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Affichage des articles associés au libellé Bernard Queysanne

La Tête d’un homme

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  Un métrage, une image : L’Homme au crâne rasé (1966) Tourné pour la TV, distribué en salles, voici un ouvrage séminal, de la filmo de Delvaux, de celle du pays aussi, rayon fiction. Qui commence sur un mec ensommeillé, un diminutif féminin murmuré, prière peu patibulaire, d’un professeur point profanateur, souvent en sueur, lesté d’une sensibilité trop lourde à supporter. L’odyssée au tiers temps en POV se termine à l’asile, il convient de s’occuper de son jardin, dirait l’autre voltairien, d’accepter une altérité d’identité, en clin d’œil bien rimbaldien. Le cinéaste mélomane adapte donc un romancier cinéphile, signe le texte d’une chansonnette à la Weill & Brecht, la maison de fous projette itou L’Opéra de quat’sous (Pabst, 1931), en sus d’actualités d’actualité, adieu à la culpabilité, au féminicide intempestif, fictif, bienvenue à une forme de salut, d’humilité à cultiver, au propre, au figuré, à fabriquer un familial et immaculé tabouret, dessein divin, soi-même...

Le Beau Serge

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  Un métrage, une image : La Faute de l’abbé Mouret (1970) Mouret mourait, Albine le ranime : l’abbé amnésique, serviteur cadavérique, convalescent désarmant, découvre les délices d’un jardin évidemment édénique, verse sa sève au sein si saint de sa nouvelle Ève ; (sur)veille hélas le dégueulasse Archangias, mauvais archange in extremis châtié de manière ad hoc à la van Gogh. Co-adapté par Jean Ferry, collaborateur de Clouzot & Christian-Jaque, aussi scénariste du vampirique Les Lèvres rouges (Kümel, 1971), éclairé par le fidèle DP Marcel Fradetal, musiqué par Jean Wiener, Zola au cinéma cette fois ressemble à ça, à un conte défait de fanatisme provençal. Premier film en couleurs de Franju, ici assisté de Bernard Queysanne, La Faute de l’abbé Mouret s’ouvre sur une scène de sexe champêtre et comporte deux poitrines topless , nous voici bel et bien sur le seuil des explicites seventies . Mais comme le contemporain David Lean de La Fille de Ryan (1970),...

Jésus de Montréal

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  Un métrage, une image : Le Chat dans le sac (1964) Merci à Jacqueline Waechter « Je vénère Jean Vigo » : et davantage Godard ou le Resnais de Hiroshima mon amour (1959), pour faire court. L’ opus pionnier, in situ récompensé, aujourd’hui disponible en ligne, cinéphilie à domicile, s’éternise durant une heure quinze, au cours de laquelle ça discourt à la truelle, ça se sépare en douce(ur). Barbara & Claude incarnent Claude & Barbara, regardent la caméra, s’unissent au lit, y fument et s’y bousculent aussi. Presque au mitan des années 60, on faisait ainsi du ciné francophone placé sous le signe de la sociologie, situé de l’autre côté enneigé, fatidique, de l’Atlantique. L’histoire du couple en déroute, scruté par Gilles Groux, reflète à sa façon de documentaire distancié, un brin brechtien, maître du dispositif formel et maître (Puntila) au sein du récit, via la division d’une identité, la scission d’une société. Le journaliste désargenté croyait tro...

Pickpocket : I Confess

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Jeanne plus pucelle et   Michel fantôme miroité… En redécouvrant en version restaurée Pickpocket (1959) « de Robert BRESSON », je repensais hier soir au Samouraï (Jean-Pierre Melville, 1967), à La Tête d’un homme (Julien Duvivier, 1933), à Un homme qui dort (Georges Perec & Bernard Queysanne, 1974), à American Gigolo (Paul Schrader, 1980) et à L’Étranger , celui d’Albert Camus, pas celui de Luchino Visconti, sorti en 1967. Dans le sillage de Simenon, Bresson donc en traducteur de Dostoïevski ? Oui et non, puisque pas d’assassinat ici, nul double « féminicide », comme on dit désormais, pas plus de pratique prostituée ni de déportation en Sibérie. Ermite cultivé d’un taudis à Paris, Michel, point un petit saint, ne terrasse pas l’Adversaire d’Emmanuel Carrère, Satan jadis symbolisé en Dragon, il préfère délester de son fric, baptême pragmatique, une spectatrice chic de course hippique. Allégé par la lourde liasse de billets, il se fait tout...

Je t’aime je t’aime : 60 secondes chrono

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On n’en sort pas, on ne s’en sort pas, on devrait toutefois se divertir du dédale létal… L’argument temporel et sentimental de Je t’aime je t’aime (Alain Resnais, 1968) évoque évidement ceux de Sueurs froides (Alfred Hitchcock, 1958) et La Jetée (Chris Marker, 1962), mais rime également avec ceux de Hiroshima mon amour (1959), L’Année dernière à Marienbad (1961), Providence (1977) ou Mon oncle d’Amérique (1980) ; on peut aussi, sinon surtout, penser à Enquête sur une passion (Nicolas Roeg, 1980), certes en moins muséal, trivial. Ce film méconnu, mal-aimé, financé avec difficulté, François Truffaut & Mag Bodard s’y collent, promis à la confidentialité, puisque, appréciez l’ironie, lui-même victime d’un bad timing , titre en VO de l’ item britannique précité, celui du récit en reflet d’un festival cannois annulé, merci au mois de mai, portraiture en effet, en montage démonté, un homme amoureux, peut-être meurtrier, plongé de façon littérale, estivale, dans son...

Un homme qui dort : Le Bel Indifférent

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Une traversée de la neutralité, une odyssée du détachement, un pari d’aujourd’hui…   Tu visionnes à domicile « un film de Georges Perec & Bernard Queysanne ». Tu réécoutes un texte remarquable, lu de manière admirable par Ludmila Mikaël. Tu épouses le parcours de Jacques Spiesser, étudiant démissionnaire, tout sauf suicidaire, en « socio géné », en licence, par ses soins licencié. Solitaire fantomatique, miroité à la Magritte, démultiplié par l’optique, le locataire que tout indiffère plonge en pleine déprime, s’imagine « maître du monde anonyme ». La « mise en scène » du réalisateur s’assimile à une caméra très mobile, ivre de travellings , par conséquent à contre-courant du voyage vers le vide, immobile. De l’espace, donc, des déambulations, mais aussi du son, tu apprécies la bande homonyme de Jean-Pierre Ruh, notamment partenaire d’Éric Rohmer & Roman Polanski, la « musique » de 010, in extremis mélodique. Tu ...

Love : L’Ennui

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Et le désamour se poursuit, dommage, tant pis… On voulait découvrir Love , sinon l’aimer, malgré le vide, astral et fœtal, de Enter the Void , en souvenir du virtuose, violent, drolatique et tendre Irréversible (ici permutation de Bellucci, Nikita au lieu de Monica). En se prenant pour Bertolucci (nocif Innocents ), en délivrant (en 3D), disons, sa dernière Gymnopédie à Paris ( exit Gato Barbieri, Satie à satiété, « classieuse » puis paresseuse), Noé accouche (à Cannes, dans l’indifférence ou l’hostilité générales) d’un long métrage interminable, autarcique, publicitaire, franchouillard, infantile. Bien loin du foin autour de son classement (Fleur Pellerin, éphémère et inculte salariée du Ministère de la Culture, s’émoustilla, s’offusqua), voici une bluette outrageusement simpliste et sentimentale à réserver aux moins de dix-huit ans, à ceux que passionne la dialectique manichéenne sexe et sentiments, digne d’un cours de philosophie en classe de terminale génér...