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Affichage des articles associés au libellé Christian-Jaque

Un cœur qui bat

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Un métrage, une image : Les Visiteurs du soir (1942) Si la littérature médiévale, surtout celle de Chrétien de Troyes, regorge d’allégories, christiques ou sarcastiques, Renart se marre, le fameux film de Carné ne se préoccupe d’Occupation ni de Résistance, lecture historique assez risible, a fortiori lorsque l’on songe aux fréquentations hors de saison d’Arletty. Davantage redevable au Roman de la Rose de Lorris & Meung qu’aux Très Riches Heures du duc de Berry , influence graphique avouée, bien (di)gérée, il s’agit à l’origine d’un scénario original coécrit par Prévert & Laroche, partenaire professionnel et personnel de Jacqueline Audry ( Olivia , 1951), ensuite d’un conte à succès, critique, économique, œcuménique, éclairé/décoré avec brio, musiqué de la même manière par Maurice Thiriet, le compositeur du contemporain La Nuit fantastique (L’Herbier, 1942) ou Fanfan la Tulipe (Christian-Jaque, 1952), au casting choral impeccable, un brin bressonien, y compris pa...

Bastille Day

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  Un métrage, une image : Le Chevalier à la rose rouge (1966) Si le hasard ne saurait exister, surtout au ciné, s’il n’existe en substance que des correspondances, plus ou moins pertinentes, la prise de conscience sociale de Rose rosse per Angelica précède celle de Uomini contro (Rosi, 1970). On connaissait le cavalier coloré de Richard Strauss, homonyme allemand ( Der Rosenkavalier ) ; on se souvient bien sûr aussi du guère révolutionnaire La Tulipe noire (Christian-Jaque, 1964), déjà adaptation davantage qu’infidèle d’Alexandre Dumas, déjà coproduction européenne en costumes entre l’Espagne, la France et l’Italie. Ici, la communiste Raffaella Carrà ( La Longue Nuit de 43 , Vancini, 1960) se substitue à Virna Lisi, voui, tandis que Jacques Perrin, parce qu’il le valait bien, remplace donc le dédoublé Alain Delon. Plus politique que Fanfan la Tulipe (Christian-Jaque, 1952), Le Chevalier à la rose rouge décrit en définitive non la « fin du monde » ma...

Sept ans de réflexion

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  Un métrage, une image : Fanfan la Tulipe (1952) Véhicule de vedette(s), bibelot obsolète ? Que nenni, mes amis, car Christian-Jaque compose chaque plan, ne perd de temps, semble boosté via la vitalité sans faille du célèbre interprète principal. Ici, au sein de cette association sudiste, ça ne sent le studio, en dépit de la post -synchro, de l’absence évidente de son classé direct. Même si Gina Lollobrigida parle notre langue sans posséder sa propre voix, la caméra mobile capture et immortalise sa douce sensualité, à l’instar de celle des ombres et du soleil d’été, d’une nature dépourvue d’imposture, de décors qui ne dénotent la mort. Photographié avec doigté par le fidèle et souvent inspiré DP Christian Matras, alors collaborateur d’Audry ( Olivia , 1951) & Ophuls ( Le Plaisir , 1952), incarné par un casting choral impeccable, mentions spéciales à l’aristocrate Geneviève Page, au toujours vert Noël Roquevert,  Fanfan la Tulipe ne cesse de séduire, de faire s...

Tout s’est bien passé

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  Un métrage, une image : Sursis pour un vivant (1959) Le dramaturge à succès ne sait « lu et approuvé » en bas du contrat faustien à fond correctement orthographier, comme le fait remarquer, amusé, à l’alité, à l’hospitalisé, au vrai-faux et en auto suicidé, un émissaire mystère dénommé Thanatos, non pas appellation « de guerre », plutôt « de paix », bien sûr éternelle, d’euthanasie jolie, située en montagne, au milieu des edelweiss, quelle grâce, une pensée pour l’homonyme morceau de La Mélodie du bonheur (Robert Wise, 1965), mon salaud. Sur place, en télébenne, pas de problème, l’anti-héros, curieux, incrédule, rencontre les autres pensionnaires illico , précédés par un chauffeur et serviteur dit de couleur, occasion de répliques presque drolatiques impossibles à prononcer ni à caser au creux de notre moralisée modernité, pseudo-cannibalisme en prime. Un « tireur d’élite » dirige la boutique, check le chèque, accomplit les p...

Chaînes conjugales

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  Un métrage, une image : Adorables créatures (1952) En découvrant en version restaurée ce divertissement d’un autre temps, on sourit et on rit souvent, à l’instar de son anti-héros guère miso, même un peu miro, « doudou Dédé » séducteur idéaliste dessinateur de soutifs façon Sueurs froides (Alfred Hitchcock, 1958), mec « moyen » auquel Daniel Gélin sait aussi accorder avec subtilité sa mélancolie au masculin. Co-écrit par Jacques Companéez, le scénariste du contemporain Casque d’or (Jacques Becker, 1952), d’accord, Adorables créatures aux dialogues de Charles Spaak carbure, par conséquent leur constante ironie ne possède l’acidité d’un Jeanson, le chaos d’un Clouzot ; on s’amuse plus que l’on ne se moque, on ne cède au cynisme ni ne succombe à l’anecdote. Précédé d’un prologue surprenant et pertinent, tant pis pour la « script-girl » qui dut tirer la gueule, muni d’un « commentaire » que déclame le malin Claude Dauphin, voix...

Carol

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  Un métrage, une image : Nana (1955) Il conviendrait un jour de réévaluer le parcours pas si drôle de Martine Carol. Parallèle au plus méta et renommé Lola Montès (Max Ophuls, 1955), Nana (Christian-Jaque, 1955) lui sert bien sûr de véhicule, dévide davantage. Son cinéaste de mari la glorifie et finit par l’étrangler, CQFD, les psys apprécient, les féministes s’attristent. Traduction infidèle – plus de gosse ni de vérole, plus de saphisme ni de défiguration – du moralisateur Émile, abandon assumé des prétentions pseudo-scientifiques du naturalisme, ce Nana -là s’avère vite une réussite, de chaque plan et instant. Avec des costumes et des décors ad hoc , un casting choral irréprochable, croisement stimulant de nationalités associées, puisque co-production franco-italienne à l’ancienne, il carbure à la cocotte pas sotte, « femme d’argent » aux friqués amants, il s’occupe de politique et d’économique, de krach et de cravache. Comédiennes, prostituées, les fille...

Le Beau Serge

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  Un métrage, une image : La Faute de l’abbé Mouret (1970) Mouret mourait, Albine le ranime : l’abbé amnésique, serviteur cadavérique, convalescent désarmant, découvre les délices d’un jardin évidemment édénique, verse sa sève au sein si saint de sa nouvelle Ève ; (sur)veille hélas le dégueulasse Archangias, mauvais archange in extremis châtié de manière ad hoc à la van Gogh. Co-adapté par Jean Ferry, collaborateur de Clouzot & Christian-Jaque, aussi scénariste du vampirique Les Lèvres rouges (Kümel, 1971), éclairé par le fidèle DP Marcel Fradetal, musiqué par Jean Wiener, Zola au cinéma cette fois ressemble à ça, à un conte défait de fanatisme provençal. Premier film en couleurs de Franju, ici assisté de Bernard Queysanne, La Faute de l’abbé Mouret s’ouvre sur une scène de sexe champêtre et comporte deux poitrines topless , nous voici bel et bien sur le seuil des explicites seventies . Mais comme le contemporain David Lean de La Fille de Ryan (1970),...

Les Enfants d’Abraham

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  En mémoire de Robert Hossein (1927-2020)… Beau balafré de ciné, bien longtemps avant le Tony Montana de Brian De Palma ( Scarface , 1983), Robert Hossein, en tout cas au cinéma, traversa le mélodramatique Maya (Bernard, 1949), l’incertain Les Petits Matins (Audry, 1962), le maboule Chair de poule (Duvivier, 1963), s’amouracha de Michèle Mercier pendant une plaisante et populaire pentalogie jolie, évidemment commencée par Angélique, Marquise des anges (Borderie, 1964), la retrouva décostumée via l’heuristique La Seconde Vérité (Christian-Jaque, 1964), croisa Le Casse (Verneuil, 1971), son chemin molto morriconien, s’afficha en (faux) frère du familial et dépressif Un officier de police sans importance (Larriaga, 1973), emmerda Belmondo (et sa dame et son hélico) pour Le Professionnel (Lautner, 1981), alors rebaptisé Rosen, remarquez la contraction de ses nom + prénom de scène, s’immisça entre le médiocre tandem de Lévy et Goliath (Oury, 1987), avant d’investir l’esti...

La Classe volante : Génération perdue

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Kurt Hoffmann. Un teuton La Guerre des boutons (Robert, 1962) ? Un codicille aux Disparus de Saint-Agil (Christian-Jaque, 1938) ? Affirmons un film sortilège, en forme de boule à neige, sans mausolée isolé, ni « bouton de rose » morose ( Citizen Kane , Welles, 1941). Jadis scénariste de l’imaginaire, durant la guerre ( Les Aventures fantastiques du baron Münchhausen , von Báky, 1943), le littéraire Kästner se met en scène, en abyme, prologue campagnard, sous le cagnard, épilogue pirandellien, à orphelin serein, compris, oh oui. La Classe volante (Hoffmann, 1954) bénéficie, à l’évidence, du savoir-faire de la cinématographie germanique, évitons l’énumération des noms, pourtant impeccables équipes « artistique », technique. Cet item moral, choral, cristallise, en effet, une « tradition de la qualité », au même moment moquée en France, comme il faut, par Truffaut. De maniè...