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Affichage des articles associés au libellé Rainer Werner Fassbinder

Eux deux

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  Exils # 163 (29/01/2026) Trois années après l’essai à succès de Marie-France Hirigoyen, Philippe Le Guay se soucie à son tour de « harcèlement moral » et de « violence perverse au quotidien ». Vingt ans plus tard, il livrera le dispensable L’Homme de la cave (2021), autre film de conflit à l’architecture symbolique, cette fois-ci sur fond d’antisémitisme et de conspirationnisme. Dédié à son papounet, tourné en partie in situ , c’est-à-dire dans l’usine Saint-Gobain à Chalon, établissement bien sûr remercié au générique, Trois huit (2001) ressemble à un mélange de La Meilleure Façon de marcher (Miller, 1976) et Ressources humaines (Cantet, 1999), avec un doigt du Droit du plus fort (Fassbinder, 1975), un zeste du Voleur de bicyclette (De Sica, 1948), De manière explicite, Pierre commence donc à travailler de nuit, va devoir découvrir une double et redoutable obscurité, la sienne et surtout celle d’autrui. L’ouvrier vite adopté, cuisinier acclamé, becaus...

Cachez ce bassin que je ne saurais revoir

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  Exils # 160 (22/01/2026) André Bazin, un poil (pubien) puritain, tu ne filmeras le sexe et la mort, d’accord, ne parvenait à séparer la nudité (godardienne ou non) de Brigitte Bardot de celle de ses personnages, comme incapable de comprendre qu’au cinéma, y compris pornographique, il s’agit toujours d’images, de représentations (donc de constructions individuelles, culturelles), de points de vue, jamais de chair promise à la poussière, à humer, goûter, toucher en (dans la) réalité. Auto-adaptation (et autofiction) d’occasion, comédie méta, satire poussive, Bad Director (Roelher, 2024) se moque du voyeurisme (hitchcockien ou onaniste), prend acte du cahier des charges de la moderne morale. Déjà responsable ou coupable, suivant le degré d’indulgence de la perspective critique, d’une traduction anecdotique ( Les Particules élémentaires , 2006), d’une évocation invalide ( Goebbels et le Juif Süss : Histoire d’une manipulation , 2010), d’un biopic insipide ( Enfant terrible , 202...

La mariée était en blanc

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  Exils # 93 (19/03/2025)  Mythomane à Mexico ? Bovarysme à l’El Globo ? Luisa débarque de sa campagne, d’un « village » aux « deux mille habitants », dans une « pâtisserie française » se rend, où pour une mendiante on la prend, cependant posthume recommandation de la « tante » du bon patron, veuf avec enfants, aux groom et employées plutôt bien traités. Douée, adoubée, la discrète s’adresse à des personnages en sucre, une petite pièce occupe, dont la fenêtre pauvrette permet au voisinage, trivial outrage, de la mater, de ses manières se moquer, aussi elle quitte ce quartier de concierges, au-dessus de « bureaux » et de « caves » se perche. Sur le toit-terrasse, de colère lasse, on peut apercevoir des enseignes américaines, spectacle nocturne d’un capitalisme qui l’illumine et ne l’importune. Via une variation de la célèbre pantoufle de vair de Cendrillon, elle (se) raconte à ses collègues allègres sa re...

L’Aura de Barbara

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  Exils # 8 (11/12/2023) Faut-il se méfier des surfaces, a fortiori des films ? Davantage on devrait les sonder, discerner les symboles, sillage d’Oscar Wilde, préfacier du pétrifié puis putréfié Portrait de Dorian Gray , céder le sens, l’essence, à leurs obsédés, assermentés à main armée. Au sein du point malsain Dans le bain d’Hector (2019) se dissimule un mutique trésor, dans la baignoire à ne pas voir, hors-champ du ravalement, fi de mythologie, en dépit d’un Grec obsolète, aucun sex toy de traviole, canard de panard aussi canari que la robe jaune de Gena ni gênée ni négligée, ni Davis ni Rowlands, un cuni à Cluny, ça lui dit, gode ou licorne, à elle la couronne, et loin de l’Hadrien mémorisé de Marguerite Yourcenar, voici, parce qu’il le vaut bien, l’Adrien bodybuildé de Jom Roniger. Le trio de travaux, métaphore du court métrage lui-même à moitié work in progress , mastique (mastic du plombier, poncif à pénis des bandes spécialisées supposées à bander, distinguez i...

La Défense Lincoln

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  Humanité de l’automate, prophylaxie du patraque, solitude de la traque… Grand petit roman précis, à base de simulacres, schizophrénie, écrit à la suite de l’historique, uchronique, Le Maître du Haut Château , We Can Build You dut attendre dix ans, avant d’être en volume publié, après passage tripatouillé, parmi Amazing Stories , fameux magazine classé spécialisé. À l’instar de Pris, instable star , étoile aussi noire que ses cheveux, son regard, le texte multiplie les titres, le fondateur The First in Our Family transformé en A. Lincoln, Simulacrum , le définitif doté de l’intitulé français Le Bal des schizos , salut à celui des maudits (Dmytryk, 1958), dont la traduction revient donc à un tandem amène, cinéphilique, Anne & Georges Dutter itou auteurs de moult sous-titres, par exemple pour les opus de Fassbinder & Ferreri, Pollack & Polanski. Si bien sûr il anticipe Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? , dans une moindre mesure Ubik , on songe dav...

Les Tueurs

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              Un métrage, une image : L’Empire du crime (1972)         Il manque vingt minutes à la VF disponible en ligne, ce que l’on visionne, merci à l’amie italophone, séduit, suffit. La mala ordina , c’est-à-dire La Mafia commande , se divise en moitiés minutées : une première d’exposition(s), une seconde d’exécution(s). La séparation, reprise par les titres alternatifs Passeport pour deux tueurs + Manhunt in Milan , survient à l’occasion d’un double féminicide, tandem de dominos provoquant illico la tombée/trépas de presque tous les autres, à l’exception du commanditaire américain, car à l’écart de cette Italian Connection , intitulé calqué sur un succès, idem camé ( French Connection , Friedkin, 1971), aux allures d’imposture(s), sinon d’oraison(s). En bonne logique symbolique et graphique, la multiple poursuite se termine au creux d’une casse automobile, où doit dormir la belle bagnole ...

Society

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  Un métrage, une image : No Place to Hide (1993) Mélodrame méconnu, déguisé en thriller de microsociété à faire peur, renié en tandem par ses deux principaux interprètes, Chute en enfer , intitulé français à fissa refuser, frise assez souvent le risible, néanmoins mérite quelques lignes. Le scénariste/cinéaste Richard Danus vient de la TV, on pouvait vite le deviner, en dépit d’une poignée de plans charriés au steadicam chaloupé. Il signe ici son unique incursion au ciné, donc en compagnie de Kris Kristofferson & Martin Landau, meilleurs ennemis de police complice. Tandis que Drew Barrymore, juvénile encore, incarne une adolescente diariste et endeuillée, soi-disant indécemment (dés)habillée, O. J. Simpson portraiture un ami d’une masse muni, ancien footballeur américain, à la colonne cassée, en fauteuil roulant désormais, sorte de Lazare (re)levé trop tard, blague un brin raciste et mort héroïque en prime. Cramé par la critique, pourvu d’un petit et piètre script , désav...

Tout s’est bien passé

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  Un métrage, une image : Sursis pour un vivant (1959) Le dramaturge à succès ne sait « lu et approuvé » en bas du contrat faustien à fond correctement orthographier, comme le fait remarquer, amusé, à l’alité, à l’hospitalisé, au vrai-faux et en auto suicidé, un émissaire mystère dénommé Thanatos, non pas appellation « de guerre », plutôt « de paix », bien sûr éternelle, d’euthanasie jolie, située en montagne, au milieu des edelweiss, quelle grâce, une pensée pour l’homonyme morceau de La Mélodie du bonheur (Robert Wise, 1965), mon salaud. Sur place, en télébenne, pas de problème, l’anti-héros, curieux, incrédule, rencontre les autres pensionnaires illico , précédés par un chauffeur et serviteur dit de couleur, occasion de répliques presque drolatiques impossibles à prononcer ni à caser au creux de notre moralisée modernité, pseudo-cannibalisme en prime. Un « tireur d’élite » dirige la boutique, check le chèque, accomplit les p...

Vertigo Days : Strange Days

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  Adoucir les mœurs ? Créer du bonheur… Pour Patrick Strange days have found us Strange days have tracked us down They’re going to destroy Our casual joys We shall go on playing or find a new town […] Strange days have found us And through their strange hours We linger alone Bodies confused Memories misused As we run from the day To a strange night of stone Jim Morrison, Strange Days Une amie mélancolie, grande et allemande, traverse en vérité la   valeureuse traversée de ces vertigineuses journées : dès 1967, les Doors annonçaient le décès de l’époque utopique par un titre distordu et fatidique ; en 2021, les frères Acher des Notwist diagnostiquent une glaciation intérieure, quel malheur, cherchent à (s’)échapper à eux-mêmes, sinon à ce qui les suit, une pensée pour It Follows (David Robert Mitchell, 2014), préoccupés d’un spectre, sans doute celui, enfui, de notre autonomie, physique et psychique, une pensée pour Le Fantôme de la li...

Barbet Schroeder, le pire et le meilleur

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  Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur trois titres de l’auteur. More (1969) Pas d’autobiographie à la Pop Iggy ici ( I Need More ), le Floyd s’impose, en musique dite de source, of course . Pour son premier long métrage un peu long, bien de son âge, Schroeder part en voyage, emporte dans ses bagages le script ironique de Paul Gégauff, la plume acide et drôle de Chabrol, aussi le scénariste de Diaboliquement vôtre (Duvivier, 1967) et Frankenstein 90 (Alain Jessua, 1984), lui-même victime d’un homicide commis par sa dame, les misogynes la condamnent, les féministes l’acclament. Quarante-six ans avant le maternel et mémoriel Amnesia (2015), Barbet s’installe à Ibiza, fuit la pluie, passe par Paris, topographie en autarcie un affreux paradis, artificiel, cruel, cerné de seniors nazis. More (1969) par conséquent prend acte du naufrage de la Nouvelle Vague, reflète À bout de souffle (Godard, 1960) en mode hardcore , anticipe le désertique Antonioni à Za...

Le Lien : Bergman Island

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Ingmar Bergman. Leçon de réalisation, de rédaction, d’interprétation, d’utilisation du son, des cloches écoutez la ponctuation à répétition, pas de misérable morale, pas de conduite convenable à deux balles, Le Lien (1971) commence en silence, presque à la Persona (1966), se place sous le signe des alliances dédoublées, dénouées, au propre, au figuré. Début de deuil absolu à la Camus, donc, car mort maternelle liminaire, dommage pour l’affrontement partagé, en reflet, de Sonate d’automne (1978), puisque pleurs à l’écart, dans le noir, auquel succède un marivaudage de jardinage, vaudeville visualisé, à développer, à dévoyer. On y voit le suave von Sydow (re)jouer aux échecs, comme au cœur du Septième Sceau (1957), on y aperçoit déjà le spectre de la Shoah, à l’affiche fissa de L’Œuf du serpent (1977), reptile mural ou mental, Vergerus en sus. Chronique impressionniste ponctuée de Scènes de la vie conjugale ...