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Affichage des articles associés au libellé Peter Lorre

Le Culte et l’Occulte

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  Exils # 54 (10/10/2024) Aussi suicidaire mais moins « suicidé de la société » que le pauvre van Gogh, James Whale s’intéressait aux « dieux » et aux « monstres », cf. une réplique emblématique de La Fiancée de Frankenstein (1935). Alors âgé d’une trentaine d’années, Antonin Artaud se soucie de « sorciers » et de « saints », selon une sorte de note d’intention écrite à l’époque de La Coquille et le Clergyman (1928), vaudeville anecdotique et pseudo-cryptique dont le scénariste se désolidarise vite, dommage pour Germaine Dulac et sa « composition visuelle » très patraque, conspuée en sus dès sa sortie par les susceptibles surréalistes. Né un an après la date de naissance officielle du « cinématographe », leur rencontre se place cependant sous le signe du rendez-vous loupé, en dépit d’apparitions assez impressionnantes chez Gance ( Napoléon , 1927), Dreyer ( La Passion de Jeanne d’Arc , 1928), L’Herbier ( L’Arge...

Goliath

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  Un métrage, une image : Le Château de l’horreur (1974) « La trépanation de la cervelle est en soi très justifiable » : l’œuvre d’Oliver, pseudonyme peu limpide, collectionne sans vergogne les répliques drolatiques, ce qui la rend à l’instant, en un instant, un divertissement souvent amusant, assorti de situations aussi stupides qu’irrésistibles, tant le sublime sait en sus, souvent, se métisser de risible, surtout au sein (aperçu plein) du ciné classé genré. On y retrouve un Rossano Brazzi en bout de course, presque à bout de souffle, l’acteur de valeur de Vacances à Venise (David Lean, 1955), La Charge de Syracuse (Pietro Francisci, 1960) ou L’or se barre (Peter Collinson, 1969), illico relooké en « comte » Frankenstein sérieux et toutefois espiègle, dialogue ad hoc , avant de visiter l’univers malsain de Damien ( La Malédiction finale , Graham Baker, 1981) puis la grosse pomme pourrie, de nuit, d’Abel Ferrara ( New York, deux heures du matin , 1984). Dans le rôle de l’...

Sciuscià

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  Un métrage, une image : M (1951) Remake merdique ? Matrice apocryphe, puisque Psychose (Hitchcock, 1960) s’y profile, même les mannequins du Baiser du tueur (Kubrick, 1955), d’ailleurs. Ni M le maudit (Lang, 1931), ni Furie (Lang, 1936), M s’avère assez longuet, ponctué d’annotations drolatiques, décontractées, surtout sises au sein du Bradbury Building, bâtiment au baroque amerloque, dont le vide évident, l’agitation sans tension, symbolisent ainsi, ironique métonymie, ceux d’un film qui frise l’inutile. Losey glosait à Ciment son désir de se démarquer du modèle allemand, son parti pris d’opposer un individu « malade » à une société « coupable », d’en plus portraiturer le « produit » de la « matriarcale et matérialiste petite classe moyenne américaine », amen . En 1974, face à Friedkin, Fritz se défendit de s’être soucié de sociologie, a fortiori pré-nazie ; face au freudisme risible, pléonasme, du « sch...

Si seulement Marc Seberg

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  Dix titres , dix stèles, désire, dit-elle… Si seulement les chansons d’amour et de désamour de notre modernité (dé)moralisée, contaminée, condamnée, pouvaient posséder une seconde une once de l’élégance intense de celles de Marc Seberg… Si seulement ce chanteur charmeur qui jamais n’exista, sinon en toi et moi, sous une forme démultipliée d’individualités réunies, en sursis, revenait d’entre les morts vous éclairer encore, d’une éclaircie pas rassie, sus à l’ennemi, aux geignardes nostalgies, aux années enterrées, aux jeunesses effacées, fin de siècle, obsolètes… Si seulement Philippe Pascal, autrefois artiste apolitique de Fnac marseillaise, votre serviteur se le rappelle à l’aise, ne disparaissait, peut-être se suicidait, à la soixantaine, à Rennes… Si   seulement l’éphémère Pascale Le Berre, claviériste et compositrice, fredonnait davantage sur ces voyages efficaces, effectués tout sauf en solitaire, quelles belles et bonnes bouffées d’air, breton ou non… Si Brecht ...

Arsenic et vieilles dentelles : 13 fantômes

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Des citrouilles, de la trouille ? Une catharsis complice. Revoir peut revenir à redécouvrir : en visionnant hier soir Arsenic et vieilles dentelles (Capra, 1944) en double DVD collector , par conséquent équipé d’un portrait de l’acteur plutôt plaisant, complet, tant pis s’il oublie ce titre-ci, doucement narré par Helen Mirren ( Cary Grant: A Class Apart , Trachtenberg, 2004), je me surpris à penser au Chant du Missouri (Minnelli, 1944), à La Corde (Hitchcock, 1948), à Gremlins (Dante, 1984), voire à La Famille Addams à la TV. Cette « Halloween tale » constitue, on le sait, une dark comedy , raconte une histoire d’altruistes assassinats en série, affiche un frère anxiogène aux faux airs de Frankenstein (Whale, 1931) à la sauce Karloff, respecte les trois unités de temps, de lieu, d’action, de la tragédie, à part un prologue sportif, administratif, et un bureau de « maison de repos ». Modèle d’adaptation cinématographique d’un succès de Broad...

La Femme au gardénia : Nuit d’ivresse

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Le symbole de l’amour muet, l’emblème de Billie Holiday… Un jour peut-être ça changera Y a plus d’respect dans la rue Tu sais très bien quand t’abuses Angèle Aux USA, en 1953, l’attirance funeste de Tristan & Yseut se mue en « crime passionnel », Cole côtoie Wagner, le féminisme fricote avec le fait divers. Certes tamisé par le glamour de l’imagerie de Los Angeles sur grand écran, disons une dizaine d’années avant son avènement outre-océan, le réalisme trivial du kitchen sink britannique se matérialise de manière littérale, lorsque l’héroïne s’évanouit, sa conscience emportée dans le tourbillon d’un évier, tel un prélude au décès de sa blonde consœur de salle de bains ( Psychose , Hitchcock, 1960). Film court, tourné en une vingtaine de jours, film conservateur, tout sauf « mineur », film agréable mais discutable, La Femme au gardénia persiste à parfumer le présent de son passé pertinent. La Warner avaricieuse acquiert les droits d’une n...

Le Boucher : L’Institutrice

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Claude Chabrol. Réminiscences d’Alina Reyes. « Vous aimez la viande ? », « Vous aimez le cinéma ? » : Popaul et Mademoiselle Hélène ne parlent pas la même langue, que le boucher donne à couper, si le rosbif déplaît aux convives, elle collectionne les reproductions de tableaux, en décore les murs de son logement de fonction, il collectionne les cadavres intacts de jeunes femmes inviolées, elle porte le deuil souriant d’un amour passé depuis dix ans, il voudrait l’embrasser, avoue venir la voir, le soir, silhouette sous sa fenêtre, mais ces deux-là se connaissent, se reconnaissent, se comprennent, s’apprécient et s’aiment à leur manière, sincère, mensongère, mortifère. Au cœur de leur accord secret, au propre, au figuré, ils s’entendent, ne se dénoncent pas, réside le vrai mystère de ce métrage en apparence trop clair, linéaire, lesté de symbolisme scolaire, de la grotte fig...

La Peur : L’Aveu

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Roberto Rossellini. Lorsque Irène, sortant de l’appartement de son amant, descendit l’escalier, de nouveau une peur subite et irraisonnée s’empara d’elle. Mais une fois tombée dans l’infidélité, elle revenait encore et toujours au pianiste, ni comblée ni déçue, par une sorte de devoir, par habitude. – Irène, dit-il, et sa voix avait une extraordinaire douceur, pendant combien de temps encore allons-nous nous faire souffrir ? Elle souffrait encore un peu, mais c’était une souffrance heureuse et pleine de promesses, semblable à ces blessures qui vous brûlent si fort avant de se cicatriser définitivement. Stefan Zweig, La Peur Si l’essayiste suicidé au Brésil séduit les épris de psychologie par sa prose viennoise, élégante, évanescente, un brin écœurante, le cinéaste italien ne lâche rien, livre une œuvre envoûtante, éprouvante, finalement bouleversante. En réalisateur digne d...