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Affichage des articles associés au libellé Jacques Audiard

Le Chasseur

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  Un métrage, une image : L’Air de rien (2012) Road movie immobile, d’avortée amitié masculine, L’Air de rien (Grégory Magne & Stéphane Viard) anticipe le diptyque L’Enlèvement de Michel Houellebecq + Thalasso (Guillaume Nicloux, 2014 et 2019) : Michel Delpech y interprète (plusieurs succès) « Michel Delpech », ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Il s’agit ainsi d’une vraie-fausse biographie, d’une authentique fiction, à base de filiation, sinon de résurrection, de rédemption. L’acteur discret, en retrait, incarne sur le tard l’assez vain avatar, un brin égrillard, d’un univers alternatif, a fortiori dépressif, où les dettes se substituent aux conquêtes, où s’alcooliser en compagnie de Miossec et d’une journaliste joyeuse, vive la « tournante » malaisante, où la Spitfire ne triomphe, ne fait un malheur, où la fanatique Véronique déchante durant la dédicace, les prénoms et les souvenirs s’effacent, le temps passe, les dép...

Claire Dolan : Lucy

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Lodge Kerrigan. « Présentée » par Marin Karmitz, portée par une actrice remarquable et remarquée, hélas trop tôt décédée, voici une œuvre qui captive par sa virtuosité discrète, sa radicalité adulte. Face à deux figures de masculinité tourmentée, à Colm Meaney la dangerosité onctueuse, à Vincent D’Onofrio la fragilité affectueuse, Katrin Cartlidge incarne, au propre et au figuré, donc de tout son corps, une call-girl qui appelle elle-même ses clients. En admirateur de Bresson & Scorsese, Kerrigan filme à son tour l’argent, son chauffeur de taxi à lui, remercie même Jacques Audiard au générique de la co-production franco-américaine, à la texture européenne. Pourquoi Claire se prostitue, cède la scène (sexuelle) à Lucy, professionnel substitut ? Au-delà d’une dette suspecte, ce mystère éclaire l’obscurité du CV. Film de façades, architecturales, sociales, sentimentales, de miroirs, narcissiques...

Qui a tué Lady Winsley ? : Tête de Turc

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Les bonnes intentions et les mauvais résultats. Aux deux tiers une comédie Cluedo , Qui a tué Lady Winsley ?  (Hiner Saleem, 2019) se casse ensuite à la suite d’une révélation généalogique. Nous voici en Turquie et donc le whodunit drolatique bascule vers l’identitaire, puisque l’inspecteur dépêché, presque empêché, d’Istanbul, s’avère en vérité un Kurde, comme la juvénile victime occise une vingtaine d’années plus tôt, au même endroit pas si sympa, île humide, autarcique, sinon consanguine, autant réjouissante-refroidissante que la Grèce de Theo Angelopoulos, le DP Andreas Sinanos en point commun. La poésie importée insupporte l’autoproclamé patriote, qui récidive au présent, en plein hiver, s’en prend à une romancière étrangère, une Américaine altière, le manuscrit dérobé transpose à peine le crime occulté. Une balle suffit à la faire taire, une goutte d’hémoglobine désigne le complice militaire, la visite d’une mère et la traduction d’une hôtelière feront le rest...

La Rupture : Pensione paura

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Son fils, sa bataille, fallait pas qu’elle s’en aille, bis , génitrice assiégée… Face au « plus fumier des fumiers », teint et moustachu Michel Bouquet, Stéphane Audran, dont on ne se lassera jamais de célébrer la beauté, le talent, sinon la discrétion et la distinction, interprète cette fois Une femme sous influence (Cassavetes, 1974), elle idem au bord de la démence, soumise à la pression insupportable de mecs abjects. Gena Rowlands payait cher sa différence et la chère Stéphane doit se battre à chaque instant, quasiment à chaque plan, pour ne pas sombrer, succomber au sein d’un royaume maudit, désenchanté, régi par L’Argent (Bresson, 1983), serpent (monétaire, funéraire) sinistre contre lequel elle se dresse, surnage, telle une « Jeanne d’Arc », rapprochement moqueur mais admiratif effectué par Paul (saint) Thomas, Judas paupérisé, vrai-faux cancéreux à la chaussette trouée, au père remercié, ruiné, probablement enterré. À nouveau admirable, Mademoise...

Un condamné à mort s’est échappé : Raccords et Désaccords à propos du corps

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Cellule biologique et photoélectrique, cellules de l’esprit et des partis.    On le croyait consigné à l’obscurité, placé parmi les accessoires périmés, évacué par la virtuelle modernité, mais le corps résiste encore, sans trop d’efforts, au cinéma et au-delà. Certes, la silhouette sur l’écran relève du revenant, pas seulement celui de Leo, possède une abstraction in situ , y compris au cœur des imageries de l’horreur et de la pornographie, jumelles et conflictuelles, en priorité corporelles. Au ciné, le sang se transmue en gore et le sperme en record . Une fois filmée, la sexualité se travestit en sexe et les maquillages métamorphosent les outrages. L’alchimie du massacre (à la tronçonneuse) ou des automates (des performeuses) arbore sa propre beauté, son aléatoire intensité, sa finalité à la fois explicite et implicite, liée à la mort, grande ou petite. L’émotion de ces mythologies procède de leur pauvre trésor, de leur trésor de pauvres, même si La Nonne cartonn...