Articles

Affichage des articles associés au libellé Benjamin Christensen

L’Arroseur à Rosay

Image
  Exils # 141 (18/11/2025)   En dépit d’une note d’intention de bon ton, La Kermesse héroïque (Feyder, 1935) ne succombe au picturalisme, car cette « farce héroï-comique » déclarée fictive, sinon inoffensive, ne manque de mouvement, à la grue notamment. L’auteur de L’Atlantide (1921), Crainquebille (1922), Visages d’enfants (1925) ou du Grand Jeu (1934) certes profite d’une impeccable direction artistique, concoctée par les cadors d’alors, Benda, Meerson, Trauner, Wakéwitch et compagnie, mais jamais ne s’immobilise ni ne s’endort sous le poids des costumes ou du décor. Sept ans avant Les Visiteurs du soir (Carné, 1942), réalisé par son ancien assistant, il raconte un conte de passage et de passé, propice à être (sur)interprété, contexte historique oblige. Retoqué par Korda et la UFA puis produit par la Tobis, ce succès en salles adapte une nouvelle de Spaak, datée d’une huitaine d’années, chèrement et peu cordialement payée, recrée le comté de Flandre du côté...

MaXXXine

Image
  Un métrage, une image : Antrum (2018) La tente, l’attente, une forêt, des affolés, un opus posthume ou présumé « mortel » : moins malin que le tandem américain Myrick & Sánchez, le canadien Amito & Laicini séduit à demi. Plus méconnu, aussi indie , que le fameux et inoffensif Projet Blair Witch (1999), Antrum (re)connaît ses classiques, s’amorce selon un montage des ouvrages de Christensen, De Liguoro & Padovan, Méliès, démonologues du muet via votre serviteur ailleurs miroités. Encadré d’un documenteur dispensable et un peu racoleur, marketing malhabile muni d’une philosophie riquiqui sur le pouvoir mouroir de la peur, Antrum se met ainsi en abyme, associe sorcellerie et survie, trivial et fatal. S’il se situe au sein malsain du ciné spécialisé des seventies , en possède en partie le radical réalisme, l’essai réussi à moitié s’autorise à être réflexif, à carburer à la consolation et à la catharsis. Le conte pas con fait illico écho à Cu...

Affreux, sales et méchants

Image
  Un métrage, une image : L’Enfer (1911) Curiosité à succès, film fidèle, opus pionnier, L’Inferno souffre certes de sa structure sérielle, à l’accumulation cruelle, sorte de catalogue d’atrocités datées, où Dante, en sus du reste, règle ses comptes avec ses propres démons, à savoir un faisceau de Florentins contemporains dépeints en damnés malsains et mesquins. Ce moralisme personnel (im)posé, incrusté au creux de châtiments évidemment élargis, fournis, les neuf cercles, il faut les remplir du pire, n’épargner personne, hormis quelques sommités plus ou moins à la gomme, name-dropping en prime, péchés capitaux requis illico  ; cette constatée limitation de la narration, en définitive mise au service des artifices de la fabulation, des attractions, de leur montage, jusqu’au sein de l’image, résumerait un certain théoricien nommé Eisenstein, le spectacle ne s’avère guère patraque, persiste à exercer son effet, spécial en effet, plus d’un siècle après. Même si les musu...

Ma sorcière bien-aimée

Image
  Un métrage, une image : La Sorcellerie à travers les âges (1922) Peintre pédé pour Dreyer ( Michaël , 1924), Christensen incarne ici le Christ & Satan, annonce surtout La Passion de Jeanne d’Arc (1928), semble aussi se souvenir, à échelle (d’urbain modèle) réduite, de Intolérance (Griffith, 1916), autre conte « historique et culturel », sinon cultuel, découpé en périodes, en épisodes, pas « à suivre », presque. Si le cinéaste de Naissance d’une nation (1915) délaisse le racisme, manie à demi la misogynie, puisque femmes moralisatrices, accusatrices, ruineuses de gréviste, puisque la massacreuse de catholiques Catherine de Médicis, le Danois ne suit ses pas, sa sienne fresque, plus modeste, en dépit d’un budget  suédois estimé élevé, frise le féminisme. Six ans avant les visages bouleversants de Renée Falconetti et ses tourmenteurs de malheur, Häxan , c’est-à-dire la sorcière, amitiés à Michelet, ne démérite pas, loin de là, immortalise les ...