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Affichage des articles associés au libellé Jacques Robin

Les Yeux ouverts

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  Exils # 19 (07/02/2024) Des notices nécrologiques de diagnostics optiques : si le Ciel existe, l’actrice décédée dut s’en amuser, davantage s’en désoler. Mais ma mémoire, surtout pour un texte à sa mémoire, ne saurait se réduire à un regard (ni au truisme pépère d’une réplique simpliste de Prévert), désire y voir avant tout l’âme d’une femme a priori fréquentable, d’une artiste sous-estimée remarquable. Monica Bellucci le dit aussi, la beauté au fil des films et des décennies vite s’évanouit, à défaut se différencie, il faut presque patienter afin d’être redécouverte, réévaluée. Celle de Michèle Morgan (pseudonyme aux initiales dédoublées, au carré, à la Marilyn Monroe ou Michèle Mercier) n’empêche d’apprécier son talent évident, d’applaudir son indépendance, sa persévérance, de compatir à sa malchance en matière de (mariage) romance, malgré la tendresse offerte in fine par le fidèle Oury, oh oui. Elle refusa des rôles qui pouvaient lui apporter l’absolution, la consécr...

Sept ans de réflexion

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  Un métrage, une image : Fanfan la Tulipe (1952) Véhicule de vedette(s), bibelot obsolète ? Que nenni, mes amis, car Christian-Jaque compose chaque plan, ne perd de temps, semble boosté via la vitalité sans faille du célèbre interprète principal. Ici, au sein de cette association sudiste, ça ne sent le studio, en dépit de la post -synchro, de l’absence évidente de son classé direct. Même si Gina Lollobrigida parle notre langue sans posséder sa propre voix, la caméra mobile capture et immortalise sa douce sensualité, à l’instar de celle des ombres et du soleil d’été, d’une nature dépourvue d’imposture, de décors qui ne dénotent la mort. Photographié avec doigté par le fidèle et souvent inspiré DP Christian Matras, alors collaborateur d’Audry ( Olivia , 1951) & Ophuls ( Le Plaisir , 1952), incarné par un casting choral impeccable, mentions spéciales à l’aristocrate Geneviève Page, au toujours vert Noël Roquevert,  Fanfan la Tulipe ne cesse de séduire, de faire s...

L’Homme aux yeux d’argent : Trintignant, tout le temps

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  Nonagénaire doux-amer, tendre et vénère… À la mémoire de Gaspard On retrouve souvent Trintignant sur mon miroir dérisoire et déterminant, disons donc au détour de Amour (Haneke, 2012), Été violent (Zurlini, 1959), La Femme du dimanche (Comencini, 1975), Les Pas perdus (Robin, 1964), récemment de Club de femmes (Habib, 1956), Trans-Europ-Express (Robbe-Grillet, 1967), Et Dieu… créa la femme (Vadim, 1956), Le Fanfaron (Risi, 1962). La filmographie de Jean-Louis associe ainsi, sur six décennies, la France à l’Italie, la présence à l’absence, le nombre à l’ombre. Il existe un mystère Trintignant, comme l’énigme intime d’un comédien, acteur, homme immanent, distant, d’un survivant au milieu mais en même temps à la marge de son temps, endeuillé doublement, durablement, médiatiquement. Aucun parent ne devrait avoir à enterrer ses enfants, ce que fit Jean-Louis, époux de Nadine, père de Marie & Pauline. Auparavant, son propre paternel passa par les Baumettes, sa mère...

Cavale vitale : Un croquis de Cathy

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  Rebelle ? Rouvel. Fille facile ? Interprète intrépide. Star sudiste ? Soleil à domicile… Actrice et comédienne, on s’en fiche, on discerne, Catherine Rouvel toujours alterne le ciné, la scène. Elle naît à Marseille, moi-même idem , elle ne représente pourtant, via la vie, en l’écran, l’on ne sait quelle Provençale provinciale dépeinte depuis la pseudo-capitale, pas davantage, case d’occase, une égérie régionale. S’il convient de la caractériser, de lui procurer un pedigree , adoptons la tactique de l’onomastique, disons donc qu’elle porte un nom de naissance ad hoc , puisque la belle s’appelle en vérité Vitale, patronyme de mouvement, de tempérament, de non-renoncement. La vitalité de l’intéressante intéressée s’incarne d’abord au creux de son corps, outil à la fois intime et expressif de sa profession d’éphémère ou filmée s(t)imulation. Les courbes d’une juvénile Catherine, vingt printemps d’antan, de tout le temps, convient Renoir à l’inviter au Déjeune...

Le Parrain

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  Un métrage, une image : Les Amis (1971) Lorsque l’adolescent demande à son supposé « parrain » pourquoi il ne part pas, puisque mariage naufrage, l’imprimeur à la plage plutôt qu’à la page parle de « tendresse », de « souvenirs », s’interroge au sujet du sort différent, assorti d’un enfant. Lorsque qu’un accident hors-champ démolit leur amitié, un peu « particulière » à la Peyrefitte, demeure pour le spectateur et pour lui ceci, le film se termine sur une photographie prise par l’on ne sait qui, sinon le cinéaste, objet d’un bonheur aboli. Acteur chez Duvivier, Chabrol, Hawks ou Niermans, Blain décide de passer à quarante ans de l’autre côté de l’écran, raconte avec pudeur et précision un conte d’éducation, jamais à l’imitation de Bresson. En compagnie de son ami Philippe Guérin, Paul Mattei sourit, s’épanouit ; en compagnie de ses amis de Normandie et de Neuilly, il joue la comédie, il découvre la tricherie. Si « sentimen...

Les Pas perdus : Les Infidèles

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Cadeau de Noël ? Miroir d’un soir… Aux filles confinées, pour leur fidélité. Premier (et avant-dernier) opus d’un directeur de la photographie (par exemple Traitement de choc , Alain Jessua, 1973) peu prolifique, Les Pas perdus (Jacques Robin, 1964) émeut en mineur, avatar avéré de Brève rencontre (David Lean, 1945) déplacé à Paris. L’argument remémore évidemment Été violent (Valerio Zurlini, 1959), avec déjà Jean-Louis Trintignant, et Les Chemins de la haute ville (Jack Clayton, idem ), autres récits d’infidélité, de maturité, de parenthèse (dés)enchantée. Éclairé par Claude Lecomte, collaborateur de Michel Deville & Jean-Loup Hubert, monté par Nadine Trintignant, musiqué par le jazzman Jacques Loussier , ce métrage précis, impersonnel, transpose un ouvrage de René Fallet, l’auteur de Un idiot à Paris (Serge Korber, 1967) ou La Soupe aux choux (Jean Girault, 1981), ici dialoguiste déguisé en mutique bistrotier, accessoirement en parolier. Tandis que Jean C...