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Affichage des articles associés au libellé Sono Sion

Harmonium : Hospitalité

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Kōji Fukada. Lent et long, Harmonium (Kōji Fukada, 2016) mérite quand même un court article rapide. Financé avec de l’argent français, filmé en trois semaines selon une économie de récit, de dramaturgie, de psychologie toute nippone, coupé au mitan par le sang d’une enfant, mystérieuse victime en robe rouge, il passe du thriller domestique au mélodrame maternel. Comme jadis chez Mizoguchi, tant pis pour les filles féroces de Ring (Hideo Nakata, 1998) ou Audition (Takashi Miike, 1999), revoici des femmes flouées, handicapées au propre, au figuré, à cause d’hommes minables, complices mutiques, faussement amnésiques, de l’irréversible. Conte de culpabilité démultipliée, de disharmonie généralisée, jouée à six, Harmonium se termine sur un pont, en illustration littérale de son titre original : quand on se tient au bord du gouffre, de l’abîme nietzschéen, on finit par y tomber, merci au suicide tout sauf se...

La Femme sur la Lune : Le Gardien du manuscrit sacré

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Fritz Lang. Elles, dans le suave La faiblesse des hommes, elles savent Que la seule chose qui tourne sur Terre C’est leurs robes légères Alain Souchon La Femme sur la Lune (1929) débute dans l’escalier de M le maudit (1931), se poursuit dans le bureau des Espions (1928), passe par la chambre à coucher du Tigre du Bengale/Le Tombeau hindou (1958-1959), puis s’achève sur la plage des Contrebandiers de Moonfleet (1955), justement, boucle bouclée avec le satellite sélénite, chic. Il s’agit, par conséquent, d’un film de Fritz Lang, d’une leçon d’astronomie, de géométrie, de cinématographie, où chaque putain de plan puissant stupéfie par sa capacité d’émerveillement, sa rigueur arithmétique. Voilà Lang en alter ego de l’entrepreneur du récit, voire l’inverse, les plans de la fusée mettent en abyme ceux du ciné. L’architecture radicale du métrage annexe un mobilier daté, localisé, carrément alleman...

The Whispering Star : Fragile

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  « Tu n’as rien vu à Hiroshima » mais tu aperçois Fukushima. Her lips are soft and moist With whisper, whisper, whispering whispers Elton John, Whispers Film feutré, film secret, The Whispering Star (2015) mérite son intitulé. La solitude et la finitude s’y expriment à voix basse, murmurent une messe idem de requiem à peine ponctuée d’un violoncelle, d’un aria d’autrefois. Infinité de l’espace, fin de l’espèce, pourcentage de désavantage, puisque 80 % d’intelligence artificielle contre 20 % d’humaine. Les cartons d’introduction et de condamnation prennent acte de la situation de science-fiction, du monumentalisme des errements, du minimalisme du temps restant. Si la science doit progresser, les bipèdes s’avèrent sur le point de s’éclipser. Le métrage millimétré, géométrique, sous l’influence mélancolique, claustrophobique, de Kubrick, celui de 2001, l’Odyssée de l’espace et Shining , adopte « l’amour » des hommes pour la distance et la ...

The Machine Girl : Un seul bras les tua tous

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Yukio Mishima meets Boris Cyrulnik… Un divertissement sanglant ? Assurément ! Dès l’ouverture presque sépia (intéressant travail désaturé du DP Yasutaka Nagano) à la Guillaume Tell (pomme et couteau) mâtinée de Kids Return (adolescents violents en costards noirs), The Machine Girl délaisse le réalisme et s’enfonce avec délice dans l’excès. Cette histoire de (double) vengeance (ressort ancestral de nos passions, de nos fictions) féminine se visionne avec un sourire constant et complice, car le film ne manque pas d’humour (communicatif, drolatique) ni d’amour (fraternel, maternel). Sans une once de cynisme, dépourvue de paresse, la co-production américano-japonaise (coopération de la Nikkatsu) se savoure (gastronomie rieuse d’un bras muté en tempura géante, d’une boule de riz écrasée, façon James Cagney déclaré Ennemi public , sur la bouche blessée ou captive, de doigts de cuisinier sur canapé cannibale) en film d’action over the top (le DVD paru chez Elephant Films po...

Jukai : Dolls

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Gabrielle Lissot. Tout commence par des halètements, pas ceux d’un accouchement, mais d’une course hors-champ. Une femme fuit dans la forêt (des suicidés), ou court après quelque chose, quelqu’un. Dans sa main, une bobine de fil (rouge), celui du film qui se dévide, celui d’Ariane qui, paraît-il, lie la mère à son enfant, réminiscence du sésame mythologique pour ne pas se perdre dans le labyrinthe (des passions, rajoute Pedro Almodóvar). Elle porte une robe à pois et des chaussures de ville, elle arbore un visage et des articulations de poupée, davantage inspirée par la théâtralité mutique des marionnettes du bunraku que par les anatomies brisées/sexualisées de Hans Bellmer. Cette femme-poupée ne va pas se casser (elle se casse d’une autre manière, altière), elle va enfanter, son ventre dévoilé le promet. Au sein d’une jungle en noir et blanc à la King Kong (tronc à l’horizontale au-dessus ...

Noriko’s Dinner Table : Buffet froid

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Akira Kurosawa invite Yasujirō Ozu à dîner ; la vengeance se déguste froide via un métrage chaleureux.   On remet le couvert, mes chers. Au menu copieux, le long d’un repas scopique pris durant cent soixante minutes roboratives, pas de formule mercantile, nul plat réchauffé, aucun sushi défraîchi mais un psychodrame hardcore (bandage plutôt que bondage ), mais moult soucis familiaux pour la pauvre Noriko, provinciale « montée » à Tokyo comme naguère Rastignac à Paris. Autre temps, autre mœurs : il ne s’agit plus d’affirmer sa présence agressive de conquérant, de se faire une place au soleil dans la capitale commerciale. La future étudiante, suffoquée par son avenir, par l’idéalisme et l’égoïsme paternels, voire paternalistes, entend donner corps à une correspondance, troquer l’avatar contre la rencontre, une possible amitié (féminine) incarnée à la clé (de casier ferroviaire, de la porte d’entrée dans l’âge adulte rempli de tumulte). Sortie de l...

Suicide Club : Shinjuku Incident

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Stoïcisme, individualisme, capitalisme et table rase cartésienne où s’attabler afin de dévorer des «  sandwiches de réalité » à la sauce Allen Ginsberg.    Aujourd’hui, maman, nous allons mourir. Il vient pour nous, le vraiment dernier métro, pas celui de Truffaut, pas le train solaire des Lumière – sidérante horreur du réel –, il nous emmène, express de minuit loin de la Turquie, vers le grand sommeil d’un rôle sur mesure, vérifiable imposture propice aux masculines conjectures, spectacle spectral en traumatisme de masse. Vous ne nous oublierez pas, suprêmes actrices liminaires et mortes alertes, sereines, fracassées par la rame triviale, chthonienne, transformées en geyser découpé-prolongé par le montage, sublime et salissant outrage sur les murs, les parures, sur fond de partition mélancolique, de requiem oriental. Ces jeunes filles en fleurs et en pleurs paraphent l’immolation mécanique d’une nation, la comédie sinistre du suicide assisté, dirigé...