Articles

Affichage des articles associés au libellé René Clair

La vie est belle à Vienne

Image
  Exils # 139 (12/11/2025) Sans emploi et sans toit, le quidam de mélodrame, soi-disant « Jean Durand », décide recta d’un suicide à la Capra, sauve in situ la désespérée bienvenue, qui le secourt à son tour, n’en déplaise aux féministes contemptrices du motif de la « demoiselle en détresse », lesquelles soulignent le double outrage du vrai-faux mariage, l’époux « protège », l’épouse « obéit », eh oui. Après cette plongée en replay , puisque récompense à la clé, billet policier et frais transférés, notre jeune « couple de (non) mariés », condition d’annonce, astuce d’alliances pas chères, répond donc à l’impératif programmatique du titre, parcourt un périple épisodique plus hédoniste que marxiste. Gardez le sourire (Fejos, 1933) fait souvent sourire, en intérieurs et en extérieurs respire, porté par un tandem amène, candide « Gustave Froehlich » & Annabella en réel « rayon de soleil », nom de baptême ...

Clair obscur

Image
  Exils # 133 (13/10/2025) Dans sa biographie de l’« auteur de films », mention (im)précise de plaque commémorative, à l’intitulé contradictoire ( Le Mystère René Clair ), Pierre Billard parle à juste titre de « morale libertaire », rappelle que le cinéaste répugnait au message, c’est-à-dire au film homonyme, cite l’auto-critique de l’intéressé « ironique » : « ambitieux mais écrit et réalisé trop vite ». Ressorti et à peine retouché en 1951, désormais restauré, disponible en ligne, À nous la liberté (1931) assume sa légèreté, son irresponsabilité, sa sécession en chansons. Sympathique et un peu vain, il dure une heure vingt, héritier du muet, exploitant le parlant, donc le son, accessoire réflexif du phonographe inclus. Escorté d’une dream team peu propice à la déprime, Auric à la musique, Meerson aux décors, Périnal à la photographie, l’« écrivain » dispose d’une caméra plus mobile que celle de Chaplin, vrai-faux plagiai...

Le Culte et l’Occulte

Image
  Exils # 54 (10/10/2024) Aussi suicidaire mais moins « suicidé de la société » que le pauvre van Gogh, James Whale s’intéressait aux « dieux » et aux « monstres », cf. une réplique emblématique de La Fiancée de Frankenstein (1935). Alors âgé d’une trentaine d’années, Antonin Artaud se soucie de « sorciers » et de « saints », selon une sorte de note d’intention écrite à l’époque de La Coquille et le Clergyman (1928), vaudeville anecdotique et pseudo-cryptique dont le scénariste se désolidarise vite, dommage pour Germaine Dulac et sa « composition visuelle » très patraque, conspuée en sus dès sa sortie par les susceptibles surréalistes. Né un an après la date de naissance officielle du « cinématographe », leur rencontre se place cependant sous le signe du rendez-vous loupé, en dépit d’apparitions assez impressionnantes chez Gance ( Napoléon , 1927), Dreyer ( La Passion de Jeanne d’Arc , 1928), L’Herbier ( L’Arge...

Les Yeux ouverts

Image
  Exils # 19 (07/02/2024) Des notices nécrologiques de diagnostics optiques : si le Ciel existe, l’actrice décédée dut s’en amuser, davantage s’en désoler. Mais ma mémoire, surtout pour un texte à sa mémoire, ne saurait se réduire à un regard (ni au truisme pépère d’une réplique simpliste de Prévert), désire y voir avant tout l’âme d’une femme a priori fréquentable, d’une artiste sous-estimée remarquable. Monica Bellucci le dit aussi, la beauté au fil des films et des décennies vite s’évanouit, à défaut se différencie, il faut presque patienter afin d’être redécouverte, réévaluée. Celle de Michèle Morgan (pseudonyme aux initiales dédoublées, au carré, à la Marilyn Monroe ou Michèle Mercier) n’empêche d’apprécier son talent évident, d’applaudir son indépendance, sa persévérance, de compatir à sa malchance en matière de (mariage) romance, malgré la tendresse offerte in fine par le fidèle Oury, oh oui. Elle refusa des rôles qui pouvaient lui apporter l’absolution, la consécr...

Forza Bastia

Image
  Un métrage, une image : Cela s’appelle l’aurore (1955) Le prologue impressionne, accumule les cruautés, animale et enfantine, l’eau sale au sol salit un accessoire, ô désespoir, avant le gant du perspicace policier, le foulard fichu de l’épouse esseulée. Au propre et au figuré incommodée par le monde immonde du « pays pas très gai », en effet, Angela ne songe qu’à se casser sur le « continent », s’y cultiver au côté de son méprisant et méprisable papounet, le « clochard », quel cafard, de son Valerio trop dévoué, qui s’occuperait d’appréciables patients puisque payant, cabinet inclus recta par beau-papa. Madame « s’ennuie », ne rêve à la Bovary, marre des « romans », même pas de montagnard amant. Quand Clara, épiphanie d’Italie, veuve génoise et généreuse, apparaît au chevet de la gamine maltraitée par un grand-père pervers, malaise u paese, emprisonné au poulailler, les volatiles reviendront durant la traversée alitée de la v...

Arrêt d’autobus

Image
  Un métrage, une image : Un drôle de dimanche (1958) Bien moins doué que le second Allégret, Marc trame un mélodrame terminé en comédie, merci à la maladresse masculine doublement humide. Ex -capitaine que cocufie son ancien sous-lieutenant, tiens, Hanin, Bourvil incarne un vétéran blessé dans sa virilité, en souffrance de la fuite de sa pharmacienne de femme, qu’il rencontre encore à côté d’une traction, qu’il va essayer d’épater au volant de l’empruntée Chevrolet de son patron, colonel au civil, manager magnanime. Peut-on démoraliser un homme, un mec démobilisé, au propre, au figuré, de surcroît collectionneur de gramophones de malheur, à cause d’un manteau ? « Garce » pas si dégueulasse, au cœur reconquis presque de guerre lasse, Danielle Darrieux déclare oui illico , affirme le soi-disant deuxième sexe « fragile », « vulnérable », éprouve le besoin un brin mesquin d’être en beauté, « rassurée », par ici la monnaie. Le « publiciste » dépressif croise au creux de l...

Folies de femmes

Image
  Un métrage, une image : Forfaiture (1937) De l’hommage à l’outrage, peu d’espace, les vandales le savent, L’Herbier dut s’en douter, ne sut résister à la tentation de remaker l’ouvrage révéré, à l’origine de sa vocation. Mais l’exotisme et l’érotisme du co-scénariste Hector Turnbull, d’ailleurs producteur non crédité de Cœurs brûlés (Sternberg, 1930), le sado-masochisme à la mode DeMille ( Forfaiture , 1915), apparaissaient auparavant, dès L’Argent (1928), d’après Zola, oui-da. Vingt-deux ans plus tard, pas de hasard, voici le temps du cinéma dit parlant, dépaysant, car colonial, voire colonialiste, au racisme assumé, même déminé. Escorté de l’exilé Companéez ( Casque d’or , Jacques Becker, 1952), du cinéphile Auriol, d’un futur fidèle d’Ophuls, nommons donc Natanson ( La Ronde , 1950, Le Plaisir , 1951, Lola Montès , 1955) ; assisté des fidèles Ève Francis & André Cerf ; flanqué de l’éclairé Schüfftan ( Drôle de drame , Carné, 1937) ; financé par...

Dolls

Image
  Un métrage, une image : Barbe-Bleue (1944) Perrault & Dmytryk ( Barbe-Bleue , 1972) ? Plutôt le Poe du Portrait ovale , voire le Powell du Voyeur (1960). Les « féminicides » à profusion a fortiori les féministes effaroucheront, mais jamais de misogynie ici, au contraire, car le cher Ulmer ne magnifie ni n’absout son assassin artiste, n’esquive la terreur des victimes, cf. la scène du supplice de Francine, femme flic en costume (d’époque) miroitée, fissa étranglée par une cravate identifiée en français, retrouvée sur le lieu du crime et bien sûr ensuite dans Frenzy (Hitchcock, 1972). Cependant nulle trace de sadisme sexuel chez le marionnettiste triste, meurtrier rancunier incapable de dépasser un trauma sentimental de jadis paupérisé altruiste, pardon du pléonasme. Tournée en moins d’une semaine, avec des bouts de ficelles (de pantins faustiens), des toiles peintes, une modeste maestria du maniement de la caméra, bénéficiant de la double présence ...

Gervaise : Parasite

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de René Clément. Fracassés par Truffaut puis réhabilités par Tavernier, Aurenche & Bost zozotent Zola. Ce résumé pasteurisé, récompensé, d’un Assommoir à scandale, à succès, mériterait d’être « voué aux gémonies », puisque représentatif du « cinéma de papa », exemplaire de la fausse fidélité, de l’exécrable « qualité », des produits désincarnés, « bourgeois », de ce temps-là ? Pourquoi pas, position pleine de « passion », de « parti pris », admettait lui-même, in extremis d’un fameux article, le pas encore apôtre de Hitchcock, point de vue acceptable, discutable, pourtant incomplet, cependant insuffisant, qui renforcerait les faiblesses de Gervaise (René Clément, 1956), affaiblirait ses forces. Notre tandem de scénariste/dialoguiste assez stakhanoviste signera aussi, en simultané, La Traversée de Paris (Autant-Lara) + Notre-Dame de Paris (De...

Les Grandes Manœuvres : Le Pari

Image
Cage volage, gants élégants, psyché du passé, clairon d’abandon… For Franck Ferreira, confiné ou pas You can play brand new to all the other chicks out here But I know what you are what you are baby […] Maybe if we both lived in a different world It would be all good and maybe I could be your girl But I can’t ’cause we don’t Britney Spears, Womanizer Avec Les Grandes Manœuvres (1955), une « comédie dramatique », affirme le générique synthétique, René Clair, alors quinquagénaire, paraît relire Marivaux & Laclos plutôt que Molière. Au jeu in extremis sincère et sérieux de l’amour et du hasard, Marie-Louise arrive donc trop tard, tandis qu’Armand devient par conséquent un perdant, pourtant paradant, sa liaison dangereuse, merveilleuse, refusant d’ouvrir sa fenêtre (et d’offrir le reste) à ce don Juan poignant, au remporté (et stupide) pari d’ennui, tant mieux, tant pis. Les grandes manœuvres à venir, le spectateur contemporain, celui des anné...