Articles

Affichage des articles associés au libellé Statut de la nourriture

Le Paradis du poulet frit

Image
  Exils # 15 (15/01/2024) Façon La Modification , tel le type de L’Exorciste (bien nommé Friedkin, 1973), vous levez la tête vers la porte-fenêtre du KFC déserté. Une fois franchies les tables, nul ne s’y installe car à l’extérieur, vous tirez la rétive porte d’entrée, enseigne ouverte ce vendredi jusqu’à vingt-trois heures. Dès le hall , ça sent l’huile, derrière le comptoir, moins qu’un autre soir, ça s’active en cuisine. Vos doigts se réchauffent du froid, pianotent sur l’une des quatre bornes, où tournent en boucle les publicités spécialisées, apparaissent les produits à commander. Vous optez pour le menu le plus modique, burger de tenders , cheddar fondu, salade + sauce ketchup et ranch , quelle chance, auquel vous ajoutez une barquette de frites en quartiers, elles-mêmes accompagnées de bacon et sauce raclette, chouette, soda sombre en boisson, glace au caramel en dessert. Au rez-de-chaussée, le personnel épelle à la chaîne les numéros enregistrés, en train d’être trai...

Les Démons du maïs

Image
  Caries ou Carrie, porc ou port, soufflé, essoufflé… À l’association au lion On se fiche des films, le pop - corn nous importe. La malbouffe des images miroite celle des œsophages. Stupides et sages, nous savons le peu de valeur de ce que nous ingurgitons en réunion, vite avalé, vite évacué. Pour faire passer le goût relou des bouses de blockbusters , leurs budgets insensés, leur durée dilatée, leur moralisme de cynisme, de marchandise merdique, de royaume de camelote, il faut bien au fond s’empiffrer, salir le sol, tu sanglotes, tu rigoles, savourer l’insipidité, la puérilité, l’américanisation assumée, mondialisée, de ces innombrables, interminables et minables super-zéros de super-navets censés sauver le monde immonde, vive la nouvelle normalité, la statue symbolique, à sortilège ésotérique, en sus le féminisme façon Amazone ou Amazon ( Wonder Woman , Patty Jenkins, 2017). Il paraît que les plates-formes de streaming vont (devoir) verser trois cents millions d’euros à l...

Salé, sucré

Image
L’écran e(s)t la carte. Let me take you Under candle light We can wine and dine A table for two And it’s okay If you take your time Eat with your hands, fine I’m on the menu Katy Perry, Bon Appétit Les mots, d’abord matière sonore, possèdent aussi un sens, éventuellement un goût, en bonne synesthésie rimbaldienne, et sans doute en eux-mêmes se trouve déjà la solution du problème, à tout le moins une possible réponse à cette interrogation métaphysique, voire gastronomique : pourquoi mange-t-on du pop-corn au cinéma ? D’ailleurs, l’on n’y grignota pas toujours cela, naguère, avant-guerre, disons la Seconde, mont(r)ée alors à vingt-quatre images par seconde en « actualités », même un peu après, des ouvreuses souriantes passaient entre les rangées, munies d’un petit panier en osier au lacet passé autour du cou, chaperons pas rouges et loin de leur mère-grand, dans lequel s’entassaient, sur le point de succomber à quelque obscure décongéla...