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Affichage des articles associés au libellé Adolfo Bioy Casares

Balades à Biarritz

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Exils # 1 (10/02/2023) Dans Le Voyage à Biarritz (Grangier, 1963), titre programmatique, le spot impérial apparaît presque un paradis d’utopie, une forme de graal familial. Idem père amer, Fernandel doit déjà se déplacer, même seulement en pensée : il ne s’agit pas encore de retrouver une fille prostituée ( Le Voyage du père , Denys de La Patellière, 1966), mais cette fois un fils ingrat. Escorté d’une Arletty délocalisée, le Provençal rêvasse donc à cette destination, à cette réunion. La brume d’écume, ou du plâtre des façades, car Biarritz semble souvent en travaux, sans cesse rénovée, partie perdu d’avance contre l’érosion, l’abandon, la morte-saison ; le soleil aussi blanc que le crémeux ou mousseux océan en mouvement ; la pénurie de passants, en dépit d’un hiver quasi caniculaire – tout ceci confère en effet à la petite ville maritime un aspect fantastique, une aura onirique, une saveur sucrée salée de songe instantané. Ainsi, aujourd’hui, à demi endormie, Biar...

Le Chasseur

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  Un métrage, une image : L’Air de rien (2012) Road movie immobile, d’avortée amitié masculine, L’Air de rien (Grégory Magne & Stéphane Viard) anticipe le diptyque L’Enlèvement de Michel Houellebecq + Thalasso (Guillaume Nicloux, 2014 et 2019) : Michel Delpech y interprète (plusieurs succès) « Michel Delpech », ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Il s’agit ainsi d’une vraie-fausse biographie, d’une authentique fiction, à base de filiation, sinon de résurrection, de rédemption. L’acteur discret, en retrait, incarne sur le tard l’assez vain avatar, un brin égrillard, d’un univers alternatif, a fortiori dépressif, où les dettes se substituent aux conquêtes, où s’alcooliser en compagnie de Miossec et d’une journaliste joyeuse, vive la « tournante » malaisante, où la Spitfire ne triomphe, ne fait un malheur, où la fanatique Véronique déchante durant la dédicace, les prénoms et les souvenirs s’effacent, le temps passe, les dép...

L’Image de pierre : La Forteresse vide

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  La chair et le sang, l’essence et l’instant… En sus d’annoncer le célèbre Solaris de Stanislas Lem, d’anticiper le fameux Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick, d’adresser un double clin d’œil au précédent et désespérant Désert des Tartares , car architecture à l’usure, militaires à ne rien faire, L’Image de pierre présage le couple en déroute de Un amour , comporte une coda à la Caligula de l’amical Albert Camus, métamorphose Orphée à la sauce SF. Si tout cela ne vous suffit pas, si vous lisez de musique accompagné, on propose en playlist Build Me a Woman des Doors, Forteresse de Fugain, Utopia de Goldfrapp. Journaliste et artiste, conteur et dramaturge, peintre et poète, Dino Buzzati signe ici un livre assez unique, pas seulement parmi une bibliographie à tendance dite « fantastique ». En VO, ce roman stimulant, amusant, émouvant, s’intitule Il grande ritratto , par conséquent « le grand portrait », au sens pictural...