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Affichage des articles associés au libellé Samuel Fuller

Une (en)vie d’aventure

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  Exils # 175 (03/03/2026) Secte et sacrifices : le script du Secret de la pyramide (Levinson, 1985) recycle en partie celui d’ Indiana Jones et le Temple maudit (Spielberg, 1984). « Présenté » par le précité, mis en scène par un professionnel impersonnel, Rain Man (1988) de mélodrame, Young Sherlock Holmes décrit l’adolescence du détective et « l’aventure d’une vie ». Spéculation affectueuse et hommage admiratif, cf. le carton de conclusion, avec l’aval d’une descendante de Doyle, cette évocation de pure et respectueuse (ré)invention ne revisite le mythe à la manière douce-amère de Wilder ( La Vie privée de Sherlock Holmes , 1970) ou Eberhardt ( Élémentaire, mon cher... Lock Holmes , 1988), préfère l’action à la réflexion, donc à la déduction, ne succombe au psychologisme freudien, en dépit d’un double conflit œdipien, ne sonde à la Nolan un (super-)héros au bout du rouleau. Seize ans avant les Harry Potter produits par la Warner et encore écrits p...

Barfly

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  Un métrage, une image : Le Poison (1945) Et je bois Dès que j’ai des loisirs Pour être saoul pour ne plus voir ma gueule Je bois Sans y prendre plaisir Pour pas me dire qu’il faudrait en finir Boris Vian Renommé, récompensé, The Lost Weekend dialogue à distance, dès le premier plan, d’un escalier dévalé le temps, avec un autre conte de dédoublement, au bestiaire mortifère – Psychose (Hitchcock, 1960), évidemment. En le redécouvrant en DVD, on peut aussi songer à La Maison du docteur Edwardes (Hitchcock, 1945), à L’Homme au bras d’or (Preminger, 1955), à Shock Corridor (Fuller, 1963), au Cercle rouge (Melville, 1970), à Shining (Kubrick, 1980), au Festin nu (Cronenberg, 1991). Au carrefour du « film noir », « fantastique », sinon « horrifique », chauve-souris à la Lugosi, pas encore d’Asie, incluse, de l’étude de mœurs, du portrait intérieur, Le Poison carbure donc à l’accoutumance, à la clémence, à l’impuissance,...

The Ward

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  Un métrage, une image : Behind Locked Doors (1948) La matrice apocryphe de Shock Corridor (Fuller, 1963) ? Pas d’accord, car le cinéaste et les scénaristes, dont le Martin Wald de La Cité sans voiles (Dassin, 1948) et Outrage (Lupino, 1950), ne se soucient de sociologie, d’insanité généralisée. Les cinéphiles gay  friendly souligneront, nous nous en doutons, la dimension homoérotique de la masculine clinique, possible présage des célèbres westerns portés par Scott & consorts. Nonobstant, Boetticher aborde ce script symbolique, à base d’apparences trompeuses et judicieuses, avec style, le transcende ainsi. Le couple d’occasion s’épousera pour de bon, le juge injuste, faux malade, vrai coupable, passera du cabanon à la prison, la célébrité, la récompense, se verront vite supplantées par la sincérité de la romance, le renversement du motif poussif de la « demoiselle en détresse » : le privé paupérisé, assommé, devra sa (sur)vie, son sauve...

Les Fantômes de Hurlevent : La Maison des mille morts

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  Marguerite antique ? Traité d’actualité… Antonio Margheriti s’auto-remake en couleurs, sa caméra mobile, comme envahie par l’ivresse, en véhicule la vitesse. Film méconnu, mal aimé, y compris par le principal intéressé, bien sûr comparé au précédent, à son détriment, Danse macabre (1964), Les Fantômes de Hurlevent (1971) possède, pourtant, plusieurs arguments, en sa faveur de frayeur. Il s’agit, en résumé, d’un item méta, d’une mise en abyme de l’imagerie, d’un huis clos claustro de sperme, de sang, où discerner un Bal des maudits (Edward Dmytryk, 1958), où découvrir un Bal des vampires (Roman Polanski, 1967). Romancier meurtrier bientôt chez Dario Argento ( Ténèbres , 1982), déjà au centre (de la toile) d’un titre « animalier », en témoigne l’arachnéen étau de l‘intitulé en VO, à savoir Nella stretta morsa del ragno , tradition datée de la décennie en Italie, l’intense et souriant Anthony Franciosa veut papoter en compagnie de Poe, caméo alcoolique, ...

Les Rescapés : Dog Soldiers

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Enfants privés de parents, bergers forcément allemands, opus assez plaisant… Les cinéphiles savent depuis Europa (Lars von Trier, 1991) que le terme « loup-garou » désigne, aussi, certains nazis. Dans Les Rescapés (Adrian Panek, 2018), baptisé Werewolf à l’international et Wilkołak à domicile, on n’aperçoit pourtant aucune créature lycanthrope, on se contente d’accompagner un groupe de gamins, survivants résilients du récent démantèlement des camps. Abritée au fond d’une forêt, désormais occupants désarmants, désarmés, d’un manoir sans eau ni électricité, la meute de marmots va devoir affronter l’assaut d’une seconde, tout autant affamée, assoiffée, en sus « dressée pour tuer », salut à Sam (Fuller), de préférence les porteurs d’uniformes rayés, tandis qu’à proximité se terre, au sein d’un bunker à la Hitler, un sinistre déserteur, à son tour prisonnier de la peur, tandis qu’un soldat de Staline, of course alcoolisé, succombe à son instinct sexuel mal...

The Last Movie : Kill the Gringo

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Dennis Hopper. Franchement, il faudrait se ficher du making-of , en laisser la chronique du chaotique anecdotique au concierge Biskind, afin d’apprécier ce film restauré, ressuscité, en tant que tel, c’est-à-dire comme un creuset cohérent, où s’entrechoquent, en pertinent patchwork , des échos de Accattone (Pier Paolo Pasolini, 1961), Au-dessous du volcan (John Huston, 1984), Fitzcarraldo (Werner Herzog, 1982), Husbands (John Cassavetes, 1970), Pat Garrett et Billy le Kid + Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia (Sam Peckinpah, 1973-1974), Prenez garde à la sainte putain (Fassbinder, 1971), sans oublier, bien sûr, des correspondances ponctuelles, personnelles, avec Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979), The Blackout (Abel Ferrara, 1997) ou Easy Rider (Denis Hopper, 1969). Le co-scénariste Stewart Stern, par ailleurs auteur des scripts de La Fureur de vivre (Nicholas Ray, 1955) et Le Vilain Améric...

Femmes en prison : Les Invisibles

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Portée d’infâmes ? Portraits de femmes… En plus de procurer le plaisir un peu pervers d’apprécier la dear Ida Lupino en salope pénitentiaire, pur rôle de composition, sinon de dénonciation, à nouveau accompagnée de son Howard Duff adoré, couple au carré, cf. Jennifer (Newton, 1953), Women’s Prison (1955) permet de découvrir un vrai réalisateur, en l’occurrence le sieur Lewis Seiler, prolifique pour amnésique. Co-écrit par Crane Wilbur & Jack DeWitt ( Un homme nommé cheval , Silverstein, 1970), monté par Henry Batista ( Ouragan sur le Caine , Dmytryk, 1954), produit par le spécialiste de la série classée B Bryan Foy, alors embauché à la Columbia, ce métrage méconnu s’avère une réelle réussite, qui anticipe, certes en moins politique, le sarcastique Shock Corridor (1963) de Samuel Fuller, autre sommet désargenté, d’insanité institutionnalisée. Exit le journaliste au jeu dangereux, bienvenue à la conductrice infanticide ; comme le futur conte de la folie sans B...

Un rickshaw à Mumbai : Le Triporteur

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Le compteur tourne, le tueur se retourne… When I’m ridin’ round the world And I’m doin’ this and I’m signing that And I’m tryin’ to make some girl Who tells me baby better come back later next week Cause you see I’m on losing streak Mick Jagger Sorte de C’est arrivé près de chez vous (Belvaux, Bonzel, Poelvoorde, 1992) délocalisé en Inde, Un rickshaw à Mumbai (Mittal, 2016) se souvient aussi de Cannibal Holocaust (Deodato, 1980), cependant les pauvres se substituent aux « peuplades », l’économique à l’ethnographique. Le spectateur, surtout occidental, sait par conséquent à quoi s’attendre, devine de loin la fin, a contrario des trois zozos derrière et parfois devant la caméra, censés réaliser un documentaire sur la misère, en réalité vite excités à l’idée de vendre leur snuff movie joli, imprévu, aux médias avides. « Les journalistes sont tous des salauds » affirme la deuxième victime masculine, sodomite adepte du shit , client récalc...

Chez les fous : Shock Corridor

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Fou de guerres à l’étranger ? Gare aux folies des Français… À Antonin Artaud, Marseillais marteau ou momo Je lui dis : Si vous n’êtes pas fou, pourquoi restez-vous dans une ville où tout le monde l’est ? Il me dit : Parce que j’y gagne un argent fou ! C ’ est moi le banquier ! Raymond Devos Hunter Thompson n’inventa pas le journalisme gonzo , vade retro , sous-genre sous-développé du porno, et Albert Londres n’attendit pas le personnage imprudent du film fiévreux de Samuel Fuller, sorti en 1963, de la novélisation simultanée sous son nom, pour s’investir in situ . Pour « porter la plume dans la plaie », précepte personnel indispensable, transposable, le reporter s’exporte puis rapporte, importe son « point de vue documenté », à la Vigo, animé par une similaire colère, tamisé par un humour en rime. Paru en 1925, Chez les fous ne se déroule pas à Nice, en Guyane, en Italie, en Russie, en Asie, en Afrique encore coloniale, en Palestine...