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Affichage des articles associés au libellé André Hunebelle

La Petite Illusion

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  Exils # 123 (29/08/2025) À défaut d’autre chose, Pauline Kael possédait la capacité de pondre des pages et des pages pour vomir sur Eastwood, déféquer sur Kubrick. Rassurons le lecteur : il ne lui faudra les trois heures du film et de sa vie avant d’avoir un avis à propos du Comte de Monte-Cristo (de La Patellière & Delaporte, 2024). É clairée comme une publicité, musiquée au kilomètre par un zélateur de Zimmer, filmée tel un téléfilm, calibrée Canal+, W9 et M6 coproductrices, cette vraie-fausse fresque à la finesse éléphantesque, au succès critique, économique, même ici, au terme de la séance gratuite et tardive, le public applaudit, donne donc un repas méta, presque à la Pialat, manie la métonymie. É mule méditerranéen du dramaturge Hamlet, l’hôte se moque de ses convives avides, leur fout la frousse à coup de « fantôme » et d’« infanticide », d’un coup sur la table apprécié de la salle, occupée au complet. Danglars idem se régale, qualifie le...

Tea for tous

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  Exils # 48 (29/08/2024) Boucle bouclée colorée, charte graphique affichée : rouge des images d’archives, vert du cockpit britannique de l’intro en studio, rouge des planeurs de la sœur, vert des montagnes qui désarment de l’épilogue idem en vol ; rouge du costume méphistophélique, vert de la peinture à l’ouverture ; rouge des fleurs de comique malheur, vert de la couronne ornée d’une croix gammée ; rouge de la jupe de scène raccourcie en appât de piégeuse péripatéticienne, vert d’un canal souterrain sous le métropolitain exploré plus tôt par Leroux & Hugo ; rouge et vert des portes d’hôtel aux numéros trompeurs, au duo de ronfleurs. Alternance + permanence = cohérence, dynamique métronomique du thème du tandem , doublé, dédoublé, redoublé, deux compatriotes, deux moustachus, deux officiers à défigurer, à faire s’étouffer, un soldat qui voit double, deux dames secourables, deux zones à la gomme, deux compositeurs couverts d’honneurs (Auric & B...

Détour mortel

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  Un métrage, une image : Sur un arbre perché (1971) « Galéjade gauchiste », comme l’affirme Fernand Sardou déguisé en gendarme presque de Saint-Tropez, tandis que Panisse sirote son anis à Cassis ? Davantage un ouvrage à l’insuccès relatif prévisible, compréhensible, ordonner de ne bouger à un acteur classé comique, a fortiori de Funès, revient à le priver d’une partie de ses possibilités. Le corps corseté, sommé de s’immobiliser, la fuite en fringues fait long feu, plus tard l’arbre prend feu, machiavélisme de l’ ex -mari militaire, à cigare, silencieux et patibulaire, se débarrasse aussi de ses besoins, à peine si l’eau pour pare-brise passe pour de la masculine et partagée urine. Commencé à la TV, petit précis d’hypocrisie aussitôt démenti, puis générique pop un peu psychédélique, en écho à L’Homme orchestre (Korber, 1970), l’ opus pareillement expérimental de l’auteur des Feux de la Chandeleur (1972) dépeint l’emprise du second écran, sa capacité i...

Pacte avec un tueur

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  Un métrage, une image : Le Combat dans l’île (1962) Il convient de l’avouer : on s’attendait en sourdine à la matrice de L’Insoumis (Cavalier, 1964), mais ici l’Algérie, indépendante depuis, deux mois avant la sortie, n’apparaît que pendant une réplique, l’extrême droite à l’épithète se limite, l’OAS reste en retrait, société secrète de chasseurs menteurs, sinon amateurs. On sent vite que tout ceci, à l’instar de l’auvergnate zone libre, à maréchal infernal, des réfugiés d’Argentine, naturellement allemands, du pedigree colonial de l’instructeur dénonciateur, n’intéresse Cavalier qu’en surface, lui-même mis en abyme, en reflet fugace, sur la glace d’une DS plus funèbre que celle de Fantômas (Hunebelle, 1964). À l’instar de Irréversible (Noé, 2002), au passage (souterrain, utérin) autre triangle d’enfance, de désespérance, Le Combat dans l’île documente d’abord, d’accord, l’évidente, émouvante, complicité d’un couple pas seulement, ensuite, de ciné, Romy Schneid...

Elles n’oublient jamais

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  Un métrage, une image : Les Grands Moyens (1976) Merci Jackie Placés d’office sous le signe d’un art funéraire, les films se transforment fissa en cimetières. Celui-ci, de saison, ne fait exception, puisqu’il s’agit du dernier par le méconnu Cornfield tourné, interprété par Fernand Sardou itou, en sus musiqué par de Roubaix. Avant de plonger pour ne plus remonter, François donna de la voix, le bucolique Dans les bois devient l’ironique Vendetta , en écho à Nicoletta accompagnée de Lai, requiem au soleil dédié aux Hommes (Vigne, 1973) amis et ennemis, du Milieu et insulaires aussi. Ici, les fifilles dociles cueillent des fleurs, on les écarte illico de la scène obscène d’un crime en famille, triple assassinat de paradis niçois. Flinguer un flic, l’épouse, le père, même en automobile immaculée, ralenti compris, ne peut rapporter rien de bien, déclenche une mécanique qui ne flanche, massacre programmé dont les péripéties, la durée, s’unissent à celles, drolatiques, modé...

Folies de femmes

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  Un métrage, une image : Forfaiture (1937) De l’hommage à l’outrage, peu d’espace, les vandales le savent, L’Herbier dut s’en douter, ne sut résister à la tentation de remaker l’ouvrage révéré, à l’origine de sa vocation. Mais l’exotisme et l’érotisme du co-scénariste Hector Turnbull, d’ailleurs producteur non crédité de Cœurs brûlés (Sternberg, 1930), le sado-masochisme à la mode DeMille ( Forfaiture , 1915), apparaissaient auparavant, dès L’Argent (1928), d’après Zola, oui-da. Vingt-deux ans plus tard, pas de hasard, voici le temps du cinéma dit parlant, dépaysant, car colonial, voire colonialiste, au racisme assumé, même déminé. Escorté de l’exilé Companéez ( Casque d’or , Jacques Becker, 1952), du cinéphile Auriol, d’un futur fidèle d’Ophuls, nommons donc Natanson ( La Ronde , 1950, Le Plaisir , 1951, Lola Montès , 1955) ; assisté des fidèles Ève Francis & André Cerf ; flanqué de l’éclairé Schüfftan ( Drôle de drame , Carné, 1937) ; financé par...

Dangereusement vôtre : Rémy et le Réel

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  En mémoire de Rémy Julienne (1930-2021) et en adieu à Nathalie Delon (1941-2021)... Transporteur puis pilote, champion récompensé en sus de cascadeur adoubé par Bond & Disney, (anti-)héros malgré lui d’un dramatique et judiciaire feuilleton dû à une dispensable (pléonasme) production Besson ( Taxi 2 , Krawczyk, 2000), désormais décédé des suites de la pénible pandémie, deuil discret, moins médiatique que celui de son mentor Gil Delamare, Rémy Julienne sut exercer ses « scientifiques » et savants talents pendant plus de quarante ans, sa filmographie conséquente, débutée via Fantômas (Hunebelle, 1964), associant cinéma estampillé populaire, classé d’auteur, d’ici et d’Italie ou d’ailleurs. Ainsi Rémy se mit au service, souvent complice, de Gérard Oury ( La Grande Vadrouille , 1966) & Jacques Besnard ( Le Grand Restaurant , idem ), de Jean Girault ( Les Grandes Vacances , 1967) & Georges Lautner ( Le Pacha , 1968), de Peter Collinson ( L’or se barr...

Le Bar du téléphone

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  Un métrage, une image : La Belle Affaire (1973) Merci à Jacqueline Waechter « Vous avez devant les yeux la pire misère du monde : être muet de naissance, pour un Marseillais… » – co-écrit par Robert Thomas, le dramaturge de 8 femmes (Ozon, 2002), lui-même auteur d’un diptyque a priori exotique, voire horrifique ( Mon curé chez les nudistes , 1982 + Mon curé chez les Thaïlandaises , 1983), dialogué par Jean Halain, collaborateur régulier de Hunebelle, musiqué par l’estimable Gérard Calvi, La Belle Affaire s’avère une comédie de gangsters garnie assez réussie, pas trop rassie, servie par le réalisateur en définitive peu prolifique ni épuisant du Grand Restaurant (1966). Dégagé le gourmet de Funès, bye-bye à la bruyante grisaille des avions et des environs de la capitale, notre couple en déroute de cafetiers déprimés, pas si désargentés, sans tarder vend son brinquebalant établissement et dans le midi pas en taxi (à la sauce Besson) descend. À Marseille, la...

Terreur à l’opéra

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  Un métrage, une image : La Malédiction de Belphégor (1967) Merci à Jacqueline Waechter « Il tape fort, Monsieur Belphégor ! » : la petite production paupérisée espérait probablement profiter du plébiscite de Belphégor ou le Fantôme du Louvre , fameux feuilleton diffusé sur l’ORTF en 1965 – elle fit toutefois un flop et son scénariste/réalisateur, déjà responsable de l’ a priori redoutable Raspoutine (1954), idem item franco-italien, Pierre Brasseur embarrassé en parasite du tsar, agité en rances transparences, s’en retourna fissa financer une flopée de films X, aux titres très drolatiques et very seventies . Aussi résistant et exploitant, il signe ainsi un croisement du Fantôme de l’Opéra dû jadis à Leroux, mémorable roman musical et romantique, dont les multiples adaptations cinématographiques se dispensent souvent de souligner la dimension humoristique, à l’exception du sarcastique De Palma ( Phantom of the Paradise , 1974), de Fantômas (Hunebel...

Fantômas : Un pays qui se tient sage

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  Adieu au sérieux, bienvenu au malvenu… …la Déesse est d’abord un nouveau Nautilus. Roland Barthes, La nouvelle Citroën , Mythologies , 1957 De plus, il n’y a pas d’histoire apolitique. La politique se glisse toujours dans les histoires. Christian Petzold, entretien du dossier de presse de son Ondine (2020) Un demi-siècle divise Fantômas (1913) et Fantômas (1964), cependant deux productions Gaumont ; une guerre, en partie française, les agrège, « Grande » ou « sans nom ». (Louis) Feuillade affichait sa frontalité (de proscenium ), sa profondeur (de champ), sa fatalité (de fuite), pour un polar de (peine) capitale, de couperet pirandellien, premier opus d’un serial plébiscité, surtout par les surréalistes. André Hunebelle, « un vieux monsieur délicieusement courtois et bien élevé », dixit , sur son site , la mimi Mylène (Demongeot), armé de son fidèle tandem de scénaristes, dont son propre fils, le dialoguiste Jean Halain, à ne pa...

Le Grand Restaurant : Soul Kitchen

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Mets réchauffé ? Plat sympa… Si Charlie Chaplin, à l’occasion du précurseur (courageux) Dictateur (1940), portraiturait un Adolf Hitler dédoublé, solitaire, destiné à perdre (la raison, un ballon), in extremis rédimé, au moins sous les traits de son imitateur (voire l’inverse) sémite, via un discours à l’humanisme lacrymal, Louis de Funès, dirigeant Le Grand Restaurant (Jacques Besnard, 1966), donne dans le bref, le modeste, le souvenir, le rire (vingt-et-un ans) après le pire. Ce projet personnel, pensé, repensé, retardé, concrétisé grâce à son statut de star , accessoirement co-écrit par les soins du principal intéressé, outre une satire (assez) savoureuse des mœurs d’un établissement gastronomique, en sus d’une méditation en action(s) sur la démission (présidentielle), constitue, en tout cas durant une scène (de recette) célèbre, une sorte d’avant-goût de La Grande Vadrouille (Gérard Oury, 1966), comédie révisionniste sortie dans la foulée, la même année, vouée a...