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Affichage des articles associés au libellé Kim Novak

Clair de terre à Maubeuge

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  Exils # 16 (18/01/2024) J’aime bien son âge et son visage, même si le premier lui déplaît, le second la dérange quand elle mange, pauvres corps que les nôtres, si vite endommagés, par eux-mêmes mis en danger. J’aime bien sa modeste blondeur et son grand cœur, altruisme sincère qui passe par le souci d’autrui, le bénévolat de surcroît. J’aime bien l’équilibre de sa voix et sa main parfois sur mon bras. J’aime bien son sourire et son rire, lorsqu’elle se moque gentiment des gens et d’elle-même idem . J’aime bien ses doigts fins, un peu peints, la douceur de son discret parfum. J’aime bien ses mots et ses textos, marcher à son côté. J’aime bien son adulte légèreté, de silhouette et d’esprit, quel contraste stimulant avec ma gravité, mon asymétrie. J’aime bien son caractère solaire, cependant capable de se mettre en colère, contre un voisin ou un propriétaire. J’aime bien sa curiosité culturelle et sa disponibilité naturelle. J’aime bien sa féminité attentive et ludique, davantage q...

Le Ventre de l’architecte

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  Un métrage, une image : Liebestraum (1991) L’ultime film de Kim Novak la portraiture en patiente très patraque, en gémissante génitrice, in fine en flingueuse au passé, à l’agonie aujourd’hui, tandis qu’elle expire, une jeune femme soupire, grande et petite morts encore mêlées, merci au montage alterné. En dépit de la présence de Pamela Gidley ( Twin Peaks: Fire Walk with Me , 1992) & Bill Pullman ( Lost Highway , 1997), d’une ambiance étrange, de mauvais rêves presque réels, voire l’inverse, d’une perversité secrète et souterraine, on songe davantage à quelques compatriotes de l’aussi scénariste et instrumentiste Figgis, aux claviers comme Badalamenti, eh oui, qu’au spécialiste David Lynch, par exemple à Peter Greenaway ( The Belly of an Architect , 1997), Alan Parler ( Angel Heart , 1987), Nicolas Roeg ( Bad Timing , 1980). Climatique ou léthargique, suivant l’adoptée perspective, moins estimé, à succès, que Stormy Monday (1988), Internal Affairs (1990), Leaving...

L’Anglais

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  Silhouette ou quartette, musico et peut-être mec honnête… John Cameron composa donc une poignée de pièces assez irrésistibles de library music , exercice de style difficile, sinon stérile, dont un diptyque addictif, à la sensualité de « soleil liquide » et de céleste vocaliste seventies , en partie découvert jadis par votre serviteur via une publicité télévisée. Il ne céda cependant à la paresse de « rêveries oubliées à demi », jaillit du jazz , passa par la pop , s’occupa de comédie musicale, par exemple les increvables Misérables du tandem Boublil & Schönberg, se soucia aussi de classique. Collaborateur de Donovan, Hot Chocolate ou José Carreras, Cameron écrivit, conduisit et produisit ainsi, souvent avec discernement, pour le petit et le grand écran, signa en sus moult arrangements. Moins renommé que son compatriote, un autre John, Barry, en tout cas ici, il ne démérite néanmoins, prend sa place parmi une estimable liste, celle d’artistes britanni...

La Sorcière amoureuse : Logan’s Run

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  Confusion, collusion, confrontation, condamnation... À la bonne sorcière Jacqueline Waechter Chaînon manquant et ensorcelant reliant La maschera del demonio (Bava, 1960) et Le streghe (Bolognini, De Sica, Pasolini, Rossi, Visconti, 1967), La strega in amore  (1966) se découvre dès le premier plan en conte de décor : un homme à Rome soulève un store, ouvre des vitres, va vite se retrouver cloîtré, à l’insu de son plein gré. S’il dialogue de surcroît, disons à distance, avec le Fedora (Wilder, 1976) d’autrefois, le plus récent et peu passionnant Abuela (Plaza, 2022), le film de l’ami Damiani, surtout (re)connu ici pour ses percutants et pertinents polars made in Italy , annonce aussi Amityville II: The Possession (1982), coécrit par le sieur Wallace, similaire amateur de femmes en flammes, de Mexicaines guère sereines ( Vampires: Los Muertos , 2002), qu’il dirigera aux USA. Seize ans avant, le (mauvais) génie du lieu sévit déjà, donne une leçon d’humiliation, ...

Twentynine Palms

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  Un métrage, une image : Embrasse-moi, idiot (1964) Sommet d’immoralité ? Avalanche de vulgarité ? Début de chute ? Beaucoup de conneries, hier, aujourd’hui, circulent au sujet de Kiss Me, Stupid , échec économique, critique, seconde adaptation, cf. Une femme pour une nuit (Camerini, 1952), du succès scénique, à titre explicite, L’ora della fantasia d’Anna Bonacci. Ça s’efface face au visionnage du métrage, parmi les meilleurs de l‘auteur, qui lui-même ne l’aimait pas, le qualifiait de bourgeois, à l’image du Żuławski de justement L’important c’est d’aimer (1975). Modèle modernisé, action délocalisée, actualisée, musiques de Gershwin & Previn à la place d’opéra, demeure un féminisme festif, d’amitié masculine, de complicité féminine. Le désert, on le sait, pourrait rendre cinglé, caravane ou non, renvoyons vers Craven ( La colline a des yeux , 1977) & Dumont ( Twentynine Palms , 2003, toponyme de tournage partagé), sinon se prêter à la partouze e...

L’Adorable Voisine : Deux yeux maléfiques

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  L’épouse et le pussy … Quine, quoi, revisite Vertigo (Hitchcock, 1958), il le retravaille illico  : même couple, même décor, fable de fascination féminine, une fois encore. Dans Sueurs froides , la déjà féline Kim quittait un hôtel, on se demande comment ; dans L’Adorable Voisine (1958), le fantastique s’affirme, car elle incarne une sorcière sentimentale, aussi éprise d’humanité, par conséquent de mortalité, que les anges en errance de Wim Wenders ( Les Ailes du désir , 1987). À Noël, à domicile, sa magie blanche s’exprime. Plus de dédoublement machiavélique, ni de nudité d’une noyée suggérée, juste l’érotisme discret d’une robe noire, du soir, ouverte en V, sur le dos d’albâtre de Mademoiselle Novak. Magnifiée par un objectif énamouré, peu objectif, celui de son compagnon d’alors, l’actrice captivante appelle son propre chat, nous considère en regard caméra. Le mariage de Jimmy Stewart, grisonnant, sirotant, papotant, s’étranglant, elle s’en fout, elle caresse so...

La Femme-objet : Le Jouet

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  R2-D2 rend heureux ? Bien mieux à deux… Romancier de SF, obsédé par le sexe, Nicolas n’en finit pas, de taper à la machine son passé de machine(s), confession off , autobiographique, alcoolique, tabagique. On trouvait auparavant, dans Le Sexe qui parle (Frédéric Lansac, 1975), le pantin transalpin : revoici Pinocchio, cette fois-ci en filigrane du scénario, flanqué de Frankenstein, sa créature, accompagné de Pygmalion & Galatée. Galactique, la robotique Kim, ainsi prénommée en souvenir de ciné, amitiés à Mademoiselle Novak ? Plutôt mutique, « charmante mais pas causante », comme le remarque la maîtresse exaspérée, je ramasse mes affaires, je m’en vais. « Mieux qu’une poupée gonflable », en effet, la partenaire trop parfaite, a priori idéale, en réalité fatale, sa bouche rouge utilise à d’autres tâches, de sa langue nettoie la tache, de sperme, déposée sur la peau, d’ébène. Car le Nico, marri de sa surprenante autonomie, lui substitue, au...

Les Apparences : Le Rôle de sa vie

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    « Wunderbar » ? Dur d’y croire… Je suis le restaurant déserté Bertrand Burgalat, L’Enfant sur la banquette arrière Les « professionnels de la profession » appellent cela un « film véhicule » et sa star , Karin Viard, s’y fait en effet véhiculer, en calèche de boucle bouclée, d’abord souvenirs d’hier, d’une mère estimée trop populaire, vade retro , Rondò Veneziano, ensuite présent immanent, en regard caméra souriant. Entre-temps, la directrice de la médiathèque ne sait plus où donner de la tête, prise (culbutée sur le canapé, sombre escarpin dressé) entre une institutrice adultère et un harceleur en colère. La première, son courriel piraté, sa liaison dévoilée, son « sordide » passé déterré, sa proximité répudiée, finira par une fenêtre bruxelloise encadrée, après un épilogue de non-lieu ( because légitime défense), dénouement pas si bienheureux, diffusé en direct au JT, ah ouais. Le second, romantique germanique, molto p...

Fenêtre sur cour : Lisa et le Diable

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Le chic, l’éthique, la mosaïque, la musique… Il n’y a pas que des chansons d’amour Sous le soleil de tous les jours Pauline Ester, Une fenêtre ouverte Last night a D.J. saved my life from a broken heart Last night a D.J. saved my life with a song Indeep Avant tout territorial, sinon provincial, cependant mondial, pour des raisons géographiques, historiques, stratégiques, cf. le mythe fondateur de la Frontier , le cinéma américain s’enivre de hom(m)e invasion , envahissement masculin d’un domicile féminin, donc équivalence d’évidence du vol et du viol very seventies , envisagez par exemple Les Chiens de paille (Sam Peckinpah, 1971) ou Un justicier dans la ville (Michael Winner, 1974), ersatz de westerns à scandale. Toutefois Fenêtre sur cour (Alfred Hitchcock, 1954) innove, « donne à voir », locution de saison, lexicale, estivale, cette fois-ci une woman invasion  : l’élégante et intrépide Lisa s’introduit dans la tanière du taciturne et ...