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Affichage des articles associés au libellé Lana Del Rey

Game (to redisc)over

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  Exils # 151 (16/12/2025) Redécouvrir WarGames (Badham, 1983) en 2025 finissante, sinon inquiétante, possède un certain piquant et démontre deux choses : 1) John Hughes dut le voir avant de réfléchir à l’hédoniste effronté de La Folle Journée de Ferris Bueller (1986) ; 2) en dépit d’un catalogue – j’allais écrire arsenal, terme très connoté – technologique déjà dépassé, le conte moral conserve son actualité. La bataille finale de tartes à la crème (coupée au montage, dommage) de Kubrick & Southern ( Docteur Folamour ou : comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe , 1964) ? L’ordinateur placide et néanmoins homicide de Clarke & Kubrick ( 2001, l’Odyssée de l’espace , 1968) ? Le cinéaste et les scénaristes ne s’en soucient, délaissent au tandem d’illustres ancêtres la satire en situation et l’ironie d’anticipation. Ils s’intéressent au « réel », au jeu sérieux, à ce qui les différencient, cf. l’épiphanie collective de...

Vertigo Days : Strange Days

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  Adoucir les mœurs ? Créer du bonheur… Pour Patrick Strange days have found us Strange days have tracked us down They’re going to destroy Our casual joys We shall go on playing or find a new town […] Strange days have found us And through their strange hours We linger alone Bodies confused Memories misused As we run from the day To a strange night of stone Jim Morrison, Strange Days Une amie mélancolie, grande et allemande, traverse en vérité la   valeureuse traversée de ces vertigineuses journées : dès 1967, les Doors annonçaient le décès de l’époque utopique par un titre distordu et fatidique ; en 2021, les frères Acher des Notwist diagnostiquent une glaciation intérieure, quel malheur, cherchent à (s’)échapper à eux-mêmes, sinon à ce qui les suit, une pensée pour It Follows (David Robert Mitchell, 2014), préoccupés d’un spectre, sans doute celui, enfui, de notre autonomie, physique et psychique, une pensée pour Le Fantôme de la li...

Blue Banisters : L.A. Woman

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  Lizzy & Stefani ? Femmes fréquentables, amicales et admirables… L’automne vous assomme ? Le monde vous incommode ? La vie vous ennuie ? Revoilà Lana, artiste stakhanoviste, à disque délice, a fortiori autobiographique. J’annote, ad hoc , de Lady Gaga la dernière galette, encore en tandem avec Tony Bennett , autre chanteuse valeureuse, New-Yorkaise à l’aise, passée à l’Ouest ; je désire écrire quelques lignes, à peine dissipée la chimique, alchimique, fumée de Chemtrails over the Country Club , édité au mois de mai. Infidèle à Antonoff, Mademoiselle Del Rey se remémore Ennio Morricone, pas conne, plutôt en mode Leone ( Le Bon, La Brute et le Truand , 1966). De face sur CD, flanquée de ses clebs Tex & Mex, merde au politiquement correct de communauté, à ses représentants autoproclamés, dégoûtés par la pochette suspecte, pas assez dotée de diversité, de l’ opus précédent, tu m’en diras tant, adossée à sa balustrade en bois bientôt bleue, green...

Titanic Rising : Nathalie

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  Miroir du drame ? Dame au miroir… Il avait un joli nom mon guide Gilbert Bécaud Votre serviteur la découvrit en coda du Chemtrails over the Country Club de Lana (Del Rey, olé), reprise du For Free de Joni (Mitchell, ma belle), revisité à trois voix, voilà Zella (Day, eh ouais). Deux ans avant paraissait un opus acclamé à juste titre, au titre antithétique explicite. Voix virtuose, lyrics au cordeau, mélodies remarquables, arrangements stimulants : Titanic Rising se caractérise par ses qualités, sa singularité, ses correspondances avec le passé. On peut certes ainsi (re)penser à Miss Mitchell, à la très chère Karen Carpenter, à Brian Eno & Brian Wilson, cependant ce disque exquis, plein, épuré, dix pistes d’une quarantaine de minutes de calme tumulte, possède sa propre personnalité, ne ressemble en réalité miroitée, pas augmentée, qu’à sa svelte interprète, l’auteur, compositrice, réalisatrice Natalie Mering, alias Weyes Blood. Wise blood de wise gir...

Chantons sous la pluie + Orange mécanique : La Joie et l’Effroi

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  Globes lumineux, danseur fiévreux, acteur improvisateur, propagande de la peur…   Une femme raccompagnée à sa porte, une autre qui hésite à ouvrir la sienne : on passe ainsi d’une première décennie à une seconde, on délaisse la douceur, on adoube l’immonde, à la rhétorique hollywoodienne se substitue celle kubrickienne. Mais il s’agit aussi, là et ici, de cinéma méta, d’un art (se) réfléchissant sur soi, d’un rappel (silencieux) puis d’un rapport (sexuel) à la loi. D’un Stanley (Donen) au suivant (Kubrick), la comédie nostalgique cède sa place à la dystopie drolatique, la grâce de Gene Kelly disparaît devant la disgrâce de Malcolm McDowell, une nuit éclairée s’efface face à l’intérieur d’une maison aux miroirs et aux murs immaculés, à l’instar du costume d’Alex, tant pis pour le gris de Don. Cependant la caméra chorégraphie en écho, presque en stéréo, des trombes d’eau en studio, un domestique chaos, saisit l’allégresse de deux hommes lestes, figure la climatique tran...

Chemtrails over the Country Club : Comme un avion sans aile

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  Traces aériennes, transe sereine… Revoilà la cara Lana où l’on ne l’attend pas, délocalisée du côté ad hoc de la folk , reprise comprise du For Free joli de Joni (Mitchell) et en beau trio, car Zella Day & Weyes Blood s’y collent. Escortée de son compositeur et producteur préféré, le point rosse Jack Antonoff, Mademoiselle Del Rey signe une réussite située au sein du sillage de Born to Die , Ultraviolence , Honeymoon , Lust for Life et Norman Fucking Rockwell! . La chanteuse chaleureuse, audacieuse, malicieuse, sait à l’instar de Lynch & Minnelli, clin d’œil inclus au titre d’origine de La Vie passionnée de Vincent van Gogh (1956), ou alors du Cronenberg rockwellesque de Dead Zone (1983), que le royaume d’Amérique nordiste possède aussi quelque chose de pourri, que le « rêve américain » dissimule et produit un cauchemar malsain, « climatisé » à la Miller, coloré à la Sirk. Les onze titres de Chemtrails over the Country Club , appréciez l’al...

Pop Paradjanov

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  Katie & Stefani, Sergueï & Tarsem… Deux chanteuses valeureuses, deux clips inventifs, un même hommage pourvu de dépoussiérage, à un cinéaste assez insaisissable : (re)voilà Katie Melua & Lady Gaga, femmes fréquentables et artistes cinéphiles, très bien inspirées par la poésie du pionnier Paradjanov, c’est-à-dire, en définitive, en partie par celle d’une troisième consœur du classé « deuxième sexe », à savoir une muse mutique et magnétique nommée Sofiko Tchiaoureli, l’actrice transgenre et polyvalente de La Couleur de la grenade (1969). Si Ketevan ne se voit, donne à entendre sa voix, Mademoiselle Germanotta se met en scène et se souvient aussi d’une certaine Frida. Si Katie partage avec Sofiko la Géorgie, Stefani en tandem avec Tarsem ( The Cell , 2000 ou The Fall , 2006) frise la folie, l’increvable Le Magicien d’Oz (Fleming, 1939) relit ou revit, au passage déjà revisité par le sieur Singh durant les dix épisodes de sa série Emerald City (on ...

Edith, en chemin vers son rêve : Je sais où je vais

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Sheila, Shula, un réchaud, du réchauffé… Assez anecdotique, très touristique, Edie (Simon Hunter, 2017) néanmoins ne manque de mérite : durant ses meilleurs moments, ce métrage trop sage transforme le visage en paysage, en parallèle duquel ceux de l’Écosse, plutôt somptueux, paraissent pâlir, sinon s’abolir. Je me permets, aussitôt, de renvoyer le lecteur vers ma prose à propos de la face parfois fascinante, à la fois immense et intime sur grand écran. À notre époque et son ciné largement dominés par un jeunisme cynique, intéressé, il faut un certain courage pour s’autoriser de tels gros plans désarmants, presque malaisants. Je ne vois pas, actuellement, d’équivalent à une telle ivresse des rides, à une pareille proximité avec un passé incarné, au propre, au figuré. Les traits altiers de l’impeccable et francophone Sheila Hancock, elle-même veuve du regretté John Thaw ( Inspecteur Morse mémorable, mélomane, thanks for this information , Shulamith), récompensée comédienn...

La Princesse endormie : Beau-père

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Autobiographie d’une automate ? Victoire d’une vaincue et beauté d’une cabossée.   Restons en Tchéquie, les amis. En découvrant avec ravissement, bien réveillé, La Princesse endormie (1990), on pensait à Sleeping Beauty d’Anne Rice, tant pis pour Perrault & Grimm. D’une femme forte, pléonasme empirique, à l’autre, puisque Kyōko Kishida signe le scénario du conte délocalisé, quasiment méconnaissable et bel exemple de co-production entre l’Europe et le Japon, comme un écho décalé, moins écolo, au Dersou Ouzala (1975) de Kurosawa, alors en visite en Russie asiatique. L’actrice de La Femme des sables (Teshigahara, 1964) semble se souvenir de son argument, le renverser à ses dépens : plus de professeur prisonnier d’une plage, d’un mariage arrangé, enlisé, mais une adolescente maudite dès la naissance par l’amoureux délaissé, blessé, moralement et physiquement, de sa maman devenue reine malgré elle. Notre doubleuse et auteur pour la jeunesse nippone ne s’arrêt...