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Affichage des articles associés au libellé Horreur

Le Genre d’Angela

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  Exils # 180 (16/03/2026) Fameux pour son final, Massacre au camp d’été (1983) commence par une série de panoramiques fantomatiques, visite livide du lieu de l’intitulé, en septembre et à vendre. Le prologue au soleil introduit un accident d’adolescents, ski nautique fatidique, cadavre à la dérive sur le lac déjà sépulcral, gilet de sauvetage fissa renfloué à la surface, sinistre indice d’enfant défunt. Le survivant s’agitant demeure dos tourné, silhouette non identifiée. « Huit ans après », une tante médecin mais à demi démente fournit un faux certificat à son fils et à sa nièce. Voici donc Angela, calme gamine au mutisme traumatique, à dévisager la chipie de la chambrée, in extremis promise à subir le supplice d’un fer à friser enfoncé style Les Valseuses (1974), atrocité à oreiller, mur d’ombres portées. Avant cette vengeance vicieuse, à ravir le rêveur ou tueur sadique de Bret Easton Ellis, ces vacances s’apparentent à un petit martyre, pourtant pas autant sangl...

Élémentaire, ma chère Watson

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  Exils # 150 (15/12/2025) L’ambiguïté de Rosemary’s Baby (Polanski, 1968) ? Le dolorisme de L’Emprise (Furie, 1982) ? La chronologie de Lucky (Kermani, 2021) ? Périmètre mortel (Red, 2008) s’en moque à la truelle, malmène Famke Janssen qui se démène, se souvient de Verhoeven ( Hollow Man : L’Homme sans ombre , 2000), l’invisible devient visible via le sang de l’amant, violence virtuose, payer de sa vie le prix d’une nuit d’humide défi, logique symbolique empreinte de puritanisme. Si le synopsis se résume à ceci : une ex -détenue homicide affronte à domicile le fantôme d’un flic, la scène de ménage ne ménage ses dommages et mérite quelques lignes à demi laudatives. Nanti d’un titre d’origine programmatique ( 100 Feet ), assez bien adapté en français, ce survival marital, au final infernal, demeure en flammes, telle jadis la chaufferie du Freddy des Griffes de la nuit (Craven, 1984), naturalise le fantastique, n’en fait une affaire de subjectivité f...

De la mort des marionnettes

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  Exils # 145 (26/11/2025) Conte d’éducation méta et mental, Stopmotion (Morgan, 2023) doit beaucoup de sa séduction à une excellente actrice nommée Aisling Franciosi, déjà au générique de la série britannique The Fall . À l’instar de Sissy Spacek chez Brian De Palma ( Carrie , 1976) et Angela Bettis chez Lucky McKee ( May , 2002), la jeune femme (em)porte le film sur ses épaules fortes et fragiles, de la stroboscopie du prologue, amitiés à Noé, où son visage en rythme se déforme, sorte de sorcière multicolore, à la malle du final, coda d’au-delà, au silence d’enfance. Sa mère moins douce qu’amère, pas trop aphone, sa mimine (ré)animée au smartphone , à l’hosto alitée l’avertissait : une fois le spectacle terminé, voici les marionnettes rangées, inanimées, abandonnées. « Emmêlée dans ses fils » de fille sans « voix » ni voie (de secours) à soi, Ella vit sa folie jusqu’à la lie, comme jadis Catherine Deneuve chez Roman Polanski ( Répulsion , 1965), elle ...

Mon ennemi Pierrot

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  Exils # 89 (27/02/2025) Film inoffensif au financement participatif, à l’aspect pasteurisé des produits netflixés, Terrifier (Leone, 2016) ne terrifie le cinéphile amateur de cinéma dit d’horreur. Doté du prénom du petit démon de La Malédiction (Donner, 1976), du nom de lion d’un cinéaste célèbre pas seulement pour ses westerns , le type a priori sympathique, si l’on lit ses dires dans Mad Movies , conclue sa clownerie gory avec une dédicace d’occase : « In memory of » Wes Craven, George A. Romero, Tobe Hooper, sacro-sainte trinité de l’imagerie concernée. Hélas, ce troisième essai potache et qui tache ne possède une seconde l’intensité, la radicalité, l’originalité des Griffes de la nuit (1984), La Nuit des morts-vivants (1968), Massacre à la tronçonneuse (1974), items séminaux ensuite déclinés ou décimés à satiété, selon le succès que l’on sait. Toutefois Terrifier semble lui aussi se transformer fissa en franchise , puisqu’il s’agit déjà d’une lucrat...

J’irai cracher sur vos ombres

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  Exils # 88 (26/02/2025) Le générique fait gémir mais pas de plaisir, car surdécoupé, points de vue démultipliés, mention spéciale à la plongée depuis l’arbre, à vitesse réelle et au ralenti, escorté d’un « thème » vocal symboliste et sucré. Un cycliste binoclard y lit, ne s’y égare, traverse des rues de banlieue résidentielle aussi entretenues que celles, davantage anxiogènes, de Halloween (Carpenter, 1978). Tout autant indépendant, beaucoup moins gagnant, sur tous les plans, Horror High (Stouffer, 1974) ressemble un brin à un Carrie (De Palma, 1976) au masculin, on mate des torses d’hommes, on échappe à leur douche, ouf, on les voit se moquer d’un maternel orphelin au père lointain, bien sûr à une relecture transposée, paupérisée, de l’increvable L’ É trange Cas du docteur Jekyll et de Monsieur Hyde , auquel la projection d’introduction fait d’ailleurs référence de séance, classe calme dévoilée en travelling arrière. Plus tard, Roger l’enfoiré se fichera du sci...

Jessica au commissariat

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  Exils # 83 (18/02/2025) Secte + fliquette = œuvrette ? Un peu, pas que, car Jessica Sula incarne Jessica Holden, voire l’inverse. Il faut à nouveau signifier aux féministes que le cinéma classé horrifique, y compris le slasher , qui rend vénères d’américaines universitaires, ne se caractérise par sa misogynie, au contraire d’une multitude de titres mainstream , ne parlons pas de la presse dite féminine. Malum (DiBlasi, 2023) le démontre à sa modeste manière, dépeint en indépendant le portrait d’une policière à bout de nerfs, portée volontaire pour occuper la permanence en soirée d’un poste plus qu’à moitié désaffecté. Autrefois, voilà un an déjà, son papa y tira en pleine tête sur deux collègues au stand de tir, avant de faire fissa sauter la sienne, a priori sous emprise maléfique. Des images d’archives de médiocre qualité documentaient en effet un groupe d’entourloupe porté sur le sacrifice en forêt, pas que de poulet, à Stomy Bugsy mélenchonistes amitiés. Il ne suff...

Il faut qu’on parle de Kevin

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  Exils # 82 (17/02/2025) Selon cette seconde version – je ne reparle de la première, relisez-moi ou pas – d’un « souvenir gênant de l’espace », dixit la réplique du chef des scientifiques et méchant de service, Noir du soir à la barbe blanche, personnage à présent « malaisant », un changement majeur modifie la perspective, en partie piqué au Piranhas (1978) de Sayles & Dante : exit la météorite, place à l’ artefact . Si de jeunes gens incarnent encore de grands adolescents ; si l’ensemble se déroule toujours sur fond de « guerre froide » et de menace mélasse à refroidir, au propre et au figuré ; si la « foi » et la confiance font à nouveau la force, il ne s’agit plus ici de xénophobie fifties , mais d’une manipulation de masse fictive et prophétique. Les hommes en blanc, soi-disant bienveillants, démasqués, menaçants, autant que les militaires d’hier, d’ E.T., l’extra-terrestre (Spielberg, 1982) ou Starman (Carpent...

La Camisole et l’Exode

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  Exils # 81 (13/02/2025) Le même matériau d’origine – La Famille du Vourdalak d’un cousin de Tolstoï – mais pas le même film : La Nuit des diables (Ferroni, 1972) ne décalque le sketch central des Trois Visages de la peur (Bava, 1963). Adios Karloff tendre et féroce, exit le gothique romantique, à ravir et rassurer les amateurs de la Hammer, fi d’une direction de la photographie remarquable et reconnaissable. Nous voici désormais dans les années soixante-dix, décennie de « crise » pas seulement économique, d’audace et de désastre, de doute et de déroute, de « films de fesses » et de MLF, de terrorisme pas encore qualifié d’islamiste. Le caro Mario s’activa vite, opéra fissa sa transformation stylistique, avec le séminal et cynique La Baie sanglante (1971), matrice pas si apocryphe du slasher US et aussi modèle de misanthropie. Le collègue Giorgio mit plus longtemps, douze ans, avant de délaisser la beauté, la singularité, du renommé, du réussi, L...

L’Eau et l’Électricité

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  Exils # 78 (30/01/2025) La prison suprême ? L’esprit, surtout surnaturel. Telle pourrait être en résumé la morale de ce métrage que Monsieur Darmanin devrait visionner. En attendant le huis clos de narcos, voici le Wyoming State Penitentiary, bâtiment abandonné, nouvel avatar de la bonne vieille maison hantée. Après un prologue en POV, en vérité souvenir cauchemardé, exécution d’électrocution, suivi d’une conversation de commission sous tension, ériger un établissement vraiment pertinent prendrait trop de temps et d’argent, les prisonniers rappliquent en autocars et un tandem de rebelles termine à l’humide mitard. Au cœur des écroués, le jeunot et déjà beau Viggo (Mortensen, who else? ), que tout le monde remarque, que « tous les mecs matent », a fortiori le directeur directif, voire expéditif, au sommeil solitaire très tourmenté. Quitte à occuper une épave, illico retapée par les principaux intéressés, autant la confier à un professionnel (r)éprouvé, sen...

Devine qui vient damner

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  Exils # 57 (21/10/2024) « La caméra ne ment pas » : il faut avoir foi dans le cinéma afin de proférer pareil aphorisme, a priori risible lorsque l’on songe aux mille et un mensonges des images animées depuis bientôt cent trente années, sur grand puis petit écran. Sans doute sans le savoir, cela renvoie vers Godard, le fameux acte de foi du Petit Soldat (1963) : « La photographie c’est la vérité. Et le cinéma c’est vingt-quatre fois la vérité par seconde. » Mais nul mépris ici, ni d’une commerciale imagerie, ni du public mis en abyme. Cette surprise sympathique à succès critique, acclamée par Stephen King & Kevin Smith, délaisse à d’autres la satire politique ( Network , Lumet, 1976) ou nostalgique ( Ginger et Fred , Fellini, 1986) et le thriller métaphysique ( Vidéodrome , Cronenberg, 1983). Plus cathodique que catholique, Late Night with the Devil (Cameron & Colin Cairnes, 2024) retravaille le motif des archives maudites, en particul...

Têtes de pioche

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  Un métrage, une image : Le Récupérateur de cadavres (1945) Film horrifique ? Tandem de totems ? Stevenson selon Lewton ? Mélodrame domestique et marxiste, qui fait se confronter, s’affronter, l’idéalisme et le cynisme, le sentimentalisme et le pragmatisme. Au sortir d’une Seconde Guerre mondiale elle-même odieuse et généreuse en accumulés cadavres, notre trentenaire Robert, troisième essai à durée limitée, met en images, loin du moindre enfantillage, un conte pas con adapté de façon (in)fidèle par Philip MacDonald ( La Fiancée de Frankenstein , Whale, 1935 ou Rebecca , Hitchcock, 1940), corrigé, donc corédigé, sous pseudonyme selon le producteur majeur. Aimablement musiqué par Roy Webb ( La Féline , Tourneur, 1942), doctement éclairé par le DP Robert De Grasse ( L’Étrangleur , Wellman, 1943), servi via un casting choral impeccable, The Body Snatcher s’ouvre sur une street singer , à la complainte écossaise à vous crever le cœur, vingt avant La Mélo...

MaXXXine

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  Un métrage, une image : Antrum (2018) La tente, l’attente, une forêt, des affolés, un opus posthume ou présumé « mortel » : moins malin que le tandem américain Myrick & Sánchez, le canadien Amito & Laicini séduit à demi. Plus méconnu, aussi indie , que le fameux et inoffensif Projet Blair Witch (1999), Antrum (re)connaît ses classiques, s’amorce selon un montage des ouvrages de Christensen, De Liguoro & Padovan, Méliès, démonologues du muet via votre serviteur ailleurs miroités. Encadré d’un documenteur dispensable et un peu racoleur, marketing malhabile muni d’une philosophie riquiqui sur le pouvoir mouroir de la peur, Antrum se met ainsi en abyme, associe sorcellerie et survie, trivial et fatal. S’il se situe au sein malsain du ciné spécialisé des seventies , en possède en partie le radical réalisme, l’essai réussi à moitié s’autorise à être réflexif, à carburer à la consolation et à la catharsis. Le conte pas con fait illico écho à Cu...

Devil Inside

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  Un métrage, une image : The Exorcism of God (2022) Ainsi depuis, plus je ne suis celui qui agit, mais le péché qui demeure en moi. Romains 7 :17   S’il cite le film de Friedkin le temps d’un plan indeed iconique, en reprend la paire d’experts, développe l’épilogue, contamination d’occasion, sacrifice bis , le métrage d’hommage et d’outrage s’exile de L’Exorciste (1973), aura trauma , possède, terme en contexte, une sorte de baroque espagnol, se situe au sein forcément et férocement malsain du désir, propice au pire. Il propose une réflexion en action, plus rosse que morose, au sujet de la pseudo-sainteté, qui bien sûr carbure à la culpabilité, élément essentiel de la religion chrétienne. Non démunie d’ironie, la démonstration des délicieux méfaits du démon s’achève au Vatican, où le relou père Peter, dépossédé de sa bonté, pas de sa désormais mauvaise foi, transfuge « héritier » d’une Terre d’âmes en peine peuplée, s’en va poser la première pierre d’...