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Affichage des articles associés au libellé Pier Paolo Pasolini

Italie année uno

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  Exils # 154 (08/01/2026) « L’union politique européenne détruira-t-elle l’individualité des nations et leur rôle historique ? » interroge le journaliste. Le pacifiste et volontariste De Gasperi répond par son obsession, l’unité italienne étendue à l’union européenne. Cinquante-deux années après, l’échange conserve sa pertinence, n’en déplaise à la bien-pensance de la chaîne franco-allemande, médiatique, idéologique et symbolique alliance, laquelle conclut sa courte critique d’un alarmiste « Ce cinéma moral et politique offre des outils de compréhension du monde et demeure puissamment d’actualité à l’heure où les démocraties occidentales se voient fragilisées par les montées des extrémismes ». Comme si la superstructure malsaine présidée par l’indéboulonnable Madame von der Leyen ne possédait sa part de responsabilité dans le populisme des peuples, ces entités à mater, à masquer, à manipuler, accessoirement à calmer avec de l’argent méprisant, cf. la PAC, viv...

Une inconnue et Delluc

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  Exils # 116 (08/07/2025) Le « cinéaste » cinéphile filme donc (fissa) les « fantômes de l’écran », le « pèlerinage » d’une « épave », à défaut de la Duse souffrante, revoici Ève Francis, muse complice et de Marcel L’Herbier aussi la collaboratrice ( El Dorado , 1921). Ils s’aimaient ces deux-là, cela se sent et se voit, même si leur divorce point précoce survient ensuite, a contrario de la coda conservatrice. Dans Eyes Wide Shut (Kubrick, 1999), un autre couple en crise se retrouve et se regarde in extremis , en tout cas devant la caméra, puisque Cruise & Kidman se dirent « adieu » loin de nos yeux. Ici, Roger Karl ( L’Homme du large , L’Herbier, 1920), lequel ressemble un brin à Michael Lonsdale, se casse à Gênes, empli de gêne, file y faire affaire, intermède documentaire, ne succombe à la tentation à la con d’une danseuse, d’une entraîneuse, de confetti riquiqui. Le scénariste réalisateur débuta au théâtre et l’histoir...

Le Nouveau Monstre

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  Exils # 97 (25/03/2025) On devine vite l’identité du tueur, mais le monstre manifeste du titre d’origine ( Il mostro ) de ce vrai-faux giallo – le directeur promet à l’ancien romancier de le rééditer en série « jaune » – ne cesse d’apparaître, bien avant que son descendant ne lui fournisse in fine le mobile de ses méfaits. À l’instar de Risi, spécialiste de triptyque ( Les Monstres , 1963, Les Nouveaux Monstres , 1977, Les Derniers Monstres , 1982), la monstruosité de l’humanité prête autant à sourire qu’à frémir, alors l’ opus de Zampa commence en comédie méta, au cinéma, affiches de Carrie au bal du diable (sous-titré Lo sguardo di Satana , De Palma, 1976), La banda del trucido ( aka L’Exécuteur vous salue bien , Massi, 1977) et Spasmo (Lenzi, 1974) aperçues illico , se poursuit en satire, exploitation médiatique et en musique du filon du fait divers épistolaire, se termine en mélodrame, tête baissée, tout (est) consommé. Reposant largement sur les épaules...

L’Évangile selon saint Mars

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  Exils # 92 (13/03/2025) Après quatre années de « boucherie héroïque », voici enfin un film pacifiste, entre utopie et pédagogie : A Trip to Mars ( aka Le Vaisseau du ciel , Holger-Madsen, 1918). Ici la science-fiction s’associe au sermon, non pas de manière imposante et menaçante ( Le Jour où la Terre s’arrêta , Wise, 1951), mais au sein très sain d’une communauté costumée, remplie de ruralité, de sérénité, sorte d’antidote aux sectes suspectes de The Wicker Man (Hardy, 1973) ou Midsommar (Aster, 2019). Ces Martiens aux traits humains s’avèrent végétariens et leur justice rapide tout sauf expéditive. Pas de prison à l’horizon, sinon en mentale incrustation, plutôt une barque dépourvue de Charon, une « île des morts » plus ancienne que celle du spécialiste Zelazny, où apprécier en compagnie de spectres immaculés un preste « happiness of death ». Pendant le premier des deux uniques travellings du titre, la caméra s’avance vers un écran dan...

El Jodo

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  Exils # 68 (08/01/2025) « Do you want to go on? » demande l’alchimiste au voleur, c’est-à-dire le cinéaste à l’acteur. Certains spectateurs répondront non, moins fans et financeurs qu’Ono & Lennon. Cependant ce métrage de son âge se suit sans déplaisir, constamment amusant à défaut d’être surprenant. Une cinquantaine d’années après sa sortie limitée, doté d’un budget de millionnaire utilisé à moitié, La Montagne sacrée (1973) ne ressemble en rien à un évangile ni à un texte bouddhiste, n’en déplaise au polyvalent stakhanoviste, ici scénariste, réalisateur, compositeur, costumier, décorateur et producteur. L’auteur de BD remarqué vient du mime et du théâtre, tendance panique, il connaît donc l’éloquence du silence, le mouvement des tableaux vivants. Adapté de Daumal vaguement, d’un livre de chevet de Mitterrand, l’ opus magnum rappelle bien sûr Buñuel & Fellini, le Mexique au passage patrie d’adoption du drôle d’Espagnol. Le Chilien taquin tacle autant les...

Éducation en glaise

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  Exils # 64 (10/12/2024) Projeté en VF vintage , pour un petit public enfantin et féminin, Mary Poppins (1964) ressuscite et revient, redescend du ciel avant d’y remonter éternelle. Avouons : votre serviteur s’y présentait sans passion, presque à reculons, n’attendait rien de très bon, ne se souvenait de chansons jadis déjà et aujourd’hui encore à la con. Mais le métrage de Disney & Stevenson mérite mieux que l’amnésie ou la nostalgie. Certes, sa suffragette simplette, vite soumise au déplaisir du mari, rendra furieuses les féministes, tandis que la critique anticapitaliste ne contentera les autoproclamés Insoumis. L’intérêt secret de cette pâtisserie douce-amère à colossal succès réside ailleurs, dans un anarchisme British , une mélancolie assourdie. Le spectateur moqueur ne redoute que la nounou noircie aux grandes dents blanches, aux pieds écartés à cent quatre-vingts degrés, subisse sur les toits, rime chorégraphique à l’urbanisme ethnique de West Side Story (Rob...

Jeu est un autre

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  Exils # 49 (10/09/2024) La « double indemnité » [1] de Billy Wilder ? La « double identité » de Dolorès Grassian. Le Futur aux trousses (1975), remarquez donc l’oxymoron en situation, méconnue mais aimable comédie noire, commence dans un miroir, identitaire et dédoublé accessoire, affiche des chiffres pré-générique presque à la Matrix [2] , donne à entendre les clochettes d’une calèche chipées bien sûr à Buñuel [3] , comporte une partie de chasse en marche telle celle de La Règle du jeu [4] , en prime un happening un brin fellinien, « boudoir défouloir » d’anciens abattoirs, ce qui, accolé aux séquences de micro-trottoir (la scénariste/réalisatrice s’y met en abyme ?), au prix pour faire partie du club inclusif (120 francs) rappelle illico les quidams et les fachos du spécialiste Pasolini [5] . À moitié tourné au sein aseptisé d’un « centre informatique du Crédit Lyonnais », banque pas encore en détresse ni préoccupée de ...

Mais 68

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  Exils # 28 (11/04/2024) Avec Cathy 2024 vous rend patraque ? On compatit, s’exile aussi, de notre époque médiocre, à l’art de désespoir. « Forget 68 », préconisait le pitre Cohn-Bendit : si désormais, merci à l’amitié, février revêt une relative valeur, suivant votre serviteur, qui malheureusement ne croit au bonheur, a priori celui promis par la petite bourgeoisie, sa pseudo-révolution à la con, sa lutte ouvrière de naguère, de chimère, ses « CRS SS », pourtant Pasolini les applaudit, ses pavés de plage, son « réactionnaire » héritage, il ne s’agit ici de gémir de nostalgie, de ressusciter un passé franco-français, enterré plutôt que regretté, mythifié, démystifié, aux dépens d’un présent lui-même épuisant, peu « épatant ». La production cinématographique peut paraître parfois prophétique, l’hypnotiseur Caligari en prédécesseur de Hitler, professe Kracauer, le spectateur regarde toujours dans le rétroviseur, car l’écran, «...