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Affichage des articles associés au libellé Miguel Gomes

Dorota 1880

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  Exils # 124 (02/09/2025) En dépit du pronom, Mon XX ème siècle (Enyedi, 1989) n’appartient pas à un personnage, plutôt à sa cinéaste, même s’il ne s’agit ni d’un film historique ni d’un film autobiographique. En découvrant ce noir et blanc, on se dit revoici de l’ arty , du ciné usagé, du simulacre primé à Cannes. Mais le premier essai de cette réalisatrice et scénariste peu prolifique, universitaire et festivalière passée par Montpellier, mariée à un Allemand, le pays co-produit, ne se réduit Dieu merci à ceci, alors tant pis s’il (dé)tourne assez vite à vide, se termine entre deux rives livides, lent travelling avant à contre-pied de l’exposition éclatée. Au générique style La Femme publique (Żuławski, 1984) de l’obsolète Annette (2021), autre conte (« de fées ») méta qui peut laisser de bois, Carax remercie Béla Balázs (et « Edgard Allen Poe »), célèbre théoricien exilé de Berlin et fissa professeur au VGIK, au retour recadré par des autorités so...

L’Étranger

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  Un métrage, une image : Trois vies et une seule mort (1996) Film à sketches , financé par feue La Sept ? Matrice apocryphe, allez, de Lost Highway (Lynch, 1997) ? Opus pirandellien, plutôt plaisant, dépaysant, en définitive à la dérive, bien vain ? Tout ceci, oui, et surtout, a posteriori , une apologie du récit, « crédulité » déconseillée, celui d’un homme, de ses drôles de rhizomes, de ses vies revisitées, visualisées, avérées ou rêvées, à envier ou à éviter. Shéhérazade cherchait la chute, conteuse qui séduit, suscite le sursis ; au sein de l’autarcie assourdie du studio de radio, à l’image de celle du métrage, Bellemare enfile les fils de biographies en fuite, tisse une tapisserie de panoplies, de tromperies, de parallèles puis de perpendiculaire d’épilogue crépusculaire. Si Les Mille et Une Vies de Billy Milligan de Daniel Keyes se soucie de psychologie, Le Festin nu (Cronenberg, 1991) de fiction, d’autofiction, de création, de de...

Les Bonnes Manières : Les Nuits de la pleine lune

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Marco Dutra et Juliana Rojas. Pour commencer, comment entrer ; pour finir, comment (s’en) sortir : le mélodrame maternel brésilien et lesbien repose donc sur la clôture, l’imposture, les corps, leurs accords puis désaccords. Prison dorée de l’appartement à payer, modeste meublé de banlieue paupérisée, chambre forte calendaire aux grosses chaînes en fer, centre commercial glacial baptisé Bois de cristal – autant d’espaces autarciques qui dupliquent une fermeture d’un autre type, anatomique, amniotique, lycanthropique. En dépit de l’épouvante de la parturiente, malgré l’amour de la mère guère intérimaire, voire élveuse volontaire, la chair du cher (se) déchire la chère, envahit le nid rebondi, s’en extrait sans pitié, innocente s’endort, dévore en carnivore. Il ne suffit d’aspirer sa soupe en silence, marcher un livre sur la tête posé, avoir recours au végétarisme, à l’amnésie jolie, afin de s’affranchir ...

All You Can Eat Bouddha : All Inclusive

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Perfidia dépourvue de perfidie… Curiosité concoctée par des Québécois à Cuba, All You Can Eat Bouddha (Lagarde, 2017) peut laisser certain spectateur sur sa faim, néanmoins ce premier met(rage)s ne manque pas de saveur(s), s’apprécie à sa juste valeur, c’est-à-dire à l’instar d’un rêve sensuel, funeste, doux-amer, agrémenté de sourires et de mystères. Dans un Palais a priori paradisiaque, en réalité promis à la ruine, la renaissance de persistance, le personnel et les touristes se fascinent, sinon se prosternent, pour un Français rétif, massif, fichez-moi la paix, mouais. Diabétique, boulimique et mutique, Mike dévore du sucré, du salé, du cru, du cuit, délivre une pieuvre parlante prisonnière sur la plage puis guérit aussitôt, de quelques mots, chuchotement à son oreille, une taciturne anorexique, au papounet très bronzé, reconnaissant, doté d’entregent. Autour de l’hôtel autarcique, le monde mute, « l’administration » se métamorphose, nouvelles révolutionnaires ...

Les Mille et Une Nuits : La Souris qui rugissait

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Miguel Gomes. Faire du cinéma politique ou faire politiquement du cinéma ? Naguère, Godard formula l’alternative. Maintenant, hier, Miguel Gomes répond à sa manière, populaire plutôt que révolutionnaire, par le documentaire et par l’imaginaire. Le nom de la société de production cite Faulkner, mais l’ouvrage, étalé sur six heures, s’avère, dommage, dépourvu de bruit et de fureur. Si le premier volet déploie ses séductions, fait encore illusion, le deuxième patine vite et le dernier, interminable, se pose en opus superflu. Cela se voulait un portrait de la société portugaise, accompagnée durant une année d’austérité européenne. Cela visait, en trois temps, via la désolation centrale, à passer de l’inquiétude à l’enchantement, intitulé de trinité sous-titrée. Cela entendait entrelacer l’art poétique et l’art politique, la dimension méta du mentir-vrai opposée aux mensonges des banquiers et des gouvernants. ...

La Dernière Fois que j’ai vu Macao : Lisbonne Story

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de João Pedro Rodrigues et Jo ã o Rui Guerra da Mata. Davantage qu’au compatriote, contemporain, intéressant et peu convaincant Tabou de Miguel Gomes, on pense à Wenders en découvrant le nouvel essai, terme littéraire, du réalisateur de O Fantasma , déjà une fable surfaite de fantasmes et de fantômes, d’où l’intitulé au sens dédoublé, de chiens, de ville et de relations homosexuelles. Comme chez l’Allemand cosmopolite, le voyage extérieur et intérieur à base d’une similaire invitation-disparition en chanson(s) constitue au final une réflexion méta tramée au documentaire urbain, assortie ici d’une dimension mythologique, sinon eschatologique. L’ombre temporelle et mémorielle de La Jetée ou India Song tamise aussi le commentaire en voix off , dédale documenté filmé en numérique dont le narrateur ne sacrifie même pas à la visibilité reflétée de La Dame du lac de Robert Montgomery au miroir, en ...

Le Crocodile de la mort

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L’Écume des nuits :   Tabou   de Miguel Gomes (2012) Le romanesque et le colonialisme fusionnent avec la mort de Mario instrumentalisée par un mouvement de libération local ; l’agent à la Havane de Greene voyait pareillement ses faux plans (d’aspirateur) se réaliser dans la « vraie vie ». Plutôt qu’à Murnau, on pense à Van Dyke et son homme-singe, à Pollack et ses souvenirs d’Afrique, à Allen et sa rose égyptienne. Dans une Lisbonne livide, dépourvue de sacré – la jeune Polonaise de la communauté religieuse ne viendra pas plus que Godot –, la sentimentale Madame Pilar rêve d’un film gentiment tabou et triangulaire, où le cinéma s’abouche à la réalité, se mord la queue (de reptile) : l’enfant invisible d’Aurora, le voici devant nos yeux, en noir et blanc, paradis perdu puis regagné, comme on retrouve son foyer, comme on regagne la salle de projection. Tandis que les femmes pleurent et meurent, que les hommes se racontent et chantent, que l’œuvre se...