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Affichage des articles associés au libellé Michel Deville

Les Yeux ouverts

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  Exils # 19 (07/02/2024) Des notices nécrologiques de diagnostics optiques : si le Ciel existe, l’actrice décédée dut s’en amuser, davantage s’en désoler. Mais ma mémoire, surtout pour un texte à sa mémoire, ne saurait se réduire à un regard (ni au truisme pépère d’une réplique simpliste de Prévert), désire y voir avant tout l’âme d’une femme a priori fréquentable, d’une artiste sous-estimée remarquable. Monica Bellucci le dit aussi, la beauté au fil des films et des décennies vite s’évanouit, à défaut se différencie, il faut presque patienter afin d’être redécouverte, réévaluée. Celle de Michèle Morgan (pseudonyme aux initiales dédoublées, au carré, à la Marilyn Monroe ou Michèle Mercier) n’empêche d’apprécier son talent évident, d’applaudir son indépendance, sa persévérance, de compatir à sa malchance en matière de (mariage) romance, malgré la tendresse offerte in fine par le fidèle Oury, oh oui. Elle refusa des rôles qui pouvaient lui apporter l’absolution, la consécr...

Détective

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  Un métrage, une image : Une femme mariée (1964) Réponse à La Peau douce (Truffaut, 1964). Relecture de Hiroshima mon amour (Resnais, 1959). Modèle de Fragments d’un discours amoureux , édité en 1977. Barthes ? Beethoven. Nougaro & Vartan, Céline & Racine, Noël & Leroy. Printemps puis Peyrefitte. « Coiffeurs » guère blagueurs du diplomate Leenhardt. « Déportés » engrossis d’un certain « Monsieur Rossellini ». Sujets, objets. Couples, coupes. Hédonisme et adultère, le (détective) privé, le (dogme) publicitaire. « Scandale » et « Obsession », sandales et « compromissions ». Titres de chapitres, thèmes de monologues. Le masculin et le féminin, le « noir » et le « blanc », le positif parmi le négatif. Une piscine à photographe, à filles fines. À Orly un travelling , reflet du fauteuil (roulant, parce que peu de temps, d’argent) dans les vitrines. Du « présent » à consommer...

Cavale vitale : Un croquis de Cathy

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  Rebelle ? Rouvel. Fille facile ? Interprète intrépide. Star sudiste ? Soleil à domicile… Actrice et comédienne, on s’en fiche, on discerne, Catherine Rouvel toujours alterne le ciné, la scène. Elle naît à Marseille, moi-même idem , elle ne représente pourtant, via la vie, en l’écran, l’on ne sait quelle Provençale provinciale dépeinte depuis la pseudo-capitale, pas davantage, case d’occase, une égérie régionale. S’il convient de la caractériser, de lui procurer un pedigree , adoptons la tactique de l’onomastique, disons donc qu’elle porte un nom de naissance ad hoc , puisque la belle s’appelle en vérité Vitale, patronyme de mouvement, de tempérament, de non-renoncement. La vitalité de l’intéressante intéressée s’incarne d’abord au creux de son corps, outil à la fois intime et expressif de sa profession d’éphémère ou filmée s(t)imulation. Les courbes d’une juvénile Catherine, vingt printemps d’antan, de tout le temps, convient Renoir à l’inviter au Déjeune...

Marianne de ma jeunesse

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  Les mains d’Orlac ? La voi(e)x de Dorléac… La rumeur le murmure, les médias le démontrent : il convient d’éviter Catherine Deneuve, femme infréquentable, fielleuse, « odieuse », de surcroît inconditionnel soutien à son « pote » Polanski, donc à sa « pédophilie », méfiante face à une forme de féminisme en ligne, farouche au sujet du « mariage pour tous ». Cependant les saintes n’existent pas, à part du côté de Calcutta, et encore, elles n’intéressent, elles laissent perplexe, en tout cas l’incontournable Catherine mérite mes quelques lignes magnanimes, voire admiratives. Un chouïa chanteuse, en sourdine diariste, symbole du ciné français, sinon de sa nation, citoyenne signataire, star insubmersible, même malmenée par un humoriste droitiste, Laurent Gerra l’associe à Paris, c’est-à-dire « toujours en travaux », sinistre rigolo, philanthrope pas si interlope, très récompensée, en résumé adulée, détestée, Deneuve s’avère ...

Espion(s)

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  Un métrage, une image : Le Dossier 51 (1978) Dépouillé du spectaculaire, l’espionnage apparaît en pleine et piètre lumière, jeu sérieux, spécieux, dont la dimension méta au cinéaste espiègle n’échappa. Deville & Perrault, carpe + lapin, parce qu’ils le valaient bien ? L’ opus récompensé, idem produit par Dussart ( L’Apprenti salaud , 1977), encore éclairé par le régulier Lecomte, toujours monté par la coutumière Raymonde Guyot, démontre et démonte une mise en scène malsaine, signée d’un tandem amène, en train d’esquisser de sinistres cinéastes, eux-mêmes en train d’observer, avec pour objectif de le manipuler, un quidam du quai d’Orsay. Pas une once de hasard si la scène de séduction dirigée, capturée au carré, sur pellicule, en vidéo, ressemble ainsi à une audition, anticipe le dramaturgique psychique du Paltoquet (1986), entrepris parmi une décennie dédiée aux images domestiques, donc individualisées, surdéterminées, selon le marché, de la publicité (à ...

La Lectrice

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  Rêve éveillé, rêverie d’aujourd’hui, soupirs de sainte et cris de fée… On ignore son nom, de qui il s’agit, ce qu’elle lit, en définitive, on s’en fiche, on l’avise de profil, on la devine tranquille, femme calme, au calme, aux pieds et mollets ensoleillés, au silence concentré, au fauteuil tapissé, au rideau disons à demi, à moitié tiré. N’en déplaise à Deville, donc à Miou-Miou ( La Lectrice , 1988), voici notre lectrice à nous, moins blonde, pas moins gironde, elle aussi à domicile, peut-être se déplace-t-elle idem , en petite tenue bienvenue, jolie lingerie chic et pudique. Par rapport à l’inconnue cadrée dans un coin, mise au piquet point, à l’érotisme apaisé, subtil, à l’intimité portée au carré, mise à nu des formes et de l’effort, de la dame et de l’âme, la cara Claudia Cardinale, pas autant dévêtue, paraît presque tendue, en train d’étudier en solitaire, cadrage similaire, position à l’unisson, identique et différenciée focalisation, sinon de mémoriser sur le set , en...

Don Giovanni

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  Un métrage, une image : Benjamin ou les Mémoires d’un puceau (1968) À la clémentine Jacqueline Laclos au creux et au cœur de Watteau, OK , illico , mais Benjamin ou les Mémoires   d’un  puceau se souvient aussi, pardi, de Belle de jour (Buñuel, 1967), mon masochiste amour, jusqu’à réutiliser, voire refourguer, de facto son trio, reformuler une fameuse et fantasmée humiliation, bye-bye à la boue, bienvenue à une verte flagellation, annonce en sus Raphaël ou le Débauché , sorti trois ans après, encore La Lectrice (1988) bien sûr complice, érotique et pudique. Au côté de l’incontournable Nina Companeez, co-scénariste, dialogueuse et monteuse, l’habile Deville délivre donc un divertissement intelligent, à contre-courant du temps, qui n’oublie, évidemment, d’adresser un clin d’œil au carré au Don Juan ou le Festin de pierre du presque contemporain Molière, même s’il en minore, sinon omet, la dimension satirique, allez. Il s’agit, en résumé, d’une étu...

Raphaël ou le Débauché (1971) : Cela s’appelle l’aurore

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  Aux hommes la mélancolie, aux femmes la (sur)vie… Merci Jacqueline Nietzsche ordonnait de danser sa vie ; aussi funambule que le Zarathoustra du philosophe, qui estimait l’Homme comme une « corde tendue au-dessus de l’abîme entre l’animal et le Surhumain », hein, Raphaël ne souhaite « penser qu’à ses pieds », finira fissa flingué, son suicide en rime à celui de son Aurore adorée, in extremis et sans malice mal mariée. À revoir à l’invitation d’une artiste amie ce film, l’un des meilleurs du réalisateur Michel Deville, jadis découvert durant l’adolescence, on sourit de connivence et s’émeut à nouveau devant le mélodrame rempli de charme, écrit avec esprit et monté avec doigté par l’incontournable Nina Companeez, quels rôles en or, selon deux interprétations d’exception, la fascinante Françoise Fabian et l’irrésistible Maurice Ronet en superbe couple en déroute. Costumé par l’experte italienne Gitt Magrini, partenaire d’Antonioni & Bertolucci, Lado...

Les Enfants du marais

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  Un métrage, une image : Le Guérisseur (1953) Pour la ronetesque Jacqueline Dans Le Cas du docteur Laurent (Le Chanois, 1957), Gabin se déguise idem en sudiste médecin, confronté à la colère de ses collègues ; dans Le Guérisseur (Ciampi, 1953), pourvu du patronyme-pseudonyme homonyme, Marais à Dinan domicilié traversa déjà tout ça, en sus s’amourache d’une chère malade à tumeur cérébrale. Le mélodrame médical revisite ainsi, in extremis , ici à peine retardée, la fameuse mort d’Eurydice et donc Orphée (Cocteau, 1950). Lachaux/Laurent s’impose en personnage plutôt intéressant, à la fois altruiste et cynique, qui traite ceux nombreux venant le trouver de « névrosés », qui voudrait bien enfin croire à son improbable super-pouvoir. Hélas, l’imposition des mains ne sert en définitive à rien, sinon certes à rendre jolie l’agonie, apaiser la patiente, farouche et frêle Isabelle, munie du charmant strabisme de Mademoiselle Delorme. Le couple en proie au dout...

Ne vous retournez pas (3) : Un mois de cinéma

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  Des films, des films, des films … Fuite futile ? Exil utile ! 4 Könige (Theresa von Eltz, 2015) Vol au-dessus d’un nid de coucou rencontre Breakfast Club  : premier film d’une femme passée par l’oxfordienne université, par Frears & Loach (dé)formée, experte en publicités, ce psychodrame au carré, très téléfilmé, accuse l’incompétence des adultes, adoucit des ados le tumulte. Débuté en POV, en caméra portée, le conte teuton de Noël, un brin à la truelle, vaut avant tout pour son casting en quatuor , presque en or, échauffant la fable réchauffée.   L’Apprenti salaud (Michel Deville, 1977) Comédie insipide commise par un cinéaste estimable ; un petit employé de quincaillerie pseudo-quadragénaire, endeuillé de sa grand-mère, se réinvente en gros escroc de province, à base d’héritage, au sein d’un alpage. Lamoureux joue le jeu, Christine Dejoux avec lui et nous fait joujou, quatre ans avant La Soupe aux choux , mais cette moralité sur la célébri...

Le Dimanche de la vie : Madagascar

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  Balayer le passé, souffrir du saphir… À Jacqueline, de cette découverte à l’origine Dès le premier plan, en travelling avant, on (re)pense, évidemment, aux chers Parapluies de Cherbourg (Demy, 1964), autre histoire de petit(s) commerce(s), de grande guerre ; un plan en plongée, sur le pavé mouillé, lui rend hommage en sus, à Bruges. Mais Herman, ancien assistant de Rossellini, Rivette, Minnelli, Annakin, lui-même assisté par un certain Claude Miller, qui va vite rencontrer le succès ( Adieu l’ami , 1968), essuyer l’échec ( Jeff , 1969), doublé Delon, allons bon, peut-être adouci, grâce à la présence de la gracieuse Anne Doat sa chérie, ici serveuse à soldats, main aux fesses express autorisée, avec le sourire supportée, plus jamais, désormais, tu t’en plaindras, pas moi, signe un premier film (de fiction) doté d’une seule chanson, Delerue à la composition. Sous peu sur le set « en chanté », ensoleillé, des Demoiselles de Rochefort (Demy, 1967), Danielle Da...