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Affichage des articles associés au libellé Sanjay Leela Bhansali

La Croix et la Théière

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  Exils # 185 (01/04/2026) Socrate but la ciguë, Ogin déguste un dernier thé en famille, avant d’aller assiégée se suicider, une croix autour du cou. Sixième et ultime film de l’une des muses de Mizoguchi, ce mélodrame sentimental sur fond de (mauvaise) foi ne déçoit, brûle à feu lent, devient émouvant. Une telle intrigue d’intrigues (re)liées incitait au féminisme facile, à la misandrie jolie, Tanaka ne succombe à ces écueils-là, au contraire de son anti-héroïne forte et fière, au sacrifice in fine accepté, au culte occulté. Mademoiselle Ogin (1962) ne décrit une société passée régie par la domination dite masculine, dessine en huis clos, en studio, un vrai-faux vaudeville tragique et catholique, où des hommes exercent certes un pouvoir inique, où d’autres, heureusement, souhaitent le libre « bonheur » d’une femme fréquentable, capables de verser des larmes, fraternelles au sens figuré puis premier du terme. Le mari démuni, tenté de violenter sa moitié glacée, surocc...

J’ai pas sommeil

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  Un métrage, une image : Dracula au Pakistan (1967) Découvrant Dracula au Pakistan , on sourit souvent, pas contre, avec, puisqu’il manie, à l’image du principal personnage, le docteur baladeur le félicite de sa réplique drolatique, le fou rire et le raisonné frisson, du contemporain, plus connu, plus pourvu, Le Bal des vampires (Polanski, 1967) à l’unisson. Pourtant, pas question ici de moquerie, de mélancolie, costumée, annoncée, Sharon à chérir, avant, après le pire, plutôt d’une valeureuse variation, d’une réflexion en action(s), sur le désir, l’adultère, la famille, la foi. Surprise ultime du métrage de morale (pas seulement) musulmane, prologue en voix off d’explicite hubris, seul Allah la vie, la mort « dominer » doit, voilà, on y apprécie, aussi, une scène superbe, de féminine insatisfaction sexuelle, quand Shabnam, mordue, au propre, au figuré, de l’amant mort-vivant, du « cadavre vivant », traduction in English du titre d’origine, l’att...

Le Dernier Vice-Roi des Indes : Diplomatie

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  Un microcosme cosmopolite, une poudrière de frontières, une mémoire intime. « L’Inde est un navire en feu » résume poétiquement Pug le conseiller au candide Dickie : pour à peine quatre euros, dominicale séance sous-titrée de printemps, en tout cas au cinéma, voici votre serviteur anglophile illico transporté au creux d’un palais sucré-épicé en 1947. Quand la réalisatrice de Joue-la comme Beckham et Coup de foudre à Bollywood , pas vus, pas pressé de les voir, je l’avoue, se préoccupe de partition et de Pakistan, cela donne un peu Devdas sur La Route des Indes . Certes, le classicisme frise l’académisme et le complot s’apparente à une imposture. Churchill cartographe prophétique et cynique, épris du pétrole, protégeant l’Empire britannique de la Russie soviétique (et des USA en embuscade) ? Laissons les historiens (r)établir la véracité d’un récit de toute façon suspect, en effet toujours « écrit par les vainqueurs », précise un aphorism...

Prends, Seigneur, prends : Des hommes et des dieux

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Cédric Dupire et Gaspard Kuentz. Ma p’tite âme a mal Prends-moi nue dans tes bras Et on s’en ira loin si loin si loin Oh vieux Malin Laurent Boutonnat, Vieux bouc   À Pâques, on ressuscite, rassure le « scénario » catholique ; ailleurs, en Inde, les vivants s’adressent à leurs morts. Voici ce que montre, donne à entendre ce documentaire vu aujourd’hui (ou jamais, ouais). Prends, Seigneur, prends (superbe titre, érotique et pragmatique, appréciable même et surtout par un athée, un mécréant, un impie), nous plonge – il s’agit d’une expression littérale, cf. le caractère immersif revendiqué  par les auteurs – dans un festival mille fois plus passionnant que celui de Cannes, croyez-moi. Là-bas, tout près, dans la proximité de l’altérité, les cérémonies, les consécrations, les sacrements, les possessions s’enchaînent comme les images, sans fondus enchaînés, sa...

Devdas : Si loin, si proche !

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On garde un excellent souvenir de Devdas , vu naguère dans une salle très à l’écoute du Sud de la France. Les magazines de cinéma et les autres commençaient à parler de Bollywood, et la présentation du film à Cannes lui valut un retentissement prolongé à l’international, où il glana d’ailleurs plusieurs prix et les honneurs des classements de la presse.           Ainsi donc, la cinématographie indienne ne se limitait pas à Satyajit Ray – ou les essais de James Ivory – et ses émules, notamment au funèbre  Salon de musique , sans doute son titre le plus connu dans l’Hexagone, sorte de  Guépard  musical enregistrant l’agonie d’un mélomane dans son palais peuplé de notes et de fantômes ? Que valaient vraiment ces bandes chamarrées, pleines de musique et de mouvement, avec leurs romances populaires, produites à la chaîne dans une industrie à faire pâlir, commercialement parlant, l’auto-proclamée capitale du cinéma, nichée à proximité de s...