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Affichage des articles associés au libellé Bruno Dumont

Laborde et la Vivante

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  Exils # 176 (04/03/2026) Le Retour de Martin Guerre (Vigne, 1982) durant la Grande Guerre ? J’ai épousé une ombre (Davis, 1983) démuni de mari ? Si La Place d’une autre (Georges, 2021) repose itou sur une usurpation d’identité, il rappelle Camille Claudel 1915 (Dumont, 2013) par une partie de son trajet, par son historique austérité. Le drame de chambre de femme de chambre évite William Irish et délocalise Wilkie Collins, la dimension politique, donc la description du système de classes britannique, se voit ainsi assourdie, remplacée par l’impressionnisme presque magnanime d’une bourgeoisie à l’abri, moins chabrolienne que terrienne. Alors que les hommes se dégomment, décimés à défendre des intérêts économiques et pseudo patriotiques, « toute ressemblance » avec aujourd’hui tout sauf fortuite, les femmes à l’arrière (se) font des misères, changent de nom, dirigent des maisons. Nélie Laborde devient vite Rose Juillet, servante à l’essai virée, prostituée ...

Twentynine Palms

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  Un métrage, une image : Embrasse-moi, idiot (1964) Sommet d’immoralité ? Avalanche de vulgarité ? Début de chute ? Beaucoup de conneries, hier, aujourd’hui, circulent au sujet de Kiss Me, Stupid , échec économique, critique, seconde adaptation, cf. Une femme pour une nuit (Camerini, 1952), du succès scénique, à titre explicite, L’ora della fantasia d’Anna Bonacci. Ça s’efface face au visionnage du métrage, parmi les meilleurs de l‘auteur, qui lui-même ne l’aimait pas, le qualifiait de bourgeois, à l’image du Żuławski de justement L’important c’est d’aimer (1975). Modèle modernisé, action délocalisée, actualisée, musiques de Gershwin & Previn à la place d’opéra, demeure un féminisme festif, d’amitié masculine, de complicité féminine. Le désert, on le sait, pourrait rendre cinglé, caravane ou non, renvoyons vers Craven ( La colline a des yeux , 1977) & Dumont ( Twentynine Palms , 2003, toponyme de tournage partagé), sinon se prêter à la partouze e...

Death Valley : Les Rois du désert

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Peyotl ou portable, partir ou périr… Aussitôt, l’Esprit poussa Jésus dans le désert, où il passa quarante jours, tenté par Satan. Marc 1, 12-13 Hier un homme est venu vers moi d’une démarche un peu traînante Il m’a dit t’as tenu combien de jours j’ai répondu bientôt 30 J’ai compris qu’il espérait tenir jusqu’à 40 Jean-Patrick Capdevielle Depuis des décennies, le désert désespère et séduit les cinéastes. Death Valley (Ashley Avis, 2016) s’inscrit donc dans un sillage précis, revisite une veine anxiogène, à la suite d’illustres aînés nommés Gerry (Gus Van Sant, 2002), Twentynine Palms (Bruno Dumont, 2003) ou Valley of Love (Guillaume Nicloux, 2015). Une fois la partouze et l’explosion de Zabriskie Point (Michelangelo Antonioni, 1970) dépassées, fantasmées, que reste-il à faire, à défaire, à refaire ; qui, en définitive, affronter, sinon soi-même, loin de la société, au sein malsain d’une microsociété ? N’en déplaise au Wes Craven de La collin...

Hunting Emma : Mortelle randonnée

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Dormir ou mourir, mieux viser avant de nous aviser. Emma Le Roux ne « balance » pas ses « porcs », elle les poignarde, dans le ventre ou le dos, elle leur lâche un gros rocher sur la tronche, elle les embroche, elle les plante, elle les envoie à terre à coup de fer (à repasser, à trépasser), elle les descend de ses deux mains armées, olé, le duel à la Sergio Leone survolé par une guitare espagnole. Après la fille de militaire et de chasseurs de Downrange (Ryuhei Kitamura, 2017), voici celle d’un ancien des forces spéciales spécialisé dans la reconnaissance. Afin d’éviter qu’elle les reconnaisse, qu’elle les dénonce à la police en tant que témoin de l’exécution initiatique d’un flic épris de ketchup , six lascars trafiquants de came, amateurs et professionnels, la traquent une centaine de minutes durant, au sein d’un désert sud-africain valant bien l’australien, éolienne de Razorback (Russell Mulcahy, 1984) en commun. Certes plus souple et plus blonde que ...

Valley of Love : Mirage de la vie

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Un homme, une femme, le fantôme, rêvé ou avéré , d’un fils, quelques touristes et le désert : explorons avec plaisir cette nouvelle carte de Tendre délocalisée en territoire américain… Huppert (le générique de fin supprime le prénom de l’actrice, hissée au rang de mythe familier), au centre du cadre, en marche et de dos, dans un décor de bungalows , délestée des patins à roulettes de La Porte du paradis mais alourdie par une valise de même type : le tout premier plan(-séquence) de Valley of Love rappelle celui de Rosetta , et Guillaume Nicloux va nous raconter à son tour, dans un contexte certes différent, une parabole de résilience , un conte de fées pour adultes porté par deux « parents » renaissants, un survival en milieu hostile et sans merci, mais pas sans espoir. Si l’héroïne des Dardenne, Petit Chaperon rouge orphelin aux prises avec tous les (grands méchants) loups du capitalisme, luttait, physiquement et moralement, dans la grisaille générale de sa B...

L'Empire de la tristesse : Notes sur les films pornographiques

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Pourquoi s’intéresser à la pornographie filmée ? Parce qu’elle pose des questions essentielles sur le regard, le désir, le corps et le cinéma. Malgré la pauvreté récurrente de ses propres réponses, elle ne mérite, assurément, ni apologie ni mépris, encore moins condamnation : elle nous regarde , dans les deux sens du mot, alors osons un peu la regarder.    La pornographie interroge le cinéphile autant que l’antimatière le physicien. Le cinéma pornographique s’affirme comme anti-cinéma. De toutes ces images émane une étrange tristesse, même si des sourires, feints ou sincères, affleurent, et des rires parfois. Voici un cinéma qui se veut jouissif mais ne s’avère jamais jubilatoire, comme retenu par un impératif catégorique de double tension, physique et psychologique. Il faut non seulement bander et mouiller (avec l’aide de lubrifiants, souvent) mais encore revêtir un masque d’impassibilité, d’absence à soi et au monde – quand même il se réduirait à u...