Articles

Affichage des articles associés au libellé Ari Aster

L’Évangile selon saint Mars

Image
  Exils # 92 (13/03/2025) Après quatre années de « boucherie héroïque », voici enfin un film pacifiste, entre utopie et pédagogie : A Trip to Mars ( aka Le Vaisseau du ciel , Holger-Madsen, 1918). Ici la science-fiction s’associe au sermon, non pas de manière imposante et menaçante ( Le Jour où la Terre s’arrêta , Wise, 1951), mais au sein très sain d’une communauté costumée, remplie de ruralité, de sérénité, sorte d’antidote aux sectes suspectes de The Wicker Man (Hardy, 1973) ou Midsommar (Aster, 2019). Ces Martiens aux traits humains s’avèrent végétariens et leur justice rapide tout sauf expéditive. Pas de prison à l’horizon, sinon en mentale incrustation, plutôt une barque dépourvue de Charon, une « île des morts » plus ancienne que celle du spécialiste Zelazny, où apprécier en compagnie de spectres immaculés un preste « happiness of death ». Pendant le premier des deux uniques travellings du titre, la caméra s’avance vers un écran dan...

Salauds de Suède

Image
  Exils # 73 (22/01/2025) Un canicide, quatre homicides, dont un « féminicide », un viol collectif, un suicide explosif : ça ne chôme pas, chez les Suédois. Au-delà du ciné, depuis des années, le fameux « modèle » bat de l’aile, aux prises avec des maux plus ou moins modernes, ce qu’atteste une pelletée de textes populaires classés en littérature policière, Läckberg Camilla ne nous contredira. Une récente étude de la Drees, analyse statistique certes toujours suspecte, place aussi cet autre « plat pays » parmi les plus dépressifs d’Europe, derrière notre Hexagone, paraît-il le premier à déprimer. On oublie donc Bergman, même et surtout celui de La Source (1960), on remate Razorback (Mulcahy, 1984), on chine les représailles des Chiens de paille (Peckinpah, 1971) car The Hunters (Sundvall, 1996) retravaille une horreur rurale et locale à côté de laquelle le mimi Midsommar (Aster, 2019) et son sacrifice festif ressemble à une blague pseudo-s...

Tant qu’il y aura des hommes

Image
  Inertie ou énergie, jadis ou aujourd’hui, un et un ou cinq contre un…   Souviens-toi : dans Victor Victoria (Edwards, 1982), Garner, lui-même vrai-faux gangster , réaffirmait sa masculinité (peu) menacée, parmi le « gay Paris », ses travestis, grâce à une grande bagarre. Dans Nobody (2021) et Invincible (2015), la virilité se donne à voir, pareillement, différemment. Le Zampano de Federico s’effondrait in fine ( La strada , 1954) ; le Louis Zamperini d’Angelina Jolie résiste, la lourde poutre hisse, crie de rage, dévisage l’adversaire, ne se laisse faire, même à terre, gagne le duel inégalitaire, son calvaire vite devenu spectaculaire, populaire, en plein air. Une trentaine d’années après Furyo (Ōshima, 1983), revoilà un combat, encore entre un Anglais, un Japonais, Miyavi autant musico que Sakamoto, à l’homoérotisme modéré, non plus improbable et impossible baiser pédé, mais onirisme de souvenir ensoleillé, paradis perdu du prisonnier battu, pas...

Elena et les Hommes

Image
  Un métrage, une image : Le Domaine (2019) Ça sent le renfermé, à la Hérédité (Aster, 2018), matez-moi mes cadres en widescreen millimétrés, mes deux clins d’œil en contre-plongée, à la porte de Shining (Kubrick, 1980) puis au cercueil de Vampyr (Dreyer, 1932). En matière de musique, le cinéaste scénariste cite aussi Rossini, sa pie chipeuse, par conséquent, par ricochet, électro-chocs inclus, domestiques, Orange mécanique (Kubrick, 1971), chic. Hélas, pas de place ici, tant pis, pour le soupçon d’une réflexion en action(s), sur les risques de l’intégrisme, ni les conséquences de la violence, Carl Theodor & Stanley peuvent continuer à roupiller, sur leurs supérieurs lauriers. En vérité, Le Domaine s’avère en définitive un hybride du Village (Shyamalan, 2004) et de World War Z (Forster, 2013), associant autarcie et zombies , justifiant l’enfermement, voire le « confinement », au moyen des morts-vivants. Si Paso à Salò ne manquait d’humour noirissi...

Mort à Venise : La Dernière Séance

Image
  Une chaise longue au goût de tombe et le grand air d’un cimetière à ciel ouvert… Spielberg versus Visconti, voire l’inverse : de Mort à Venise (1971) aux Dents de la mer (1975), la plage se peuple, le gosse régresse, le sort se renverse – et pourtant Spielberg en parallèle à Visconti, car il s’agit aussi, déjà, d’un homme immobile, d’un (a)mateur de malheur/Mahler, d’une histoire de regard, d’un jeu dangereux au bord de la mer et donc de la mort, identité différenciée de mélodrames maritimes. Désormais impossible à (re)produire aujourd’hui, en raison de sa problématique pédérastie, de son homosexualité pas assez gay , en effet, en tout cas selon les critères du lobby LGBT, Mort à Venise se focalise sur une fascination, carbure à l’obsession, affiche la fin d’un monde en fable funeste, disons de double autofiction, celle de l’auteur, celle du réalisateur, sise au sein molto malsain d’une cité mausolée, puisque par le choléra contaminée, ensuite explorée via le beau tr...

Pay the Ghost : Little Children

Image
Charlie sans chocolaterie, carnaval infernal, culpabilité de paternité… Le père frémit, il presse son cheval, Il tient dans ses bras l’enfant qui gémit ; Il arrive à sa maison avec peine, avec angoisse : L’enfant dans ses bras était mort. Goethe, Le Roi des Aulnes Délesté d’une sortie en salles hexagonales, réservé à la VOD, Pay the Ghost (Uli Edel, 2015) s’apparente, en effet, à un affreux téléfilm fantastique inoffensif, comme en produisent/diffusent « à la pelle » les spécialistes cyniques de la stakhanoviste Syfy, aïe. Cette transposition d’un bouquin de Tim Lebbon, Britannique prolifique, se caractérise par son insipidité, son aspect désincarné, formaté, prémâché, par ses effets spéciaux et ses jump scares au rabais, ressassés. Côté casting , Sarah Wayne Callies, venue de la TV, on le devinait, s’avère inexistante, transparente, écrasée par un rôle de mère endeuillée, d’épouse séparée. Quant à Joseph LoDuca , compositeur mineur, mais estimable, ...

Color Out of Space : Meteor

Image
Rendre les armes à Arkham, un réservoir pour se revoir… À la mémoire de Stuart Gordon (1947-2020) Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. Pascal, Pensées Film fol, Color Out of Space (Richard Stanley, 2019) représente l’une des meilleures adaptations de Lovecraft, car il sait conserver le caractère hallucinatoire de son écriture, préserver sa subjectivité radicale, fatale, de récit insane tissé par un témoin guère serein, au bord de la tombe. Il s’agit aussi, sillage des images novatrices des sixties - seventies , d’un film méta, du déploiement à contretemps de l’essoufflement contemporain, du recyclage mesquin, de la rance bien-pensance, des puissances sensorielles du cinéma, la projection pensée (ou le visionnage envisagé) en expérience (personnelle) des limites (perceptives) cinématographiques. Moins métaphysique et poétique que Kubrick ( 2001, l’Odyssée de l’espace , 1968), davantage drolatique et tragique, le second Stanley dresse en sus un mélo...

Dantza : Brigadoon

Image
Danser sa vie, enchanté ? Dénombrer les minutes immobiles, désenchanté. À la chère Shula, tu te reconnaîtras. Dantza (Telmo Esnal, 2018) se voudrait mythique mais se réduit à de l’anecdotique et, peut-être pire, à de l’autarcique. Ce projet assez sauvage, devenu produit trop sage, cherche à séduire via ses paysages, voire ses visages, n’y parvient jamais, dommage. On doit Dantza à un ancien assistant d’Álex de la Iglesia, par exemple sur Le Crime farpait (2004) ou Mes chers voisins (2000). Toutefois, en dépit du sardonique pedigree , Dantza souffre aussi de son manque d’humour, de son esprit de sérieux, de son déroulement laborieux, en partie calqué sur le cycle des saisons, allons bon. Plus aéré que le claustro Beyond Flamenco (2016) du compatriote Carlos Saura, moins songeur que le pictural Rêves (1990) d’Akira Kurosawa, cédant la 3D au piteux Pina (2011) de Wim Wenders, trois influences assumées du cinéaste ex -danseur, Dantza ressemble ainsi à une commande a...

Midsommar : Soleil de nuit

Image
ABBA, sabbat, b.a.-ba du bla-bla… Le réalisateur poseur du raté Hérédité (2018) délocalise donc en Suède Le Dieu d’osier (Robin Hardy, 1973 + Neil LaBute, 2006), espère que son Midsommar (2019) sidérera le spectateur, à l’instar du personnage de Christian, peu chrétien en dépit de son prénom, de son destin, aux prises avec des païens, alors possible ersatz de l’Alex molto Ludovico de Orange mécanique (Stanley Kubrick, 1971), étalon concon, de défloraison à l’unisson, thésard en retard, plagiaire policé, in fine immobilisé, rendu muet, glissé nu à l’intérieur d’une carcasse vidée d’ours maousse, brûlé vif en compagnie d’un duo de volontaires masos, what if  si l’if ne fait son office ?, trinité mortelle bouclant la boucle du suicide en trio initial. Hélas, cette acmé enflammée, de festival estival létal, dévoile le vide général, réduit le mince récit en cendres, propose en apothéose un incendie qui jamais ne flambe. En raccourci, la communauté bucolique, atrocement ac...