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Affichage des articles associés au libellé Andreï Zviaguintsev

Les Apparences : Le Rôle de sa vie

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    « Wunderbar » ? Dur d’y croire… Je suis le restaurant déserté Bertrand Burgalat, L’Enfant sur la banquette arrière Les « professionnels de la profession » appellent cela un « film véhicule » et sa star , Karin Viard, s’y fait en effet véhiculer, en calèche de boucle bouclée, d’abord souvenirs d’hier, d’une mère estimée trop populaire, vade retro , Rondò Veneziano, ensuite présent immanent, en regard caméra souriant. Entre-temps, la directrice de la médiathèque ne sait plus où donner de la tête, prise (culbutée sur le canapé, sombre escarpin dressé) entre une institutrice adultère et un harceleur en colère. La première, son courriel piraté, sa liaison dévoilée, son « sordide » passé déterré, sa proximité répudiée, finira par une fenêtre bruxelloise encadrée, après un épilogue de non-lieu ( because légitime défense), dénouement pas si bienheureux, diffusé en direct au JT, ah ouais. Le second, romantique germanique, molto p...

Une femme dans la tourmente + Une femme douce : Le Beauf + Le Boulet

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Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur les titres de Mikio Naruse & Sergei Loznitsa. Mikio vainqueur par KO ? Presque… Tandem de mélodrames interminables, Une femme dans la tourmente (1964), Une femme douce (2017) affichent des femmes affligées, avec lesquelles le spectateur, a priori la spectatrice, se voit pour ainsi dire mis en demeure de compatir. Hélas, tout ceci, diptyque très démonstratif, directif, sis dans des pays opposés, à des moments différents, au moyen de styles guère similaires, ne respire jamais, se délite vite. Cadré millimétré, en Scope d’époque, déroulé surtout en studio, scandé par la sirène du train du destin, sucré par les trémolos de la BO, Une femme dans la tourmente préfigure Le Grand Bazar (Zidi, 1972), le petit commerce versus le supermarché, lutte métonymique, métaphorique, économique, sociologique, de « temps en train de changer », en effet, Dylan ne contredit. Ici, au sein de ce conte de fées défait, flan...

Faute d’amour : Génial, mes parents divorcent !

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Andreï Zviaguintsev. Faute d’amour (Andreï Zviaguintsev, 2017) débute par un arbre massif, tant pis pour celui, fragile, du Sacrifice (Andreï Tarkovski, 1986). Ensuite, les bénévoles orangés du GRED quadrillent un bâtiment abandonné, à moitié délabré, hantise du passé soviétique, de ses « palais culturels » mortifères, à la Stalker (Tarkovski, 1979). À chacun sa « zone » (de dépression, d’inconfort), camarade capitaliste, alors voici celle d’un couple de propriétaires en train de se séparer, de s’insulter, de se cracher, (dés)accordés, Nous ne vieillirons pas ensemble (Maurice Pialat, 1972). On n’en doute pas une seconde, cependant un doute subsiste, quant à l’identité véritable du cadavre macabre, (dé)négation en duo, la demande d’ADN sort de (la) scène : Aliocha ou pas ? Pendant l’épilogue, des peintres s’activent et sifflotent dans l’appartement nu, (re)vu, vendu, un travellin...

L’Idiot ! : Main basse sur la ville

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Youri Bykov. Putain c’qu’il est blême mon HLM Renaud L’Idiot ! (Youri Bykov, 2014) se termine comme commence Le Client (Asghar Farhadi, 2016), par l’évacuation d’un immeuble menaçant de s’effondrer, métaphore maousse d’un pays aussi pourri que les fondations mal foutues. Deux ans avant le professeur iranien, voici donc le plombier russe, moins connu dans l’Hexagone que son confère polonais, davantage dostoïevskien, le titre sarcastique en héritage d’outrages. Hier ou aujourd’hui, en Russie, l’honnêteté ne rapporte rien, hormis, à l’ultime plan, caméra en plongée, se faire tabasser à terre, par la foule déchaînée, évacuée, répit provisoire, catastrophe cachée. Autant altruiste, héroïque, imbécile, que le prince christique, son illustre prédécesseur, Dimitri se voit ainsi récompensé de façon salée par ceux qu’il venait sauver, merci au messie alarmiste qui nous emmerde depuis le début de la nuit. Le...

Les Nuits blanches du facteur : La Dame du lac

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Suie à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Andreï Kontchalovski. Imaginez dans Le Miroir (Tarkovski, 1975) le reflet de Paranormal Activity (Peli, 2007) mais mettez de côté le chromo et les trémolos de Il postino (Radford, 1994). Bientôt octogénaire, l’auteur du scénario de Andreï Roublev (Tarkovski, 1969), frangin de l’épique et poutinien Nikita Mikhalkov, signe un film d’une jeunesse et d’une sagesse enviables, fréquentables. Muni de ses deux caméras Red, d’un script co-écrit avec l’ex-journaliste Elena Kiseleva, retrouvée pour Paradis (2016) à la bande-annonce refroidissante, du concours des habitants d’un hameau essaimé autour d’un grand point d’eau, le second AK, un salut à Akira Kurosawa, aiguilleur de l’argument de Runaway Train (1985), cartographie une autre Russie, pas celle de Vladimir, pas celle de la station Mir, quand bien même une base aérienne élance dans le ciel sa fusée surréelle. Blancheur des peaux, de l’alcool qui console, qui p...

Le Fils : Twist again à Moscou

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            Pas de vodka ni de caviar – place à « l’être-là » et au désespoir… Autant prévenir aussitôt le lecteur : il ne s’amusera pas face au Fils et notre guilleret sous-titre relève de la pure ironie. L’histoire ? Un jeune homme s’occupe de sa mère malade ; elle meurt ; il s’en va à la capitale humilier sa sœur, étrangler son père ; il apprend sa propre paternité par sa future épouse. Le traitement ? Noir et blanc, plan-séquence, pas de musique (belle reprise pianistique d’un air de rue au trombone diégétique sur le générique final), peu de dialogues, des acteurs taiseux, se regardant rarement, comme si les couples d’Antonioni se rencontraient dans la Russie de Tarkovski ou plutôt de Poutine (cf. notre prose à propos de Leviathan ). Film glacé, glaçant, film qui brûle étrangement, par-delà sa panoplie arty , sa neige pragmatique et symbolique, Le Fils envoûte ou déroute, sans ...

L’Arche russe : La Maison Russie

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre d’Alexandre Sokourov. Dans un entretien (disponible sur le site supra ) avec Michèle Levieux à l’occasion du Soleil , Sokourov se remémore : « Avec la vieille dame d’une vie humble, j’ai vécu le Japon de l’intérieur. Et en même temps, je consultais des archives. J’ai écouté les gens attentivement, observé leur comportement, comment ils pensent et comment ils rient. Lorsque j’étais dans la foule, j’essayais d’être invisible comme eux. Je leur montrais que je voulais recevoir d’eux ce qu’ils voulaient bien me donner. » Trois ans plus tôt, le voici en voix off dans les ténèbres, parlant d’un « grand malheur » obscur, se retrouvant illico dans les couloirs de l’Ermitage, à la suite d’un avatar de Virgile démarqué du marquis de Custine, ironique explorateur livresque de la Russie au dix-neuvième siècle. Boulevard du crépuscule meets Le Syndrome de Stendhal  ? Un peu, o...