Articles

Affichage des articles associés au libellé René Clément

La Petite Illusion

Image
  Exils # 123 (29/08/2025) À défaut d’autre chose, Pauline Kael possédait la capacité de pondre des pages et des pages pour vomir sur Eastwood, déféquer sur Kubrick. Rassurons le lecteur : il ne lui faudra les trois heures du film et de sa vie avant d’avoir un avis à propos du Comte de Monte-Cristo (de La Patellière & Delaporte, 2024). É clairée comme une publicité, musiquée au kilomètre par un zélateur de Zimmer, filmée tel un téléfilm, calibrée Canal+, W9 et M6 coproductrices, cette vraie-fausse fresque à la finesse éléphantesque, au succès critique, économique, même ici, au terme de la séance gratuite et tardive, le public applaudit, donne donc un repas méta, presque à la Pialat, manie la métonymie. É mule méditerranéen du dramaturge Hamlet, l’hôte se moque de ses convives avides, leur fout la frousse à coup de « fantôme » et d’« infanticide », d’un coup sur la table apprécié de la salle, occupée au complet. Danglars idem se régale, qualifie le...

Zone d’intérêts

Image
  Exils # 115 (02/07/2025) Jeux interdits (Clément, 1952) en Slovénie ? L’aimable mélodrame martial possède son propre charme et l’on songe davantage à une seconde vallée, celle de James Clavell. Dans La Vallée perdue ( The Last Valley , 1971), flanqués de Florinda Bolkan, Michael Caine & Omar Sharif partageaient un répit relatif, parmi un précédent conflit ; dans La Vallée de la paix (Štiglic, 1956), un duo de gosses s’enfuit vers un improbable paradis, petite vadrouille où ça dérouille, avec un aviateur américain, protecteur et proie, pour « partisans » et pour soldats. L’ opus picaresque et modeste va vite, le voyage aux paysages en diagonale un brin Bergman pratique les bien nommés travellings . Linéaire plus qu’austère, les yeux mouillés mais jamais niais, le métrage d’un autre âge mérite quelques lignes d’hommage, ne fait perdre son temps au spectateur, ne fait de chantage à son cœur. Le prologue urbain, aux bombardements alliés destructeurs ...

Gens de Dublin

Image
  Un métrage, une image : La Jeune Folle (1952) À Jacqueline Waechter, à l’écart de la guerre En surface, La Jeune folle se soucie d’Irlande, d’indépendance, de Républicains, de destin. À ce niveau-là, ça ne fonctionne pas, jamais on y croit, la fameuse suspension of disbelief sur tout ceci glisse. Idem en situation de délocalisation, le Minnelli de Madame Bovary (1949), autre portrait d’une féminité fiévreuse et très tourmentée, durement dessillée, convainquait davantage, au-delà du langage, puisque du cinéaste la sensibilité idéaliste et lucide ressemblait à celle de l’héroïne, faisant du pari impossible, de l’adaptation a priori à la con, un modèle de fidélité infidèle, en outre un autoportrait porté par une actrice assez sublime, souvent intense, Selznick ne me critique, nommée Jennifer Jones. En subjective vérité, Yves Allégret décrit un second pays, et cela séduit, réussit : en écho à l’incontournable Corbeau (1943) du guère collabo Clouzot, La Jeune Folle...

Vices et Caprices

Image
  Un métrage, une image : Villa Caprice (2020) Stora assista Melville, mais jamais il ne lui « arrivera à la cheville », surtout pas via ce téléfilm anémique, aux production values estivales, les « déconfinés » en raffolent. Vrai-faux remake du duel idem venimeux et à moitié homo de  Plein soleil (Clément, 1960), Villa Caprice carbure donc à la malice, aux multiples machinations à la con. Déguisé en thriller judiciaire, il s’agit d’un mélodrame au masculin, parce que le vaut bien l’avocat « diva », amateur de Mozart, avide de voile, aux honoraires « obscènes », au « paternel, dabe, daron » reclus, simple huissier « un vieillard aigri et borné » devenu, qui fait aboyer Fort Boyard , qui ne supporte le cigare, en plus sa « gardeuse » de « négresse » empeste ! Comme il le confie à sa collègue, aristocratique Claude Perron, durant le décès du pénible papounet hors-champ, il vécut...

Così fan tutte

Image
  Un métrage, une image : La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil (1970) Samantha Eggar s’égare, Stéphane Audran descend son amant, Oliver Reed déprime : l’ultime film de Litvak s’avère un road movie dédoublé, inversé, où deux dames dissemblables prennent la même (auto)route de déroute. Trois années après l’enquête et l’obscurité de La Nuit des généraux (1967), le cinéaste cosmopolite s’aère au soleil, fait s’affronter le couple de compatriotes de Chromosome 3 (Cronenberg, 1979). Au terme d’une première décennie, sur le seuil d’une seconde, l’ opus pépère, pas une seconde révolutionnaire, daté, d’époque, cf. son générique psyché, pop , affiche un filigrane féministe, puisque Dany & Anita agissent, sévissent, puisque Michel & Philippe réagissent, subissent. L’impuissance de l’épilogue peut frustrer une certaine masculinité, mais le deus ex machina des bulletins de salaire similaires impose la primauté du supposé « deuxième sexe » et développe l...

La Nuit fantastique : Irène

Image
  Conte d’accords, surimpressions de saison… Si je pouvais me réveiller à ses côtés Si je savais où la trouver Donnez-moi l’espoir Prêtez-moi un soir Une nuit juste pour elle et moi Et demain matin elle s’en ira Il était une fois, J’ai encore rêvé d’elle Un Peter Ibbetson (Hathaway, 1935) sous l’Occupation ? Une réplique réaliste aux médiévaux Visiteurs du soir (Carné, 1942) ? Une fable affable, sur le courage cru onirique ? Un peu (de) tout cela à la fois, oui-da. Par Jeanson, non crédité, dialogué, tourné en plein froid, ça se voit, on se réchauffe en musique, cf. le flamboyant générique, amputé d’un quart d’heure, honte au distributeur, adoubé par Bazin, La Nuit fantastique (L’Herbier, 1942) son exhumation numérique mérite. Après L’Homme du large (1920), El Dorado (1921), L’Inhumaine (1924), beau trio en mode muet, moi-(re)lisez, SVP, le cinéaste s’illustre à nouveau, avec un étudiant parisien, pas praguois, en philo, l’histoire à dormir de...

Gervaise : Parasite

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de René Clément. Fracassés par Truffaut puis réhabilités par Tavernier, Aurenche & Bost zozotent Zola. Ce résumé pasteurisé, récompensé, d’un Assommoir à scandale, à succès, mériterait d’être « voué aux gémonies », puisque représentatif du « cinéma de papa », exemplaire de la fausse fidélité, de l’exécrable « qualité », des produits désincarnés, « bourgeois », de ce temps-là ? Pourquoi pas, position pleine de « passion », de « parti pris », admettait lui-même, in extremis d’un fameux article, le pas encore apôtre de Hitchcock, point de vue acceptable, discutable, pourtant incomplet, cependant insuffisant, qui renforcerait les faiblesses de Gervaise (René Clément, 1956), affaiblirait ses forces. Notre tandem de scénariste/dialoguiste assez stakhanoviste signera aussi, en simultané, La Traversée de Paris (Autant-Lara) + Notre-Dame de Paris (De...

Une femme disparaît : Trains étroitement surveillés

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Alfred Hitchcock. Hitch et les trains, histoire ancienne, on s’en souvient, puisque le fils de grossiste, selon Spoto, s’auto-récitait des itinéraires ferroviaires. Inutile de revenir ici sur ce motif méta, déjà traité par votre serviteur. Fastidieux aussi de développer les correspondances, vocable adéquat, de Une femme disparaît (1938) avec L’Ombre d’un doute (1943), L’Inconnu du Nord-Express (1951), La Mort aux trousses (1959), trilogie sur rails, ses échos avec Rebecca (1940), La Corde (1948), Le Rideau déchiré (1966), cf. la baronne arrogante, la malle mortelle, la rouste à trois, voilà, voilà. Plus amusant, à défaut de pertinent, n’omettons pas de remémorer que Vanessa Redgrave imitera son papa Michael selon Mission impossible (1996), De Palma dut s’en délecter. Sinon, le film cartographie une utopie cosmopolite, une patrie polyglotte qui n’existe pas, toute ressemblance avec l’Allemagne nazie ...

Valmont : Un instantané de Maurice Ronet

Image
L’énigme limpide d’un moqueur majeur. À Jacqueline Waechter Je me souviens de Maurice Ronet, pas vous ? Je me souviens de son visage, de sa voix, de ses films de cinéma. Je me souviens de lui à l’instar des seventies qui ne cessent de revenir. À défaut de rédiger une biographie, entreprise fastidieuse, souvent stérile, même si j’apprécie les travaux de Donald Spoto, portraitiste inspiré, polémique, d’Alfred Hitchcock & Marilyn Monroe, faisons les comptes, en bon littéraire : la filmographie s’étend sur une trentaine d’années, de 1949 à 1983. Elle comprend une petite centaine de titres pour le grand écran, une douzaine pour la TV + sept opus en tant que réalisateur. Peintre, céramiste, étudiant en philosophie, en physique, comédien, musicien, essayiste réflexif, documentariste exotique et accessoirement mari de Maria Pacôme puis Josephine Chaplin, Maurice Ronet ne perdit pas de temps, comme s’il savait le sien davantage compté que celui d’autrui. On le disai...