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Affichage des articles associés au libellé Louis Malle

Les Ombres et les Rayons

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  Exils # 193 (29/04/2026) Dans ses mémoires de boire et déboires, « Tony » Hopkins trouvait « anglais » ces récits de ciné, où renoncent les gens de tous les jours, surtout en amour, conformisme clivant, fissa « déchirant ». En ce sens, Guerre et Passion (1979), intitulé français à la Tolstoï, le titre d’origine se limite au topographique, rue du début puis perspective in extremis , se définit film britannique, en sus de la nationalité de l’équipe, du lieu de sa fabrique. Le mélodrame martial évoque davantage Lean intime que le glamour militaire d’ Officier et Gentleman (1982). Mélancolique et pudique, il expédie une scène sexuelle en deux plans point malaisants, comme disent les objecteurs de conscience d’aujourd’hui, torses dissimulés, mains enlacées, durant moins longtemps que le londonien bombardement. Après un prologue de « romcom »,   attaque et contre-attaque de simulacres, se tisse en montage alterné, bombes à larguer, infi...

La propriété, c’est le fol

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  Exils # 51 (23/09/2024) « Mon rôle de voleur le plus célèbre et l’un des plus réussis » résume de manière laconique l’acteur au cours du bel et anecdotique album photo Belmondo par Belmondo , publié par Fayard en 2016. Il développe un peu dans le non vital Mille vies valent mieux qu’une , même éditeur et millésime, dit qu’il « adore » ce « personnage ténébreux et cynique », se dit « agacé » de l’échec économique et critique, affirme que le film se verra « réhabilité » au fil des années. Alors en lutte contre une presse à potins putain (pléonasme), en raison de sa (longue) liaison avec une certaine Ursula Andress, « tigresse ultra-sportive », je cite mais je ne confirme, au passage présente à la première du Malle, le comédien guère acclamé du Conservatoire tourna déjà Cartouche , ne se soucie pas encore de Mesrine (ni de Céline), va bientôt se viander avec Resnais, puisque l’estimable Stavisky , qu’il produit aussi, cons...

La Tête d’un homme

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  Un métrage, une image : L’Homme au crâne rasé (1966) Tourné pour la TV, distribué en salles, voici un ouvrage séminal, de la filmo de Delvaux, de celle du pays aussi, rayon fiction. Qui commence sur un mec ensommeillé, un diminutif féminin murmuré, prière peu patibulaire, d’un professeur point profanateur, souvent en sueur, lesté d’une sensibilité trop lourde à supporter. L’odyssée au tiers temps en POV se termine à l’asile, il convient de s’occuper de son jardin, dirait l’autre voltairien, d’accepter une altérité d’identité, en clin d’œil bien rimbaldien. Le cinéaste mélomane adapte donc un romancier cinéphile, signe le texte d’une chansonnette à la Weill & Brecht, la maison de fous projette itou L’Opéra de quat’sous (Pabst, 1931), en sus d’actualités d’actualité, adieu à la culpabilité, au féminicide intempestif, fictif, bienvenue à une forme de salut, d’humilité à cultiver, au propre, au figuré, à fabriquer un familial et immaculé tabouret, dessein divin, soi-même...

Pacte avec un tueur

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  Un métrage, une image : Le Combat dans l’île (1962) Il convient de l’avouer : on s’attendait en sourdine à la matrice de L’Insoumis (Cavalier, 1964), mais ici l’Algérie, indépendante depuis, deux mois avant la sortie, n’apparaît que pendant une réplique, l’extrême droite à l’épithète se limite, l’OAS reste en retrait, société secrète de chasseurs menteurs, sinon amateurs. On sent vite que tout ceci, à l’instar de l’auvergnate zone libre, à maréchal infernal, des réfugiés d’Argentine, naturellement allemands, du pedigree colonial de l’instructeur dénonciateur, n’intéresse Cavalier qu’en surface, lui-même mis en abyme, en reflet fugace, sur la glace d’une DS plus funèbre que celle de Fantômas (Hunebelle, 1964). À l’instar de Irréversible (Noé, 2002), au passage (souterrain, utérin) autre triangle d’enfance, de désespérance, Le Combat dans l’île documente d’abord, d’accord, l’évidente, émouvante, complicité d’un couple pas seulement, ensuite, de ciné, Romy Schneid...

La Route des Indes

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  Un métrage, une image : Vingt mille lieues sous les mers (1916) Douglas, Lorre, Mason indeed dorment tranquilles, du grand sommeil éternel de leur classique instantané, insubmersible ( Vingt mille lieues sous les mers , Fleischer, 1954), la curiosité, coachée par l’incontournable Carl Laemmle, signée d’un scénariste/réalisateur démuni de renommée, dépourvu de peur, ensuite restaurée par UCLA, s’apprécie cependant en opus pionnier, plaisant, toujours généreux, jamais vieux jeu. Flanqué des frérots Williamson, manieur d’images sous-marines, concepteurs de pieuvre en plastique, chic, escorté du directeur photo Gaudio, du maestro Orlando Perez Rosso, Paton fusionne le roman homonyme et celui de la mystérieuse île, bien après adapté selon l’ item anecdotique mais sympathique d’Enfield (1961), merci aux monstres-merveilles de Harryhausen, à la musique magistrale de Herrmann. Commencé sur un miroir, terminé en humide mouroir, ce Vingt mille lieues sous les mers , surcentenair...

Y tu mamá también

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  Un métrage, une image : Le Cœur à l’envers (1980) À Jacqueline de Castille Co-écrit, ou plutôt commis, par des complices de Claude Chabrol & Roman Polanski, à savoir la scénariste Odile Barski et le dialoguiste Gérard Brach, Le Cœur à l’envers s’inscrit ainsi dans le sillage d’un autre âge, celui de l’inceste au ciné, en version seventies SVP. Il ne saurait cependant, pas un seul instant, rivaliser avec les déjà très surestimés Le Souffle au cœur (Malle, 1971) et La luna (Bertolucci, 1979), diptyque historique et pudique, a fortiori lorsque comparé aux spécialisés opus pornographiques, imagerie américaine numérisée de notre modernité masturbée, même déminée, pasteurisée, selon ses épuisantes et épuisées stepmommies en série, l’explicite étasunien toujours en définitive puritain, hein ? Construite en boucle bouclée désenchantée, l’histoire de restauration, familiale, picturale, aux deux tiers se déroule à Paris puis durant le dernier se trame en Espagne, charme to...

Maurice

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  Un métrage, une image : Gueule d’ange (1955) À Jacqueline Gueule d’ange commence comme se termine Panique (1946), fête foraine défaite, mais Marcel Blistène, ses Amants de demain (1959) salué par mes soins, à la différence de Julien Duvivier, ne s’inspire de Simenon afin de cartographier un pays, une patrie, en proie à l’antisémitisme et à la furie, acerbe façon de régler ses comptes avec ceux qui l’accusaient d’être allé ailleurs se planquer pendant l’Occupation des Teutons. Basé sur une chanson de Charles Dumont, revoilà Piaf, sa moralité soignée, appliquée, c’est-à-dire, traduisent les sarcastiques et les critiques, surtout des Cahiers , sclérosée, asphyxiée, à l’image du moment d’antan, « transit » des frileuses fifties , dans la vie, sur un écran, relit Laclos davantage que Madame Bovary , l’experte « provinciale » en faux tableaux à deux balles valide et emballe. Puisqu’il n’existe « plus de place aujourd’hui pour les héros »,...

Le Temps d’un week-end

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  Un métrage, une image : YUL 871 (1966) De l’exode à l’exil – un ingénieur parisien aux parents roumains se casse au Canada, y musarde en compagnie d’une aimable gamine, gosse à la « gomme », donc à bonbon, allons bon, y visite une usine de « lourdes machines », dont le patron préfère les polars de la Série noire à la science-fiction selon Ray Bradbury, tant mieux, tant pis, y rencontre une drôle de blonde, portée sur le tir au pigeon et promise émancipée d’un amateur de ballon rond concon. Au sein jamais malsain de ce simulacre « provincial » du voisin américain, Denner ne désespère, avec Hélène & Madeleine partage sa peine, celle d’un vrai-faux orphelin au portrait de famille pieusement préservé, parmi sa valise emporté. Tout contre la chair de la chère étrangère se donnent à voir et à entendre des souvenirs de la seconde guerre, mais YUL 871 ne vise à rivaliser avec Hiroshima mon amour (Resnais, 1959), même en noir et blanc élégant, s...

Je suis timide mais je me soigne : Deux instants dans la vie de Lea Massari

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  Réminiscence de l’évidence d’Anna Maria…    À l’italianophile Jacqueline Il existe un mystère Massari, pas celui d’une star , assez dérisoire, disons d’une actrice accessible et cependant à distance. En 1970, en France, en marge du Festival de Cannes, conférence spécialisée, aux questions à la con, guère à foison, flanquée d’un Claude Sautet quasi en colère, d’une silencieuse, quand même éloquente, Romy Schneider, remarquez ce regard, lourd de ressenti, d’histoire, elle s’assied, elle sourit, elle rit, un bout de papier elle plie puis, tournée vers le cinéaste, elle compatit, quel ridicule désastre… En 1977, en Suisse, valeureuse invitée de Christian Defaye, interlocuteur toujours respectueux, souvent pertinent, ni attaché de presse complaisant, ni psychanalyste pontifiant, elle boit, elle fume, elle s’adosse à son siège, elle porte une paire de lunettes, elle parle d’elle et d’autrui, de son métier, de sa vie, comme rarement une autre, avant ou après, débarrassée ...

Les Nuits de Cabiria : Julieta

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Federico Fellini. Ton style c’est ton cul Ton style c’est ton cœur Léo Ferré Les Nuits de Cabiria   (1957) croise Le Cheik blanc (1952) à La strada (1954), devine La dolce vita (1960), présage Juliette des esprits (1965). En dépit des apports de Pasolini & Rondi, il ne s’agit, cependant, d’une matrice apocryphe de Accattone (1961) ni Ingrid sulla strada (1973), à chacun sa représentation de la prostitution, donc. On peut un peu en plus penser à Pretty Woman (Marshall, 1990), surtout pendant le premier épisode un tantinet méta, toutefois le conte de fées sur fond de classes sociales, Fellini s’en fiche, a contrario de la dichotomie molto catho entre profane et (con)sacré, perdition et pureté. Item récompensé à Cannes, adoubé à Hollywood, désormais restauré mais toujours incomplet, quid du philanthrope aux troglodytes interlopes, jadis à la demande de l’Église censuré ?, la co-product...

Le Franc-tireur : Courage fuyons

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  Conflit qui indiffère, silence de l’amer… Western révisionniste seventies , pourtant pas à la sauce US : il ne s’agit plus de réhabiliter les « Amérindiens », de fustiger leur « génocide », plutôt de démystifier les maquisards, de (pour)suivre un suicide. Au cœur du Vercors, Bashung fera le mort, sautera à l’élastique, menteur nocturne de sa Fantaisie militaire à lui. Vingt-six ans auparavant, Léotard incarne de manière mutique un « fils de collabo » cynique, un petit opportuniste venu se planquer chez sa grand-mère, au grand air, y attendre en supposée toute sécurité la fin attendue de la seconde guerre, guère dernière. Mauvais timing , comme dirait le Roeg à l’horloge détraquée de Enquête sur une passion (1980), car les Allemands mitraillant décident d’investir et donc de réduire la forteresse naturelle, sa communauté républicaine. Deux femmes vont faire les frais des funèbres fusillades, l’ancêtre précitée, partie des œufs chercher, la ...

Le Feu follet : L’Homme pressé

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  Nouvelle Vague ? Dernier rivage… Pour Jacqueline Chronique presque autobiographique d’un décès annoncé, amitiés à Márquez & Rosi, Le Feu follet (Malle, 1963) fait davantage que servir de présage à L’Insoumis (Cavalier, 1964) et Les Parapluies de Cherbourg (Demy, idem ), c’est-à-dire évoquer les fameux « événements d’Algérie » et leur trouble de « stress post-traumatique » dépressif, consécutif. Certes, le « bel Alain », Leroy déchu, le Roi mis à nu, se suicide aussi en raison de ceci, mais son passé militaire, de sale et silencieuse guerre, n’explique pas tout, pas plus que sa nausée, à l’évidence sartrienne, devant la « médiocrité » du monde, du sien, de ses amis, de son destin. Si la mort demeure un mystère, le trépas volontaire constitue un rébus absurde, une énigme irréductible, un (dés)astre noir neutralisant, en élégant noir et blanc, Cloquet vient d’éclairer Classe tous risques (Sautet, 1960) et Le Trou (Becker, 196...

Jacqueline : Quatre mains, deux claviers

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  Dialogue en duo, script en stéréo… Où sont mes racines Nashville ou Belleville Eddy Mitchell 1 Générique (de début) Elle s’appelle Jacqueline Waechter, je me nomme Jean-Pascal Mattei. On la sait Parisienne, on me situerait Marseillais. Les parcours nous séparent, la correspondance nous rapproche. En tandem , à distance, nous tenons des carnets de bord, de notre survivance, de nos réminiscences. Nous aimons le cinéma, pas toujours le même, pas toujours pour les mêmes raisons. J’esquissai son portrait, je lui proposai de réfléchir à sa cinéphilie. Ce qui suit constitue, en sincère simplicité, le témoignage créatif d’une amitié, au-delà de la virtualité.       2 Mon cinéma à moi 12 questions, 12 réponses Votre tout premier souvenir de ciné ? Un Laurel & Hardy, un souvenir précis, entre fou rire et chaudes larmes, la première fois que je me suis sentie en décalage avec une foule, je devais avoir quatre ans, je pleurais alors que les autr...