Articles

Affichage des articles associés au libellé Joel Schumacher

La Vue et Louise

Image
  Exils # 112 (12/06/2025) Plus de petit ami, charme de Hicham et trahison d’omission, CDD terminé, merde aux indemnités, mais l’héroïne ne déprime, les événements ne lui en laissent le temps. Tout autour d’elle se détraque le réel, les choses et les êtres se comportent de manière suspecte : le distributeur de café, à la voix veloutée, féminine et métallique, dysfonctionne façon Le Démon dans l’île (Leroi, 1983), les employés et les passants se voient soumis à d’invisibles assaillants. Tandis que des ouvriers travaillent, que le reflet d’une autre tour et d’un autre chantier sur une fenêtre apparaissent en reflet, le visage de la jeune femme en fragile filigrane, prend place et possession de l’efficace fiction une apocalypse de poche, il y a quelque chose qui approche , résume la chômeuse anxieuse à son ex en train de déménager, sur le point de succomber. La nuit venue, la fin du monde semble advenue, des sirènes retentissent, des types prennent la fuite. Le lendemain, ...

Des hommes d’honneur

Image
  Un métrage, une image : Meurtre à la Maison-Blanche (1997) « Tout le monde ment dans cette histoire » résume, nocturne, désabusé, Wesley. L’ incipit du plan à la grue, à obélisque et drapeau, fait le topo, donne le tempo, alors que le prologue, à « bureaucrate » patraque, very vénère, quasi suicidaire, pas assez, car cran de sûreté, rappelle le pétage de plombs en public, idem à main armée, de Chute libre (Schumacher, 1993), que Kopelson coproduisit aussi. Contemporain des Pleins Pouvoirs (Eastwood, 1997), précédant de peu Snake Eyes (De Palma, 1998), Meurtre à la Maison-Blanche ne possède ni la cruauté sucrée du premier, ni la désillusion rédemption du second. Le bien nommé Little, petit cinéaste d’ opus dispensables, en dépit d’une prédilection pour la conspiration, à la sauce seventies , d’un usage modeste, au creux de couloirs, du souple steadycam , manque de style et d’âme, mais l’ item , quand même, dit quelque chose de pas si morose...

Old Gringo

Image
  Un métrage, une image : Memory (2022) Construit en boucle bouclée de cou coupé, commencement et dénouement d’égorgement, ce remake américain d’un succès européen pouvait bel et bien se déployer en mélodrame masculin un brin élisabéthain. Il convient de se contenter d’un polar un peu politique, a fortiori gérontophile, qui carbure, en sourdine, à l’immigration clandestine, à la mineure mexicaine, à la sommité de l’immobilier maternelle et malsaine. Sorti au terme d’avril aux États-(dés)Unis, déjà disponible en ligne, Memory s’avère vite aussi superficiel et consensuel que American Nightmare 5 : Sans limites (Gout, 2021), file une métaphore déjà utilisée, idem délocalisée, par les très supérieurs Outrages (De Palma, 1989) puis Redacted (De Palma, 2007). Au viol et au meurtre comme armes militaires au Vietnam, en Irak, se substituent la cellule du camp d’internement, pardon, du « centre de détention », la violence de l’enlèvement, la complicité traumatisée,...

Du rififi chez les hommes

Image
  Un métrage, une image : Sacrifice (2016) L’accoucheuse fait une fausse couche : talons ou non, ceci s’appelle de l’ironie cruelle. Le couple en déroute quitte vite la ville, au bout du monde mais en famille s’exile. Les Shetland ne manquent de charme ni, hélas, de cadavre. Notre obstétricienne guère sereine s’improvise détective, fait presque coéquipe avec une fliquette peu suspecte, qu’elle sauvera in extremis d’un machiste sacrifice. Si son mec ne s’injecte de l’insuline, puisque contraceptif, il faut se méfier des autres apparences, des parents, partout, tout le temps. Runes et ruines, paganisme et eugénisme, mères porteuses et victimes malheureuses, autant d’émotions et de stations sur le chemin de croix de Tora, fossoyeuse audacieuse, courageuse, qui ne sait peut-être pas planter un clou, plaisante l’époux, cependant décide de déterrer, au propre, au figuré, les multiples squelettes d’une masculinité obsolète. Contre le clan, contre le courant, la collusion de...

La Vraie Famille

Image
  Un métrage, une image : Aux frontières de l’aube (1987) Stephen King connaît-il Near Dark ? Sans doute, puisque les vampires de Docteur Sleep se déplacent aussi en camping-car, aucun hasard. L’intitulé français possède une pseudo-poésie, frise le contresens, ne rend justice au symbolisme du titre d’origine, pragmatique et programmatique : jadis éclaireur biblique, aujourd’hui candide en jean , Caleb se situe aussitôt à proximité d’une double obscurité, celle de la nuit, à « écouter », lui intime l’intime Mae, comme son cœur ouvert, offert, à l’avide buveur, dont l’étoilée « clarté » va l’« aveugler », celle de l’esprit, sommé de se soumettre à un « instinct » malsain, de donner la mort démuni de remords. Mais l’amoureux malheureux veut/vaut mieux qu’une immortalité imposée, qu’une longévité galvaudée, à demi stimulée par un sadisme de meute endimanchée. Vrai-faux western , Near Dark retravaille la bataille entre sauvagerie et civilisation, force et droit, immen...

I Feel Good

Image
  Un métrage, une image : Si on chantait (2021) Programmatique comme le film pornographique, le feel good movie entend, mot éloquent, faire du bien, faire se sentir bien, ce que confirme l’affiche de Si on chantait ( Fabrice Maruca ), imitée d’une célèbre pochette d’ album des Beatles, surplombée d’une citation de RTL, voici de quoi rendre « heureux », rendre la vie plus belle, amitiés pseudo-marseillaises, amen . Toutefois ce téléfilm inoffensif, poussif, pasteurisé, résumé presque en intégralité selon sa bande-annonce , digne d’être diffusé à la TV un soir d’hiver ou davantage d’été, disons sur TF1 ou M6, sa co-productrice/distributrice, démontre l’unisson du social et du musical, la solitude du mélodrame derrière la comédie d’amis, le double deuil de l’usine, de l’intime. Franck, orphelin de sa mère, peu épaulé par son père, amoureux malheureux depuis l’enfance, pas de chance, fils putatif de Jacques Demy, désire en-chanter les vies, réenchanter le réel, ...

Épouvante sur New York

Image
  Un métrage, une image : L’Ambulance (1990) Un dragueur, une diabétique, un moustachu, une automobile : modèle d’écriture, de séduction ludique, de tension dramatique, de caméra quasi cachée, l’ouverture de L’Ambulance condense le ciné de l’amical Larry Cohen. La suite ne démérite, revisite de jour et de nuit le mythe d’Eurydice & Orphée, le tisse au super-héroïsme de la BD, caméo en dirlo de Stan Lee inclus. Toujours inventive, constamment amusante, cette comédie noire s’assume en moralité faussement moralisatrice, voici ce que vous risquez si vous abordez dans la rue une inconnue, en effet. Porté par un Eric Roberts candide et physique, une Megan Gallagher à l’irrésistible rousseur, ponctué par la présence surprenante, patraque, verdâtre, d’Eric Braeden – recommandation maternelle ! –, depuis déjà dix ans pensionnaire du soap soporifique Les Feux de l’amour , par la prestance d’un James Earl Jones mémorable en flic jadis dépressif, en justicier vite esq...

Buried : The Voices

Image
  Six pieds sous terre, mon cher (2)… Mélodrame d’immobilité, d’irakienne ubiquité, merci au BlackBerry, Buried (2010), n’en déplaise aux critiques, à son créateur Rodrigo Cortés, n’évoque Hitchcock, plutôt Poe, au carré, OK, car le conducteur kidnappé, incommodé, condamné, ressuscite le souvenir de contes célèbres, contenus dans l’article précédent, en sus celui de division, de diversion, d’obsession, d’autosuppression, dénommé William Wilson . Camionneur en sueur, en sursis, in extremis suffoqué par le sable écoulé de son cercueil-sablier, Paul Conroy s’affole, se fortifie, se filme, s’effondre. Un plan surprenant, en contre-plongée, en travelling avant, post -générique final, identifie sa vraie-fausse pierre tombale, son identité, son destin, décalqués sur le quiproquo sado-maso du Monsieur Klein (1976) de Joseph Losey. Dès l’instant où il écrit ce « Mark White » patraque, aux sonorités évocatrices, antagonistes, marque en même temps blanche et sombre (mark/dark...

La Dame de Windsor : Highlander

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de John Madden. Un téléfilm inoffensif ? Sans doute, cependant plaisant. Treize ans avant L’Affaire Rachel Singer (2010), (re)lisez-moi ou pas, Madden devance le Stephen Frears de The Queen (2006), Helen Mirren idem . Mrs. Brown (1997), dénomination moqueuse de monarque a priori trop proche de son « palefrenier », cartographie une royauté recluse, menacée à distance par le républicanisme, dépeint un double portrait, celui d’une femme endeuillée, régie par le ressentiment, préférant le drame de l’exil à la comédie de la vie civile, celui d’un homme amical, loyal, Écossais censé ressusciter Sa Majesté, qui y perdra sa crédibilité, sa santé. La meilleure part du métrage réside dans la dynamique drolatique, tendue-tendre, du couple improbable, impossible, interprété de manière impeccable, récompensée, par Judi Dench & Billy Connolly, vrai-faux sosie de John Cleese, natif de Glasgow croisé selon ...

Un rickshaw à Mumbai : Le Triporteur

Image
Le compteur tourne, le tueur se retourne… When I’m ridin’ round the world And I’m doin’ this and I’m signing that And I’m tryin’ to make some girl Who tells me baby better come back later next week Cause you see I’m on losing streak Mick Jagger Sorte de C’est arrivé près de chez vous (Belvaux, Bonzel, Poelvoorde, 1992) délocalisé en Inde, Un rickshaw à Mumbai (Mittal, 2016) se souvient aussi de Cannibal Holocaust (Deodato, 1980), cependant les pauvres se substituent aux « peuplades », l’économique à l’ethnographique. Le spectateur, surtout occidental, sait par conséquent à quoi s’attendre, devine de loin la fin, a contrario des trois zozos derrière et parfois devant la caméra, censés réaliser un documentaire sur la misère, en réalité vite excités à l’idée de vendre leur snuff movie joli, imprévu, aux médias avides. « Les journalistes sont tous des salauds » affirme la deuxième victime masculine, sodomite adepte du shit , client récalc...

Le Fantôme de l’Opéra : Backstage

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Rupert Julian. I’m gonna swing from the chandelier Sia On s’aime comme ça la Seine et moi Vanessa Paradis Mais il connaît pas Raoul, ce mec ! Bernard Blier Ce qu’apporta, autrefois, la lecture adolescente du Fantôme de l’Opéra ? La découverte étonnante de l’humour constant de Gaston Leroux, hélas congédié par la plupart des adaptions au ciné, rétives au mélange déconcertant des tonalités, éprises de rassurant romantisme défiguré, de belles + bêtes relookées, à l’exception notable et notoire, remarquable et remarquée, du Phantom of the Paradise (1974) de Brian De Palma, mélodrame littéral mais aussi, disons en split screen , satire sarcastique de l’industrie US du microsillon, du capitalisme en chansons, foutrement faustien, on le sait bien. Toutefois, voisinage du slapstick oblige, participation d’Edward Sedgwick, partenaire de Buster Keaton ou Laurel & Hardy, comprise, cette œuvre col...