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Affichage des articles associés au libellé Alejandro Jodorowsky

Bons baisers de Sibérie

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  Exils # 99 (27/03/2025) Si Mazeppa (1993) plut au public cannois, si la Commission supérieure technique (désormais de l'image et du son) le récompensa, l’hivernal Chamane (1996) reçut un accueil glacé, le cinéaste en ressorti blessé, sa caméra mit de côté. Tandis que Marin Karmitz produit, voici Bartabas en Sibérie, en train de mettre en images, durant un agité tournage ( budget à demi dérobé, matériel presque bon pour la poubelle, météo tout sauf au chaud), le scénario d’un second spécialiste des chevaux dénommé Jean-Louis Gouraud, qui transpose à l’écran l’un de ses romans, a priori inspiré d’une histoire vraie, au sous-titre explicite : Riboy : fugue pour un violoncelle. L’étrange pérégrination dans la taïga d’un musicien et de son extraordinaire petit cheval bigarré . Film en majorité mutique, au picaresque pas trop épique, ponctué de rencontres avec des excentriques (cosaque en side-car , capitaine à quai), moins en mouvement que l’homonyme synchrone de l’incorrig...

El Jodo

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  Exils # 68 (08/01/2025) « Do you want to go on? » demande l’alchimiste au voleur, c’est-à-dire le cinéaste à l’acteur. Certains spectateurs répondront non, moins fans et financeurs qu’Ono & Lennon. Cependant ce métrage de son âge se suit sans déplaisir, constamment amusant à défaut d’être surprenant. Une cinquantaine d’années après sa sortie limitée, doté d’un budget de millionnaire utilisé à moitié, La Montagne sacrée (1973) ne ressemble en rien à un évangile ni à un texte bouddhiste, n’en déplaise au polyvalent stakhanoviste, ici scénariste, réalisateur, compositeur, costumier, décorateur et producteur. L’auteur de BD remarqué vient du mime et du théâtre, tendance panique, il connaît donc l’éloquence du silence, le mouvement des tableaux vivants. Adapté de Daumal vaguement, d’un livre de chevet de Mitterrand, l’ opus magnum rappelle bien sûr Buñuel & Fellini, le Mexique au passage patrie d’adoption du drôle d’Espagnol. Le Chilien taquin tacle autant les...

Dune : Les Épices de la passion

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de David Lynch. « The spice must flow », le flux du film aussi, c’est-à-dire celui du récit de la si sereine Virginia Madsen, descendante impériale remplaçant au firmament l’immortelle maman de L’Homme éléphant (1980). « The dream unfolds », affirme (saint) Paul, spectateur autant qu’acteur de sa « légende », « messie » de « prophétie », « dormeur » mis en demeure de « se réveiller », de vivre/suivre sa destinée, « élection » disons épicée. « Travelling, whitout moving », comprendre « replier l’espace », « voyager sans se déplacer », en d’autres termes, aller au ciné, se mouvoir, s’émouvoir, de manière immobile, face à l’épiphanie d’une mécanique quantique. Mélodrame militaire, opus œdipien, métrage méta, ce Dune (1984)-là, n’en déplaise au tandem Alejandro Jodorowsky & Denis Villeneuve, séduit, déç...

The Last Movie : Kill the Gringo

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Dennis Hopper. Franchement, il faudrait se ficher du making-of , en laisser la chronique du chaotique anecdotique au concierge Biskind, afin d’apprécier ce film restauré, ressuscité, en tant que tel, c’est-à-dire comme un creuset cohérent, où s’entrechoquent, en pertinent patchwork , des échos de Accattone (Pier Paolo Pasolini, 1961), Au-dessous du volcan (John Huston, 1984), Fitzcarraldo (Werner Herzog, 1982), Husbands (John Cassavetes, 1970), Pat Garrett et Billy le Kid + Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia (Sam Peckinpah, 1973-1974), Prenez garde à la sainte putain (Fassbinder, 1971), sans oublier, bien sûr, des correspondances ponctuelles, personnelles, avec Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979), The Blackout (Abel Ferrara, 1997) ou Easy Rider (Denis Hopper, 1969). Le co-scénariste Stewart Stern, par ailleurs auteur des scripts de La Fureur de vivre (Nicholas Ray, 1955) et Le Vilain Améric...

Je t’aime je t’aime : 60 secondes chrono

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On n’en sort pas, on ne s’en sort pas, on devrait toutefois se divertir du dédale létal… L’argument temporel et sentimental de Je t’aime je t’aime (Alain Resnais, 1968) évoque évidement ceux de Sueurs froides (Alfred Hitchcock, 1958) et La Jetée (Chris Marker, 1962), mais rime également avec ceux de Hiroshima mon amour (1959), L’Année dernière à Marienbad (1961), Providence (1977) ou Mon oncle d’Amérique (1980) ; on peut aussi, sinon surtout, penser à Enquête sur une passion (Nicolas Roeg, 1980), certes en moins muséal, trivial. Ce film méconnu, mal-aimé, financé avec difficulté, François Truffaut & Mag Bodard s’y collent, promis à la confidentialité, puisque, appréciez l’ironie, lui-même victime d’un bad timing , titre en VO de l’ item britannique précité, celui du récit en reflet d’un festival cannois annulé, merci au mois de mai, portraiture en effet, en montage démonté, un homme amoureux, peut-être meurtrier, plongé de façon littérale, estivale, dans son...