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Affichage des articles associés au libellé Robert Enrico

Autrefois, au Venezuela…

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  Exils # 155 (13/01/2026) Le Sauvage (Rappeneau, 1975) va vite et semble être exotique, on repense aussitôt à L’Homme de Rio (de Broca, 1964, Rappeneau participe), à un autre duo, Deneuve & Montand substitués à Dorléac & Belmondo. On retrouve aussi Luigi Vannucchi, mari maudit, très éloigné de la DC selon Rossellini ( L’An un , 1974). Co-écrite par encore un couple, celui-ci sans entourloupe, Élisabeth & Jean-Paul, frère et sœur en chœur, en compagnie de l’incontournable Jean-Loup Dabadie, vrai-faux vaudeville de scénaristes et dialoguiste, la comédie romantique paraît s’inspirer du modèle à l’américaine, Capra and Co ., passage par New York, tant pis pour Miami, où l’engueulade précède l’accolade, où d’abord se détester autorise ensuite à mieux s’aimer, gifles humides comprises, n’en déplaise aux féministes, because bateau (et tableau) bousillé. La sauvageonne tombe dans les pommes, sa tête heurtée par une pomme, colère d’homme ; pendant le prologue du presq...

Cara Claudia

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  Exils # 130 (30/09/2025) Les actrices décédées ressuscitent, dans Cartouche (de Broca, 1962) on revoit donc Claudia. « Je m’appelle Vénus, j’ai dix-neuf ans, ni père ni mère mais des amants. On dit que je sais pas causer, mais je danse, je vole, je vis » déclare l’ersatz d’Esmeralda, sinon la demoiselle de Demy, d’abord enchainée, ensuite ligotée, à un poteau, judas Dalio, sorte de sado-maso héroïne à la Gwendoline (Jaeckin, 1984). Le personnage déboule au bout d’une demi-heure de métrage, approximativement le temps que mettait à quitter Psychose (Hitchcock, 1960) une autre voleuse valeureuse, c’est-à-dire Janet Leigh. La voici à nouveau en duo avec Belmondo, après Le Mauvais Chemin (Bolognini, 1961), avant La Scoumoune (Giovanni, 1972), clin d’œil complice compris et romance hors caméra incluse. « J’ai de grandes vues sur toi » lui dit-il, Franco Cristaldi aussi, pardi. Pas encore aristocrate de Polignac ( La Révolution française : Les Années lumière ,...

Enrico en écho

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  Exils # 129 (23/09/2025)   Le Vieux Fusil (1975) développe le souvenir versus le pire de La Rivière du hibou (1961), court-métrage remarquable, remarqué, très primé, vrai-faux survival sensoriel et cruel, dialoguant à distance avec La Jetée (Marker, 1962), autre conte (à rebours) d’une mort retardée, du désir d’Eurydice. Romy remplace Abby au ralenti, les vélos et cabot la balançoire des marmots, le médecin assassin le civil exécuté – le mort-vivant « l’homme vivant ». Car le cinéma sert aussi à ça, ressusciter les dames idéalisées, adorées, magnifiques mais massacrées. De la guerre de Sécession à la guerre de l’Occupation, la barbarie s’installe à la Barberie. Comparé à Noiret, le Hoffman des Chiens de paille (Peckinpah, 1971) se limite à un amateur, les luttes de territoire se terminent en automobile, sidéré ou bouleversé. Le toubib porté sur la chevrotine esquive in extremis la terrible lucidité, se réfugie en esprit au perdu paradis, musiqué par ...

Tea for tous

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  Exils # 48 (29/08/2024) Boucle bouclée colorée, charte graphique affichée : rouge des images d’archives, vert du cockpit britannique de l’intro en studio, rouge des planeurs de la sœur, vert des montagnes qui désarment de l’épilogue idem en vol ; rouge du costume méphistophélique, vert de la peinture à l’ouverture ; rouge des fleurs de comique malheur, vert de la couronne ornée d’une croix gammée ; rouge de la jupe de scène raccourcie en appât de piégeuse péripatéticienne, vert d’un canal souterrain sous le métropolitain exploré plus tôt par Leroux & Hugo ; rouge et vert des portes d’hôtel aux numéros trompeurs, au duo de ronfleurs. Alternance + permanence = cohérence, dynamique métronomique du thème du tandem , doublé, dédoublé, redoublé, deux compatriotes, deux moustachus, deux officiers à défigurer, à faire s’étouffer, un soldat qui voit double, deux dames secourables, deux zones à la gomme, deux compositeurs couverts d’honneurs (Auric & B...

G(r)osse frayeur

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  Exils # 29 (15/04/2024) En 1988, surprise œcuménique presque archéologique, on pouvait donc dessiner des sous-vêtements d’enfants, de la nudité humide, avec père pas pervers, un peu solitaire et universitaire, sans que personne ne s’étonne, ne trouve vite ces traits discrets très suspects. Autres temps, autres mœurs, esprit rebondi, à douce pilosité, de la fabuleuse forêt, fais que ma petite sœur ne meure, pourrait prier la gamine à moitié portée, animée, terme en contexte, par un fameux sentiment de culpabilité, tel le narrateur du crève-cœur La Cicatrice de Bruce Lowery, fraternel et enfantin, in fine orphelin. Film de « fantômes » et film de famille, mélodrame rural à l’hédonisme animiste, voire l’inverse, Mon voisin Totoro , au-delà de son estivale sensualité, de sa séduisante simplicité, donne à voir une réflexion en action sur la thématique dialectique de l’imagination, de la représentation. « C’était un rêve qui n’était pas un rêve ! » s’exc...

Le Chat du rabbin

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  Notes à propos d’un duo de rôles… À la télé et au ciné, Clotilde Joano épousa donc Michel Piccoli deux fois, qui la trompa, l’empoisonna, auquel elle pardonna, écho moderato à la tactile coda de L’avventura (Antonioni, 1960), itou co-écrit par Tonino Guerra. Au cours de Hauteclaire (Prat, 1961), téléfilm du temps de la RTF, certes soigné, toutefois surfait, Paul Frankeur, docteur narrateur, affirme qu’elle affiche un « visage de victime », néanmoins ceci n’existe, pas davantage qu’un faciès de coupable, n’en déplaise au guère rigolo Cesare Lombroso. On peut par contre posséder une sale gueule, une face défaite, en effet, pourtant les traits altiers de la Clotilde concernée ne se situaient de ce côté. Sa beauté classique, aristocratique, un brin britannique, sied à la comtesse en détresse imaginée selon le diabolique Barbey, le mimi d’Aurevilly, au creux d’un ersatz de conte de classes, marxiste en sourdine. Clotilde incarne de tout son corps une Delphine destinée à ...

Blood Diamond

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  Un métrage, une image : Vivre pour survivre (1984) Famille en fuite, soldats de sous-bois, ralenti de condamnation, travail sur la bande-son : le prologue presque impressionne, on peut penser, pourquoi pas, à Ne vous retournez pas (Roeg, 1973) puis au Vieux Fusil (Enrico, 1975), puisque Jean-Marie Pallardy, caméo en mari, se fait fissa et in fine enflammer, dut avoir très chaud, au propre, pas au figuré, en écho au cascadeur de la coda, idem incendié pour de vrai, point d’effets numériques, du feu affirmé, choc et chic. Ensuite, ça se calme, mais ça ne désarme, le « feu blanc » du diamant géant, irradiant, telle la boîte (de Pandore, d’accord) atomique de En quatrième vitesse , Aldrich, 1955), attise la décuplée convoitise, celle d’Olaf, manageur de mine amical, à combinaison spatiale, à Gordon Mitchell minéral ; celle de Sophia, transalpine émasculatrice, démunie de merci ; celle itou d’un policier ripou, auquel Fred Williamson, qui paraît beauc...

Retour de flamme

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  Un métrage, une image : Zone rouge (1986) On pouvait espérer un soupçon de suspense , toutefois ce téléfilm régional, jamais original, constitue, dès le début, un sommet de médiocrité, dont le sérieux assez anxieux, cf. le carton final, fluvial, provoque en vérité une hyperbolique hilarité. Face à pareil ratage, Les Raisins de la mort (Rollin, 1978), déjà, encore, molto écolo, paraît mériter tous les hommages. Enrico illico se comporte comme Hitchcock, tendance La Mort aux trousses (1959), se déguise en disciple de Boisset, ciné pseudo-engagé, à dégager, commis en compagnie du co-scénariste Alain Scoff, partenaire régulier du réalisateur précité, collaborateur de l’inénarrable Collaro Stéphane. Si le village vide s’orne en sourdine d’une aura fantastique ; si la scène d’incendie possède un poids de réel inaccessible aux images numériques risibles ; si la coda, en position de pietà, termine le métrage d’un autre âge, guère vénère, sur une note douce-amèr...

Arrivederci amore, ciao

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  Un métrage, une image : Avanti! (1972) Comédie d’Italie, non « comédie à l’italienne », de cadavres, jamais macabre, comme Mais qui a tué Harry ? (Hitchcock, 1955), Complot de famille (Hitch, 1976), Avanti! avance, romance, à contre-courant, à contretemps, divertissement versus désenchantement : face à la fellation, affirmée, de la « suppliciée » Linda Lovelace ( Gorge profonde , Damiano, 1972), au miroir de la sodomie, simulée, de l’« humiliée » Maria Schneider ( Le Dernier Tango à Paris , Bertolucci, 1972), la nudité discrète, rondelette, de la déterminée Mills Juliet, demeure, en définitive, inoffensive, sinon insipide, participe du naturisme, point de l’érotisme. On connaissait, déjà, Un été avec Monika (Bergman, 1953), voici celui, aussi insulaire, moins doux-amer, passé en compagnie de Pamela. Assurance sur la mort (1944) devait débuter dans une morgue, les premiers spectateurs s’esclaffèrent, il fallut renoncer, laiss...

Avec les compliments de Charlie

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  Un métrage, une image : Tendre et saignant (2022) Entre deux phrases de Barthes, deux chansons de Lama & Sablon, version Trenet, SVP, le fiston de Danièle Thompson raconte un conte de Noël, (dés)accorde un cours d’économie, carbure à la collision, à la communication, à la capitalisation, sinon à la complice capitulation. L’un des ultimes films de Jean-François Stévenin, père éphémère, comme aphone, endetté, décédé, il s’agit aussi, surtout, d’un hommage à sa compagne Géraldine Pailhas, à son vieilli, vaillant, émouvant visage, d’actrice assez subtile, appréciée autrefois chez Pialat ( Le Garçu , 1995), Harel ( Les Randonneurs , 1997), Garcia ( L’Adversaire , 2002), Ozon ( 5x2 , 2004, Jeune et Jolie , 2013), Campillo ( Les Revenants , 2004), Saada ( Espion(s) , 2008), oui-da. Cheveux courts, phalange étrange, Charly Fleury perd papa, emploi, trouve l’amour, retrouve le vrai goût de la vie, des naturels produits de l’artisanale, familiale, fuie boucherie, autant qu...

Padre padrone

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  Un métrage, une image : Les Durs (1974) Entre les plus connus L’Emmerdeur (Édouard Molinaro, 1973) et La Gifle (Claude Pinoteau, 1974) sorti, voici un modeste buddy movie signé Duccio Tessari, dont on se souvient de L’Homme sans mémoire (1974) avec Senta Berger et de Zorro (1975) avec Alain Delon, diptyque à la fois anecdotique et assez sympathique, épithètes guère obsolètes nunc et hic . Co-écrit par Nicola Badalucco ( Les Damnés + Mort à Venise , Luchino Visconti, 1969 et 1971) & Luciano Vincenzoni ( Le Bon, la Brute et le Truand + Il était une fois la révolution , Sergio Leone, 1966 et 1971 ou Orca , Michael Anderson, 1977, Amazonia : La Jungle blanche , Ruggero Deodato, 1985, Le Contrat , John Irvin, 1986), tourné en extérieurs à Chicago et en intérieurs à Rome, Les Durs , aka Three Tough Guys aux États-Unis et Uomini duri en Italie, réunit Lino Ventura, Isaac Hayes ( New York 1997 , John Carpenter, 1981) et Fred Williamson ( Les Gue...

Le Nain Jaune : Le Bossu

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  Le père, le fils, l’esprit, le pays… Pour mon père Davantage dialoguiste, surtout scénariste, citons ses collaborations, mot très connoté, texte en contexte, avec Sautet, Clément, Bernard-Aubert, Borderie, Lautner,   Granier-Deferre, Deray, Enrico (Borsalino) and Co. ou Zidi et compagnie, Jardin signa aussi plusieurs autobiographies, dont celle-ci, primée par la française Académie, fichtre, éditée deux ans seulement avant son subit décès. L’auteur des scripts de Classe tous risques (Sautet, 1960) depuis José Giovanni, du Train (Granier-Deferre, 1973) et du Vieux Fusil (Enrico, 1975), se préoccupe ici de son papounet particulier, occulte conseiller, au service de Laval et de ses amis en détresse, peste, complexité d’époque, revient en arrière, à nouveau convie (à) la guerre, survenue cinq ans après sa naissance, pas de chance. L’ami de Morand, Gabin, Delon, dont il parle rempli de tact, d’émotion, en autodidacte, en compagnon, délivre en définitive un ouvrage autant...

Le Royaume des fées

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  Un métrage, une image : Morgane et ses nymphes (1971) « L’amitié ne se vit pas à moitié », en effet, mais la beauté, la juvénilité, l’immortalité se paient de la liberté, allez. Françoise philosophe, Anna dessine, les deux étudiantes se perdent, passent de la route à la déroute. Juste avant, une curieuse excommunication donnait le ton. Comme dans Dracula , l’aubergiste leur conseille de s’agiter, de s’éloigner ; elles n’iront loin, ne savent s’écarter en nuitée du rural et circulaire chemin. Après des baisers lesbiens parmi la paille, vient le matin et la réalité déraille. Un nain malsain, ensuite amoureux, malheureux, amène Françoise auprès de Morgane, de son matriarcat : à la suite de Cassandra (Peterson), « d’un château l’autre », opine Céline. Le Diable, dit une dame, se limite à « un conte inventé par l’Homme pour lui faire peur. » Ici, entre amies, plus de « mal », plus de mâle, et la vieillesse vite esquivée, à...

La Passante du Sans-Souci : Trois jours à Quiberon

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  Les vandales et le violon, l’indécence de l‘identification… Dans Cet obscur objet du désir (Buñuel, 1977), deux actrices, Carole Bouquet & Ángela Molina, incarnent un seul personnage ; dans La Passante du Sans-Souci (Rouffio, 1982), la même comédienne, Romy Schneider, interprète un double rôle, à la suite de Marie Bell ( Le Grand Jeu , Feyder, 1934) & Kim Novak ( Sueurs froides , Hitchcock, 1958). D’un ouvrage au suivant, il s’agit aussi d’un masculin récit, dont le couple principal décède au final, victime du terrorisme. Quand (feu) Carrière relisait Louÿs, Kirsner retravaille Kessel et son bouquin un brin prophétique. Concrétisé au creux d’un contexte largement documenté , délesté de pitié, puisque constitué d’un divorce, d’une maladie, d’un deuil, épreuves à répétition propices à (re)produire des parallèles à la truelle, entre l’œuvre et la vie, la personne et la persona , l’existence et le cinéma, La Passante du Sans-Souci s’inscrit en sus au sein d’un silla...