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Le Septième Sceau : La Diagonale du fou

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Neuf épiphanies, neuf stations, neuf fioretti laïcs pour célébrer l’office à neuf d’un chef-d’œuvre iconique et païen, solaire et apocalyptique, nuit des forains et des marionnettes à l’heure du loup, n’en finissant pas de nous éclairer dans nos ténèbres éternelles… Frères humains qui après nous vivez N'ayez les cœurs contre nous endurcis, Car, se pitié de nous pauvres avez, Dieu en aura plus tost de vous merciz. Vous nous voyez cy attachez cinq, six Quant de la chair, que trop avons nourrie, Elle est pieça devoree et pourrie, Et nous les os, devenons cendre et pouldre. De nostre mal personne ne s'en rie : Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre ! Villon, Ballade des pendus Le Chevalier invite le Voyageur à un duel ludique et tragique. Il ne peut gagner cette partie (à peine un délai, un jour et une nuit de sursis, le temps d’un repas, d’un meurtre, d’un enlacement). Il le sait, nous le savons, le cinéaste le sait mieux qu’un ...

La Nuit du chasseur : Et au milieu coule une rivière

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Il était une fois un roman poétique (par ailleurs best-seller ) et un film unique (dans tous les sens du mot). Il était une fois un grand acteur (Charles Laughton) devenu réalisateur et un grand écrivain (James Agee) devenu scénariste. Il était une fois un faux prêcheur (Robert Mitchum for ever ) et deux enfants en fuite (courageux Billy Chapin, candide Sally Jane Bruce). Il était une fois des images pour se souvenir, pour célébrer, pour susciter des mots en reflet. Le Mal, l’enfance, les sortilèges : l’appel de la nuit retentit à nouveau – ne résistons pas à son invitation… Harry, un ami qui vous veut du bien , sur la couchette d’une prison, Powell pointant son (petit) couteau vers Ben Harper allongé au niveau de sa taille ;  la pilosité de Mitchum, les briques nues, le lavabo sale à l’ombre phallique, les ténèbres et la promiscuité complices, l’uniforme aux allures de pyjama : l’image entière baigne dans un climat homoérotique, comme si Genet rêvait de l’A...

A Dangerous Method : Sur mes lèvres

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Une femme, deux hommes, une hypothèse du psychisme, une passion condamnée, les prémices de la Première Guerre mondiale et les spectres de la Seconde : court retour sur le diamant impur (ou « l’acte manqué », diront certains) du docteur Cronenberg…     Au début des années 90, à l'époque du Festin nu , David Cronenberg confiait aux Cahiers du cinéma ne pas croire à la psychanalyse (« Pour moi, c'est de la poésie ») ; vingt ans plus tard – et même quarante-cinq, si l'on compte le bien nommé Transfer , l'un de ses courts métrages de jeunesse, tourné en 1966 –, le « Canadien à la voix douce » se penche au chevet (voire au divan) du « soin par la parole », via un film explicite et mystérieux, cru et satiné, documenté mais stylisé, étrange et mélancolique  «  ménage à trois  » , histoire d'amour (et de violence), étude d'un cas clinique (contrairement à Spider , titre à la première personne, pastichant ...

The Big Man : Fight Club

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Entrez ici en laissant toute espérance, pour citer Dante : pas de cape méphistophélique ni de pacte « sanguin » à signer, mais l’enjeu, dans cette belle découverte venue d’Écosse, se situe pourtant bien au niveau de l’âme et du corps en souffrance, dans un monde diabolique et bressonien régi par l’argent – qui donc pour nous sauver de cet enfer dressé par nos soins, sinon nous-mêmes ?   La noce, hélas – pluie de pétales opales et roses, coiffures improbables, surtout pour les messieurs, laïus drolatique attristant les beaux-parents de la brune bru rayonnante dans sa robe trop blanche – se voit contaminée par une grève de mineurs (jamais le temps d’être heureux, jamais le temps d’aimer, seulement celui de mourir) : dans un parc où quelques gamins jouent au ballon, des centaures armés apparaissent, presque oniriques, et se dressent les pancartes aux slogans répétés, volent les lourds pavés en direction de la police sans nom et sans visage,...