Articles

Affichage des articles associés au libellé Michael Winner

Les Siciliens et les Romains

Image
  Exils # 191 (27/04/2026) Un shérif à New York (1968) faisait la transition entre Pour une poignée de dollars (1964) et L’Inspecteur Harry (1971) ; Le Cercle noir (1973) permet de passer des Collines de la terreur (1972) à Un justicier dans la ville (1974). Derrière le titre opportuniste français, au fond pas mal trouvé, merci à Melville ( Le Cercle rouge , 1970), même maître de cérémonie fatale et macabre, réalisateur de retrouvailles et funérailles, se dissimule ainsi un programme de massacre, anniversaire de cimetière, « dix avril » liquidatif. Pour faire table rase des comparses, il faut attendre plus de quarante ans, patience de Balsam, émule de Luciano. Venger la violente Saint-Valentin des « vêpres siciliennes » nécessite une équipe de « tueurs de pierre », mercenaires au cœur homonyme, vétérans du Vietnam en train de s’entraîner dans le désert avec un ascenseur à l’image de ceux de Malle & Maas. Le gang en blanc, couleur imm...

Des justiciers dans la ville

Image
  Exils # 122 (28/08/2025) Dans Death Wish (Winner, 1974), la femme de l’avocat Paul Kersey se faisait tuer, sa fille se faisait violer ; dans Fighting Back ( aka Philadephia Security ou Death Vengeance , Teague, 1982), la femme de l’épicier John D’Angelo fait une fausse couche après une poursuite en voiture et sa mère se fait « mutiler ». À huit ans de distance, les deux productions Dino De Laurentiis paraissent prendre le pouls d’une Amérique nordiste malsaine et urbaine, où sévissent toutes les violences, dont celle du vigilante , d’abord citoyen anonyme malmené, ensuite modèle ou malaise à main armée, (anti-)héros dépressif ou héraut droitiste de westerns modernes, pantin de républicains ou cauchemar de démocrates. Ce personnage donnera au passage son titre à un film de Lustig (1983), dans lequel la femme de l’ouvrier Eddie Marino se fera poignarder, son fils se fera descendre, inspiré en partie lui aussi par l’entreprise salvatrice ou le discutable épou...

La Vie de Valachi

Image
  Exils # 79 (05/02/2025) D’une prison la suivante… Judas baisa puis se pendit, Valachi lui aussi mais survit, fait in fine ami-ami avec l’agent diligent, arroseur arrosé, sénateurs de malheur, plus préoccupés par leur publicité que par la suppression du crime organisé. Point de contemporain Parrain (Coppola, 1972), car Cosa Nostra (Young, 1972) davantage évoque L’Affaire Al Capone (Corman, 1967). Adieu à l’Irlande, on demeure ici en famille, on s’extermine entre Rome et Sicile. À New York l’interlope, in situ et ensuite en studio chez Dino (De Laurentiis), les hommes se galochent et se dégomment, s’émasculent et ne s’enculent, attaque de mecs à la place du ramassage de savonnette. Mamans ou putains, hélas Eustache, les femmes poussent des cris et versent des larmes de bref et sec mélodrame, se produisent sur scène et se prostituent à domicile, trouvent et trompent un mari à demi. De l’initiation à l’information, il suffit d’un conflit ; des funérailles aux fiançailles...

Jason X

Image
  Un métrage, une image : La mort sera si douce (1990)   Thompson au ciné, ancienne histoire, on le sait, depuis les scripts coécrits de L'Ultime Razzia (1956)/ Les Sentiers de la gloire (1957), d’après deux romans précédents, point les siens, jusqu’aux incontournables Guet-apens (Peckinpah, 1972), Série noire (Corneau + Perec, 1979), Coup de torchon (Tavernier, 1981), modèles de fidélité infidèle, voire l’inverse, en passant par les plus davantage dispensables Guet-apens (Donaldson, 1994), Liens secrets (Oblowitz, 1997), The Killer Inside Me (Winterbottom, 2010), n’omettons de mentionner une curiosité intitulée Hit Me (Shainberg, 1996), avec Elias Koteas & Laure Marsac. En 1990 sortit aussi le remarquable et remarqué Les Arnaqueurs de Frears, scénarisé selon le spécialiste Westlake, produit aux bons soins d’un certain Scorsese, au terme duquel le trop sentimental et un peu incestueux Cusack succombait à son implacable maman, donc Anjelica Huston, dé...

Le Château du dragon

Image
  Un métrage, une image : Adieu ma jolie (1975) Du téléfilm cacochyme, d’ailleurs pré-vendu à la TV, sous l’égide de Lew Grade ( Le Retour de la Panthère rose , Edwards, 1975, Ces garçons qui venaient du Brésil , Schaffner, 1978, Sonate d’automne , Bergman, idem ) déposé, du responsable des estimables Il était une fois la Légion (1977) et Banco (1986) cependant signé, où Mitchum adresse discrètement un regard caméra, vous savez tous ce que je fous là, en effet « fatigué », je me fais un peu de fric, en star quasi au rencard, presque cynique, sur le point de rempiler, pour encore un remake relooké ( Le Grand Sommeil , Winner, 1978), on se souviendra surtout du charme amusé, appliqué, à main armée, de Charlotte Rampling, « femme fatale » de sous-titres français, « dragon lady » de VO eh voui, de la sensualité alcoolisée, désabusée, de Sylvia Miles, croisée dans Macadam Cowboy (Schlesinger, 1969), aperçue ensuite selon La Sentinelle des ma...

La Cité de la violence : The Shooter

Image
  Décontraction, observation, conclusion, détonation… Charlie sourit plus ici que dans l’ensemble de sa filmographie, mais une menace méta, une menace de cinéma, envahit ses vacances avec Vanessa. Comme la victime, estivale aussi, du début de L’Inspecteur Harry (Siegel, 1971), le Heston de Bronson, prénommé Jeff, amitiés au Samouraï (1967) de Melville, idem tueur taciturne, flanqué d’une « femme fatale », surtout pour lui, suicide compris, se donne à voir au carré, à travers le viseur de celui désirant l’assassiner. Collaborateur régulier de Leone et en sus, déjà, de Sollima ( Le Dernier Face à face , 1967), puis de Valerii & Scola ( Mon nom est Personne , 1973 + Une journée particulière , 1977), le title designer Iginio Lardani suit le couple sous peu en déroute, je t’aime, moi non plus, je t’aime, je te/me tue, transforme le home en snuff movie, confère des couleurs psychédéliques,  so seventies , au petit exercice de tourisme morbide, effectué ...

Le Chat à neuf queues

Image
  Notes ad hoc sur la BO du Dernier Tango … On peut penser du modéré mal de l’homonyme et masculin mélodrame commis par le défunt et fourbe Bernardo Bertolucci, souvent réduit dans le souvenir collectif, mauvais signe, à une trop célèbre scène de beurrée sodomie, bon appétit, ma chérie, ma Maria (Schneider) démunie, toutefois la musique du film s’avère une vivante réussite. Certes il ne s’agit pas ici de déposséder le sieur Gato Barbieri de son sens de la composition ni de l’exécution, ah, c/ses petits cris à la Keith Jarrett, mais d’affirmer que l’ album majeur doit aussi beaucoup au labeur d’arrangeur et de directeur de l’éphémère car cardiaque, voire stakhanoviste, Oliver Nelson. Ce soundtrack immersif captive l’écoute parce qu’il capture l’acoustique, délocalise et ressuscite un style puissant et subtil, à l’instar du compatriote et contemporain Astor Piazzolla. Ces deux hommes-là, d’ailleurs et de là-bas, ne révolutionnent rien et pourtant transcendent chaque instant, e...

Prince des ténèbres : Antichrist

Image
  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de John Carpenter. A priori inspiré par un mauvais rêve de la regrettée Debra Hill, naguère partenaire personnelle et professionnelle du réalisateur, ici aussi portraiturée suivant votre serviteur ; en partie porté par Lisa Blount, actrice douée, productrice de court oscarisé, décédée à la cinquantaine dans des circonstances indéterminées, Prince des ténèbres (1987) se situe ainsi sous le signe d’une Eurydice disons dédoublée, elle-même au récit a fortiori reflétée, puisque deux femmes franchissent en sacrifice la surface de la glace, plongent en paire parmi l’antimatière. Le huis clos eschatologique carbure à la physique quantique et manie le mythe, antique ou christique. Carpenter installe une stase, conduit au climax , achève via une ouverture. Prince des ténèbres se préoccupe donc de communication, de contamination, d’incarnation, de « substance » et de « malveolence », dixit le ...

Les Loups de haute mer : Commando pour un homme seul

Image
  Chercher la femme, ne rechercher l’infâme… Fable féministe fardée en film d’action, sinon de science-fiction, car Roger Moore misogyne, puisque Tony Perkins terroriste, Les Loups de haute mer  (Andrew V. McLaglen, 1980) cristallise les contestations sexuées de la décennie en train de se terminer, les développe d’une façon positive et apaisée. À contre-emploi, sans doute il s’en délecta, le regretté Roger les « femelles » ne peut supporter, en raison de raisons familiales puis conjugales formulées, indices pour expliquer, pas pour justifier. Il s’avère cependant capable de reconnaître les qualités du Premier ministre, interlocutrice complice, a contrario de facto de l’infecte Margaret : « Cette femme vaut bien deux hommes », en effet, tout comme le vrai-faux « garçon » survivant, dissimulé, frigorifié, auquel il devra la vie, sous la douche chaude, il se surprend de ses seins, donc de son sexe, vive la vapeur, vive la valeur, il l’admet d...

Nathalie…

Image
  Un métrage, une image : Liste noire (1984) Délocalisation du Sudden Impact (1983) de Clint Eastwood, Liste noire donne à voir les retrouvailles à la saveur de funérailles, de représailles, de l’actrice Annie Girardot   et du réalisateur Alain Bonnot, auparavant assistant d’André Cayatte sur Mourir d’aimer (1971), dans lequel l’une des stars de la décennie incarnait la suicidée Gabrielle Russier. Signalons que l’intéressé seconda aussi Jacques Demy sur le set de l’estimable Lady Oscar (1978), avant de vite s’orienter vers la TV, ses innombrables et inénarrables Cordier, Lescaut, Joséphine, femme honorifique et proviseur au féminin, fichtre. Mis en musique par Alain Wisniak, le compositeur du parfait contemporain La Femme publique d’Andrzej Żuławski, photographié par le Jean-François Robin du Rue barbare (1984) de Gilles Béhat et L’Amour braque (1985), revoici Żuławski, doté d’un scénario co-signé par André-Georges Brunelin, le grand copain de Jean Gabin, ...

Bravados : Pardonnez nos offenses

Image
  Sous le signe de la corde et de la croix… Ouvrage de vengeance et de violence(s), Bravados (King, 1958) dialogue à distance avec Un justicier dans la ville (Winner, 1974) et Taxi Driver (Scorsese, 1976). Comme Kersey, Douglass aboutit à une impasse ; comme Bickle, il connaît la gloire sur le tard. Mais bien moins abstrait, désincarné, que le Clint Eastwood de L’Homme des hautes plaines (1973) et Pale Rider (1985), plus croyant que les précités architecte et vétéran, il va devoir désormais vivre avec le souvenir de sa culpabilité décuplée. Si Carrousel (King, 1956) attribuait au protagoniste en plein péché, puisque suicidé, une seconde chance de bienveillance, Bravados duplique presque à l’identique le traumatisme initial, à savoir viol suivi d’homicide, dispense du pardon et prodigue la damnation. Au terme de sa traversée aveuglée de l’Enfer sur Terre, où la nuit américaine technique devient vite métaphysique, éclaire sur la nuit de l’Amérique nordiste, l’ange exter...