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Affichage des articles associés au libellé Pierre Jansen

Le Mojo de Belmondo

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  Exils # 42 (28/06/2024) Ce film mésestimé s’ouvre sur un accident de voiture, en fait sa ferrarienne mise en scène, mais Chabrol se moque du Godard de Week-end (1967), qui d’ailleurs ne le considérait comme un « auteur », paraît vite s’orienter vers une comédie de mœurs dont l’hédonisme et le machisme durent faire horreur aux féministes, tandis que la séquence de tunisien tourisme – après L’Homme de Rio (de Broca, 1964), voici celui de Tunis – dut atterrer les tenants de l’anticolonialisme. Fiché misogyne dès Les Bonne Femmes (1960), ici adoubé « beauf », le cinéaste récidive, encore en compagnie du scénariste Paul Gégauff, adaptateur de polar lui-même occis par sa petite amie. Si d’un arriviste provincial, d’un anecdotique et antipathique casanova d’hôpital (baiser des « mochetés » parce que « plus marrant et moins compliqué » CQFD, fric en prime), d’un mari manipulateur épris de sa sensuelle belle-sœur, comparaison (des alcools) d’o...

La Rupture : Pensione paura

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Son fils, sa bataille, fallait pas qu’elle s’en aille, bis , génitrice assiégée… Face au « plus fumier des fumiers », teint et moustachu Michel Bouquet, Stéphane Audran, dont on ne se lassera jamais de célébrer la beauté, le talent, sinon la discrétion et la distinction, interprète cette fois Une femme sous influence (Cassavetes, 1974), elle idem au bord de la démence, soumise à la pression insupportable de mecs abjects. Gena Rowlands payait cher sa différence et la chère Stéphane doit se battre à chaque instant, quasiment à chaque plan, pour ne pas sombrer, succomber au sein d’un royaume maudit, désenchanté, régi par L’Argent (Bresson, 1983), serpent (monétaire, funéraire) sinistre contre lequel elle se dresse, surnage, telle une « Jeanne d’Arc », rapprochement moqueur mais admiratif effectué par Paul (saint) Thomas, Judas paupérisé, vrai-faux cancéreux à la chaussette trouée, au père remercié, ruiné, probablement enterré. À nouveau admirable, Mademoise...

Le Boucher : L’Institutrice

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Claude Chabrol. Réminiscences d’Alina Reyes. « Vous aimez la viande ? », « Vous aimez le cinéma ? » : Popaul et Mademoiselle Hélène ne parlent pas la même langue, que le boucher donne à couper, si le rosbif déplaît aux convives, elle collectionne les reproductions de tableaux, en décore les murs de son logement de fonction, il collectionne les cadavres intacts de jeunes femmes inviolées, elle porte le deuil souriant d’un amour passé depuis dix ans, il voudrait l’embrasser, avoue venir la voir, le soir, silhouette sous sa fenêtre, mais ces deux-là se connaissent, se reconnaissent, se comprennent, s’apprécient et s’aiment à leur manière, sincère, mensongère, mortifère. Au cœur de leur accord secret, au propre, au figuré, ils s’entendent, ne se dénoncent pas, réside le vrai mystère de ce métrage en apparence trop clair, linéaire, lesté de symbolisme scolaire, de la grotte fig...

Juste avant la nuit : La Grande Lessive

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Claude Chabrol. Ayant des yeux, ne voyez-vous pas ? Ayant des oreilles, n’entendez-vous pas ? Et n’avez-vous point de mémoire ? Marc 8 : 18 Publicitaire débonnaire, Monsieur Masson trouve « parfait » le spot de machine à laver, au slogan de « mal à extirper », conçu par l’actionnaire lui-même ; la lessive s’appelle, cela ne s’invente pas, Culpa, et l’assassin d’occasion ne cesse de battre la sienne, de faire son mea culpa , mea maxima culpa , car il sait bien, en y réfléchissant bien, insomnie jolie, mauvaise mine remarquée par les connaissances, qu’il étrangla sa maîtresse SM suppliante, chuchotante, marrante, surtout en première communiante, désireuse d’être « punie », occise, violée, pas pour de vrai, à l’insu de son plein gré, histoire de mettre un terme au « théâtre insensé », de la douce cruauté, de celle-ci, par ailleurs épouse ...

Les Noces rouges : La Vérité

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Claude Chabrol. Chabrol sociologue ? Chabrol philosophe, a fortiori ici. La bibliothécaire austère, un brin commère, suppose que le pavé offert doit être difficile à lire, la fifille confirme. De quoi s’agit-il ? D’un essai obscur de Michel Souriau, professeur, doyen, recteur, légionnaire d’honneur décoré d’une croix de Grande Guerre et donc auteur de Éthique transréelle , paru aux Éditions de Minuit en 1961. Peu importe, à vrai dire, ce que contiennent les 752 pages recensées, puisque l’hermétique intitulé – Mimi médita également sur Le Mystère de Mallarmé , misère ! – définit le ciné, surtout celui-ci, lui va comme un gant, comme le gant de Stéphane Audran, posé sur le volant, pouce à peine en mouvement, tandis qu’un second Michel, Piccoli, rétame son mari à la barre de fer, fichtre. D’une DS à l’autre, fi de Fantômas, bye-bye Barthes, de la grise à la noire, conduite par un homme ou une femme...

Quatre temps : Litanie pour un éden

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Piano ou piolet, jeune fille en fleur et poésie refleurie… Pierre Jansen ? Claude Chabrol, bien sûr, et ses partitions « accidentelles » parfaitement « névrotiques » (très rarement drolatiques) en accompagnement idoine de trajectoires individuelles à perdre le souffle et la raison ( Landru , Les Biches , La Femme infidèle , Que la bête meure , Le Boucher , Alice ou la Dernière Fugue , Violette Nozière ). S’il revint très vite, jusqu’à la renier, de sa formation allemande dans l’enclave (voire le bunker) de la musique dite contemporaine (celle que personne n’écoute, celle où le chef d’orchestre, de ce qu’il en reste, en tout cas, doit faire signe au public élitiste, momifié, pour savoir quand applaudir), cet homme affable, souriant, « bon vivant », décédé l’été dernier, l’utilisa à bon escient dans la peinture intransigeante, à rebours des pratiques (le thème, la mélodie, la tonalité) et des usages (majoritairement commerciaux) habituels, de p...