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Affichage des articles associés au libellé Mario Caiano

Le Jour des masques

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  Exils # 138 (23/10/2025) Derrière la devanture du titre français façon Lon Chaney se dissimule un divertissement de mise en abyme, explicite intitulé d’origine. Avant d’identifier un film, il servit à désigner une émission de télévision, devint de Gassman le surnom. Moins mélangé, raconté au passé, Il mattatore (Risi, 1960) suit ce succès, Le Pigeon (Monicelli, 1958) paraît prolonger. Mais le système D de la délinquance souriante, tragi-comédie de darwinisme social, se mâtine d’histrionisme, d’un dilemme espiègle. Petit bourgeois très à l’étroit, Gerardo Latini étouffe gentiment chez lui, revoit et revit sa vie, s’émancipe in extremis , vive le volant, merci les complices. En coda colorée, cerise surprise sur le gâteau noir et blanc élégant, il dérobe illico des bijoux britanniques royaux, boucle bouclée pas sans rien de l’interprète shakespearien. L’Homme aux cent visages relie ainsi Pauvres millionnaires (Risi, 1959) et Le Fanfaron (Risi, 1962), dont l’adaptation de tr...

Shanghai Kid

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  Un métrage, une image : Shanghaï Joe (1973) Ce western antiraciste moins humoristique et plus individualiste que celui de Chan et compagnie – Shanghai Noon , Dey, 2000, jeu de mots rigolo décalqué du High Noon , aka Le train sifflera trois fois , de Fred Zinnemann, 1952 – adresse lui-même un clin d’œil d’intitulé italien au contemporain Mon nom est Personne (1973) de Valerii & Leone, cependant il s’agit en définitive d’un film hybride, inspiré à la fois par la célèbre série Kung Fu et les éclats de Peckinpah. Caiano signa aussi Un train pour Durango (1968) et L’Œil du labyrinthe (1972), sur lesquels je ne reviens point, en sus de l’estimable Les Amants d’outre-tombe (1966), avec l’immarcescible Barbara Steele, avant de finir sa filmographie de manière amère, très agitée, au côté de l’incorrigible Klaus Kinski ( Nosferatu à Venise , 1988), ici irrésistible fétichiste de chevelure pas un brin baudelairien. Si la trilogie des Dollars + Il était une fois dans...

Le Fils de Spartacus : Centurion

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  Divertissement régressif ? Parabole pas frivole… Péplum politique, pardon du pléonasme, opus (dé)placé en Égypte, surprise symbolique, Le Fils de Spartacus (Sergio Corbucci, 1962) ne capitalise sur le succès de Kubrick Stanley ( Spartacus , 1960), possède sa sienne personnalité, dialogue avec d’autres. Comme Moïse & Ben-Hur, Randus doit se rendre à l’évidence de ses véritables origines dérangeantes, il doit aussi assumer un messianisme ensablé à la Dune (David Lynch, 1984) et l’épée paternelle, posée sur un mausolée en plein soleil, sur laquelle se termine le film, annonce celle de Conan le Barbare (John Milius, 1982), encore un conte pas con d’émancipation, de dessillement d’antan, d’éveil cruel des consciences enfin au courant, de l’absurde asservissement romain, du bien nommé Thulsa Doom du sinistre venin. Réel réalisateur, l’auteur de Romulus et Rémus (1961), Django (1966), Le Grand Silence (1968) compose chaque plan, manie la double focale à la De Palma,...

Miami Vice

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Un métrage, une image : Deux super-flics (1977)  Pour mon père On sourit assez souvent, estival, indulgent, à ce divertissement, en effet « bon enfant », comme si soudain, de façon impossible, Sur les quais (Elia Kazan, 1954) croisait Scarface (Brian De Palma, 1983). Un chômeur mutique rencontre un « clandestin » charismatique. Les affamés de Floride contredisent fissa que « l’habit ne fait pas le moine », démontrent que l’uniforme fait le (vrai-faux) flic. Bye-bye au braquage du fourgon blindé, a priori rempli du fric du supermarché, vive les délices de la sudiste, sinon raciste, police. On s’en souvient, le Charlie Chaplin du  Kid (1921) affrontait un officier, signature de la nature anarchiste de l’imagerie humoristique. Ici aussi, on devine vite la rive du mélodrame, car notre tandem récalcitrant, faisant tout pour se faire virer, vient in fine en aide à une famille « d’étrangers », terme à relativiser, surtout ...

L’Œil du labyrinthe : La Fille en rouge

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Le jaune de sa jupe, le rouge de sa robe, l’airain de ses seins… Item touristique et tragique, L’Œil du labyrinthe (Mario Caiano, 1972) mélange More (Barbet Schroeder, 1969) à L’Oiseau au plumage de cristal (Dario Argento, 1970). Opus de son époque, sinon de son pays, L’Œil du labyrinthe abonde en panoramiques, en plans à l’épaule, à objectif grand-angulaire, en zooms avant et arrière. Co-production italo-allemande, L’Œil du labyrinthe bénéficie d’un casting choral impeccable, composé par Mesdames Sybil Danning, Elisa Mainardi, Alida Valli et Messieurs Adolfo Celi, Horst Frank, Benjamin Lev, Michael Maien, Franco Ressel ; mention spéciale, bien sûr, à l’éphémère Rosemary Dexter, actrice britannique puis italienne, au destin guère serein, dont le talent et la beauté esquivent l’usure des années, via une valeureuse VOST restaurée. À la suite de deux réussites, dans le « fantastique » ( Les Amants d’outre-tombe , 1965) et le western ( Un train pour Duran...

Les Complices de la dernière chance : Le Transporteur

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Soulever le capot, ouvrir son cœur, rouler plein pot, couler le moteur… Y a que les routes qui sont belles Et peu importe où elles nous mènent Jean-Jacques Goldman Si le terme chef-d’œuvre ne s’avérait pas aussi galvaudé, je l’emploierais volontiers à propos des Complices de la dernière chance (Fleischer, 1971) ; je me limiterai donc à écrire qu’il s’agit d’un grand petit film méconnu, mécompris, d’une leçon de réalisation, d’une réflexion en action(s) sur la solitude, la vieillesse, la famille, la fuite, surtout du temps, ce que souligne le titre original, programmatique, The Last Run . Bien avant The Hit (Frears, 1984), pareillement automobile, hispanique, davantage sardonique, Paris encore en perspective inaccessible, le film du cher Fleischer s’apprécie en polar existentiel, dont la course contre la montre, perdue d’avance, vous le savez, allez, se déroule dans un décor lunaire, s’achève dans un cimetière, puis sur une plage au sable de sarcophage. Scott, ...

Un train pour Durango : Un génie, deux associés, une cloche

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Mario Caiano. On doit ce film futile et habile, docile et gracile, à une belle équipe transalpine : Mario Caiano ( Les Amants d’outre-tombe) rebaptisé William Hawkins réalise, Duccio Tessari ( L’Homme sans mémoire , Zorro + le scénario de Pour une poignée de dollars ) écrit, Enzo Barboni (Les Amants d’outre-tombe bis et Django avant On l’appelle Trinita , Quand faut y aller, faut y aller , celui-ci dirigé sous le pseudonyme d’E.B. Clucher) photographie, Renato Cinquini ( Le Corps et le Fouet ) monte, Riccardo Domenici (encore Le Corps et le Fouet ) décore, Carlo Rustichelli (arrangeur sur Mamma Roma puis Le Corps et le Fouet , ouais, Six femmes pour l’assassin , L’Évangile selon saint Matthieu , Opération peur , Satyricon ) compose tandis que Bianco Manini ( Texas ) produit ; n’oublions pas l’apport narratif de José Gutiérrez Maesso ( Django à gogo), non crédité. Devant la camé...