patraque spectacle, au public mis en abyme, assemblage de spectateurs spécialisés aussi sidérés que ceux du ciné, mensonges aux mouchoirs, d’épaule où pleurer, monologue ironique, cela risque de faire mal, attendez la suite, il s’agit d’un jeu dangereux, d’un...

London Calling

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  Un métrage, une image : Les Promesses de l’ombre (2007) Cinq années après Spider (2002), Cronenberg re-tourne en Angleterre, illustre un script signé Steven ( dark ) Knight, joli récit de nourrisson, prostitution, traduction, infiltration, rédemption, consécration. A History of Violence (2005), avec encore l’évocateur et laconique Viggo Mortensen, aussi une histoire de présent pollué par le proche passé, de double et douloureuse identité, de famille dé- puis recomposée, idem doté d’un moment d’affrontement tétanisant, mais alors à main armée, pas au couteau près de la peau, prenait congé via un repas attablé, pardon (des rejetons) ou non. Les Promesses de l’ombre (2007) se termine sur une gamine adoptée, un homme esseulé, « roi » de désarroi, tandis que la voix off d’outre-tombe rappelle au spectateur les raisons de son exil (intérieur) de malheur, à base d’illusions d’adolescence, de désir d’une « meilleure » existence, coda davantage tragiq...

Ready Palyer One

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  Un métrage, une image : eXistenZ (1999) « Je m’inquiète beaucoup pour mon corps » : en dépit de la réplique prophétique, refroidissant les « mécaniques » ardeurs de la mimi Allegra Geller, salut à Bruce, le papa de Mission impossible , on sourit souvent en (re)visionnant cette version ludique, sens duel, vocable ad hoc , du sombre Vidéodrome (1983). Comme Hitchcock revisitait le vénéneux Vertigo (1958) via le solaire La Mort aux trousses (1959), Cronenberg (s’)amuse en ( fast ) compagnie d’un couple d’entourloupe, pas si en déroute, en proie au doute, aux prises avec des espions, voire des pions, de partie en réunion, pas seulement industriels, plutôt tueurs à la truelle, silhouettes suspectes, obsédés, (ré)essayez, du désir d’assassiner une créatrice puis, in extremis , un créateur de jeu vidéo en duo, en réseau. Entre Atari & Rushdie, Antenna Research & Cortical Systematics, eXistenz & transCendenZ , disciples et intégristes...

Bug

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Un métrage, une image : Le Festin nu (1991) Film de fusion, fi de confusion, Le Festin nu fédère un roman de William S. Burroughs, une biographie de Ted Morgan, un bestiaire à la Bosch, une entomologie à la Kafka & Nabokov. Pas seulement, puisque la coda – un homme vivant pleure (sur) une femme morte – redessine le final lacrymal de La strada (1954), DC admirateur avoué de Federico Fellini, car Stanley Kubrick, illustrateur assez inspiré d’un autre totem de papier réputé « inadaptable »,   Lolita , oui-da, se tient en embuscade, Shining (1980) similaire et différencié « conte de la folie ordinaire » d’un écrivain assassin, salut à la secte de Hasan-i Sabbâh, citation liminaire révolutionnaire, à la Kirilov de Dostoïevski, lui-même « Vieux de la Montagne » en référence à Torrance perché sur sa démence de sommets enneigés, en huis clos psycho(logique/tique). Comme à l’Overlook et contrairement à Colette, il ne s’agit plus de chercher ...

La Chambre claire : Note sur la photographie : La Pitié dangereuse

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Barthes, Bazin, l’air de rien, l’ aura du macchabée, l’identité de l’aimé(e).   Clair et court, modeste et illustré, l’essai dématérialisé, lu en ligne, hier soir, s’avère une conversation avec soi-même, une quête à la fois subjective et objective, à l’instar de l’être photographié lui-même, conscience réifiée. Barthes cite Sartre, hommage liminaire à L’Imaginaire (1940) inclus, Baudelaire, Blanchot, Kafka ou Nietzsche. Il écrit, il décrit, il se souvient, se suppose un destin, use du subtil latin, afin de formuler sa typologie jolie, sa théorie tressée à l’intériorité. Il se moque du mode d’emploi, ça ne l’intéresse pas, il laisse la sociologie aux psys, Dieu merci, il refuse les surprises de l’artifice et il manie le mystique, cf. l’extase de coda. La présence insistante, pénétrante et rayonnante de sa mère, morte, minote, rapproche La Chambre claire (1980) du Livre de ma mère (1954) d’Albert Cohen et de Ma mère du Nord (2015) de Jean-Louis Fournier. Ainsi davantag...

Dans ses yeux : Le Juge et l’Assassin

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Juan José Campanella. Trois faux départs – le premier pathétique, le deuxième sentimental, le troisième horrifique – puis trois fins disons heureuses, secret assourdi, fleurs funèbres, aveu radieux – avec une césure médiane et une scène de rail retravaillée : Dans ses yeux (2009) aime la symétrie, pratique le parallélisme, se penche sur les correspondances à distance. Si la structure schizophrène tresse le roman à la réalité, précisons celle du récit, donnée pour telle, il ne s’agit pas, contrairement au Festin nu (Cronenberg,   1991), de présenter une réflexion en action(s) sur la création parmi une perspective existentielle, sinon existentialiste, plutôt de refléter le passé au miroir du présent, lui-même déjà daté, et inversement, seconde chance en latence, bouilloire de liaison incluse. Obsédé par une affaire sordide, le greffier Espósito s’improvise donc romancier, auteur de polars sur le tard. ...

Jumanji : Bienvenue dans la jungle : Ready Player One

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Entre-temps, Messieurs Macron & Trump s’adonnent au jardinage d’image.   Shadows grow so long before my eyes And they’re moving across the page Suddenly the day turns into night Far away from the city Big Mountain, Baby, I love Your Way Assez divertissant, ce divertissement didactique commence comme… It , imperméable jaune, maison spectrale, ados inadaptés inclus. On espérerait presque une rencontre entre Breakfast Club et eXistenZ . Mais qu’attendre du fils de Lawrence Kasdan, signataire de la bouse vulgaire Bad Teacher , ici flanqué de cinq scénaristes, Seigneur ? Cette parabole laïque tournée en numérique avec une impersonnalité avérée propose une double moralité de solidarité, de mortalité. Contrairement au jeu sis dans sa jungle eugéniste, jamais sensuelle ni sensorielle, encore moins méta, King Kong dort tranquille malgré les tambours à la Buñuel, chacun ne possède qu’une seule vie, aussi ne compte que ce que l’on en fait, de préférence en...

L’uomo che guarda : Le Professeur

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Se regarder droit dans les yeux, au risque d’y perdre l’espoir, la raison ou l’extase.   Un souvenir d’enfance fichtrement freudien demeure au cœur du métrage : Dodo ne fait pas dodo et assiste plutôt à une « scène primitive » plus tard explicative. Comme sa femme curieusement distante, vivant chez sa propre tante, la maman du gamin se fait prendre par derrière par son mari menaçant de lui casser le cou si elle ne se traite pas elle-même de « truie » ravie. Dans sa main, des timbres se froissent, bientôt offerts par le père au petit collectionneur muni de sa loupe. Gifles du fils, grâce au montage et auparavant, sidération de sa génitrice se sachant in extremis observée, car dans L’uomo che guarda , chacun(e) regarde son prochain qui le regarde à son tour, relation scopique au carré puisque des miroirs ovales, accessoires récurrents de l’univers de Tinto Brass, leur renvoient leur image mirée. Film sur une énigme, celle de la séparation, film sur...