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Affichage des articles associés au libellé Steven Spielberg

Une (en)vie d’aventure

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  Exils # 175 (03/03/2026) Secte et sacrifices : le script du Secret de la pyramide (Levinson, 1985) recycle en partie celui d’ Indiana Jones et le Temple maudit (Spielberg, 1984). « Présenté » par le précité, mis en scène par un professionnel impersonnel, Rain Man (1988) de mélodrame, Young Sherlock Holmes décrit l’adolescence du détective et « l’aventure d’une vie ». Spéculation affectueuse et hommage admiratif, cf. le carton de conclusion, avec l’aval d’une descendante de Doyle, cette évocation de pure et respectueuse (ré)invention ne revisite le mythe à la manière douce-amère de Wilder ( La Vie privée de Sherlock Holmes , 1970) ou Eberhardt ( Élémentaire, mon cher... Lock Holmes , 1988), préfère l’action à la réflexion, donc à la déduction, ne succombe au psychologisme freudien, en dépit d’un double conflit œdipien, ne sonde à la Nolan un (super-)héros au bout du rouleau. Seize ans avant les Harry Potter produits par la Warner et encore écrits p...

Lavande volante

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  Exils # 170 (12/02/2026) Production indépendante à financement participatif, Valensole 1965 (Filhol, 2025) corrige le comique archaïque du Gendarme et les Extra-terrestres (Girault, 1979). Le sujet, on le sait, relève du fait divers stellaire, comme le démontrent les cartons en conclusion, NASA & CNES à la rescousse, extrait du reportage in situ , que le métrage à l’identique reconstitue, archivé via l’INA, inclus en coda. Ce désir assumé de traitement au premier degré esquive le cynisme, lui substitue un céleste sentimentalisme. L’ opus évoque en vitesse de plus connus et reconnus ancêtres, Take Shelter (Nichols, 2011), Rencontres du troisième type (Spielberg, 1977) et 2001, l’Odyssée de l’espace (Kubrick, 1968). Pas si à la masse, Maurice Masse, massif Matthias Van Khache, ne s’occupe d’apocalypse, de sculpter sa purée, n’accomplit aucun trip psychédélique et pourtant éprouve à son tour un révélateur parcours, aux prises avec l’indicible, l’incrédible, le risibl...

Le Messie et le Matricide

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  Exils # 121 (20/08/2025) « Abomination » s’exprime Rampling en sourdine, « amélioration » se félicite le cinéphile en séance gratuite. J’expédiai jadis ainsi la première partie : « Hiératisme, romantisme, scepticisme : pasteurisation nolanisation » ( Un film, une ligne ). Aujourd’hui je dédie quelques lignes à demi laudatives à sa suite – sic transit cinéma mundi . Sis sur le sable du désert et de l’arène, la poursuite du périple de Paul Atréides indeed mérite une mesurée estime. Certes, on y retrouve et on y réécoute hélas la mélasse bien ambient du sieur Zimmer ; certes, le sound design ne lésine sur les effets acoustiques, quitte à faire frissonner le fauteuil ; certes, la philosophie politique paraît presque simpliste comparée à celle du Prince de Machiavel – mais ce passif se voit en vérité dépassé, fluidifié, par l’actif d’une réflexion en action(s) sur les limites du messianisme. Si Lawrence d’Arabie (Lean, 1962), sa m...

Planète Harlem

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Exils # 91 (12/03/2025) Contemporain du cossu Starman (Carpenter, 1984), moins sentimental et plus social, Brother (Sayles, 1984) mérite un accessit , bien qu’un brin manichéen. É crit, dirigé, monté – et interprété – par le scénariste de Piranhas (Dante, 1978), L’Incroyable Alligator (Teague, 1980), Hurlements (Dante, 1981) ou Le Clan de la caverne des ours (Chapman, 1986) et le réalisateur de Limbo (1999), il s’agit d’un conte moral (et anti-drogue en mode Reagan). Un extra -terrestre mutique à l’épiderme aussi sombre que la nuit se retrouve vite à Harlem, s’insère parmi ses « frères » (mendiant musulman le bénissant), réparateur de matériel électro et guérisseur de genou de minot doté d’un cœur d’artichaut, épris presto d’une chanteuse – Dee Dee Bridgewater sans Ray Charles – elle-même (dé)chue, du hit - parade , pas des étoiles. Le candide céleste découvre d’abord l’Amérique du Nord via les vestiges d’Ellis Island. Une main sur un mur, en écho à Brando sur ceux...

Vestiges du révisionnisme

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  Exils # 45 (08/07/2024) Dire d’ Indiana Jones et le Cadran de la destinée (Mangold, 2023) qu’il passe à côté de son sujet s’affirme un euphémisme. Tout, pourtant, y tourne autour du temps, matière première de nos artères et d’un art funéraire autrefois divisé par Deleuze en « image-mouvement » et « image-temps », justement. Vingt-cinq années séparent les deux périodes historiques et donc les deux représentations du personnage supposé mythique, surtout cyclique, dont la double profession d’exhumation et de transmission, puisqu’archéologue puis pédagogue, s’avère en soi symbolique. Au moment présent de l’hégémonie numérique, Dorian Gray peut aller ailleurs se damner, se faire tirer le portrait c(r)aché, contaminé, Harrison Ford retrouver sans effort sa force, les outrages du grand âge de la suite touristique, située du côté de Tanger, aux cascades bondesques (studios de Pinewood compris, pardi), réminiscences de celles de Rémy Julienne, compensés par la soli...

G(r)osse frayeur

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  Exils # 29 (15/04/2024) En 1988, surprise œcuménique presque archéologique, on pouvait donc dessiner des sous-vêtements d’enfants, de la nudité humide, avec père pas pervers, un peu solitaire et universitaire, sans que personne ne s’étonne, ne trouve vite ces traits discrets très suspects. Autres temps, autres mœurs, esprit rebondi, à douce pilosité, de la fabuleuse forêt, fais que ma petite sœur ne meure, pourrait prier la gamine à moitié portée, animée, terme en contexte, par un fameux sentiment de culpabilité, tel le narrateur du crève-cœur La Cicatrice de Bruce Lowery, fraternel et enfantin, in fine orphelin. Film de « fantômes » et film de famille, mélodrame rural à l’hédonisme animiste, voire l’inverse, Mon voisin Totoro , au-delà de son estivale sensualité, de sa séduisante simplicité, donne à voir une réflexion en action sur la thématique dialectique de l’imagination, de la représentation. « C’était un rêve qui n’était pas un rêve ! » s’exc...

Zone morte

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  Exils # 21 (15/02/2024) Déjà responsable de l’ arty et risible Under the Skin (2013) – le fameux et freudien « continent noir » de la sexualité féminine relooké en tache d’huile, puits de pétrole pas drôle où périssent les prédateurs devenus proies, les féministes s’en félicitent, ça va de soi –, l’austère Glazer remet le couvert, telle la servante tétanisée, maltraitée, de la maudite maisonnée. De Scarlett Johansson, autant transparente que dans l’insipide pudding du Dahlia noir (De Palma, 2006), in fine transformée en Jeanne d’Arc en forêt, aux crématoires à concevoir, améliorer, jour et nuit utiliser (la mère de la mère s’en désespère, se carapate en catimini, laisse un mot cramé illico , occupation locale oblige), puis pendant l’épilogue interpolé contemporain, sis au musée malsain, astiquer en silence et au féminin, en rime à l’hygiénisme de la funeste famille – baignoire miroir, car les os à l’eau, ça salit, la baise d’une prisonnière rousse pas farouche...

Tombeau des Danaïdes

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  Exils # 7 (14/11/2023) S’il existe un cinéma de l’invisible, pour écrire vite, mystique et scientifique, les films invisibles ne s’identifient à celui-ci, pas plus à l’expérimental ou au non commercial, niches qui s’esquissent, accessibles en quelques clics, depuis la cinéphilie en ligne. Ils se différencient aussi des projets avortés, d’ultimes utopies de visionnaires de naguère, citons, exemplaires, les peu prolifiques et préoccupés par l’historique Leone & Kubrick, le premier cartographe de Léningrad, le second biographe de Napoléon, feuilleton de télévision à présent il paraît assuré par le spécialiste Spielberg, vingt-deux années après la reprise du script de A.I. ( Intelligence artificielle , 2001, sans space odyssey , olé). On pourrait penser qu’à côté des regrets la rareté s’avère un vrai critère ; au contraire, la profusion de la production défie toute idée de totalité, de saisie exhaustive et donc définitive. Le cinéma indien, massif et incertain, interdit ...

L’Empire du Grec

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  Un métrage, une image : L’Année des méduses (1984) Le troisième métrage de Christopher Frank commence un peu comme du Max Pécas, dérive vite vers le thriller topless et la comédie dramatique non érotique. Le scénariste de Deville, Żuławski, Molinaro, Costa-Gavras, Deray, Delon ou Pierre Granier-Deferre, aussi romancier, semble aussitôt revisiter Et Dieu… créa la femme (Vadim, 1956) une trentaine d’années après, modernisme de féminisme seins et culs nus, ceux de la césarisée Cellier, de la sculpturale Kaprisky, beau duo de femmes fréquentables et in fine fatales, en tout cas de facto pour Giraudeau, déguisé en « mac » patraque, plagiste proxo, presque imprésario, clin d’œil au producteur Terzian inclus et amusant. L’Année des méduses annonce aussi et ainsi Elles n’oublient jamais (1994), dernier effort du réalisateur éphémère, décédé à la cinquantaine, Detmers, Farès et Lhermitte substitués au trio précité. S’il cite à deux reprises une célèbre scène de danse ...