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Affichage des articles associés au libellé Chet Baker

L’amour vient en chantant + Ô toi ma charmante : Austerlitz + L’Éducation de Rita

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Fred & Ginger ou Adele, Eleanor, Judy, Cyd ? Fred & Rita, voilà… Ce qui rend ces instants émouvants ? Sans doute la sincérité du simulacre. Du glamour au mensonge, il suffit d’un pas, bien sûr « de deux », mais l’imagerie de la « comédie musicale » ne relève de l’anecdotique, davantage de l’héroïque, chaque artiste une sorte de Sisyphe, qu’il faut en effet, comme chez Camus, imaginer heureux, ici, maintenant, sous nos yeux souvent si malheureux. La tristesse, Rita la connaissait, la vécut toute sa vie, en vérité, jusqu’à ne plus se souvenir de rien, maudite, magnanime décharge des chagrins. Cependant ce diptyque un peu exotique, au succès suranné, donne à (re)voir, sinon à saluer, une victime avérée, irréductible à sa douleur, moins encore à sa beauté brune de « bombe » anatomique puis atomique. Abusée dès l’enfance par son père (im)pitoyable, plusieurs fois mal mariée, Rita trouva néanmoins le moyen de se réinventer, d’afficher en filigr...

Do outro lado do azul : Aquarela do Brasil

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« Motus et bouche cousue » ? Mots tissés pour Andrea Motis… À Stéphane Barthélémy À la mémoire de João Gilberto Ni Astrud Gilberto ni Norah Jones, moins encore Billie Holiday, références fastidieuses, sinon hasardeuses, de presse classée spécialisée, revoici Miss Motis, jadis découverte par votre serviteur à l’occasion du sympathique mais anecdotique single He’s Funny That Way (2016). La jeune trompettiste, parfois saxophoniste, délivre ici un second CD à son image, à son ramage, à savoir droit et délicat. « De l’autre côté du bleu », au-delà du blues , peut-être du ciel, de ses merveilles oziennes, derrière la pluie de Dorothy, l’auditeur séduit déambule en compagnie d’une productrice espagnole qui écrit, compose, arrange et chante, en majorité en portugais. Bien entourée par une dizaine de musiciens masculins, dont l’incontournable Joan Chamorro , mentor et double bass , précisons la participation de sa sœur Carla, guitariste/vocaliste sur un ...

L’Institutrice : Poetry

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Nadav Lapid. Tel un vers faux, quelque chose ne fonctionne pas dans le deuxième long métrage de l’attachant cinéaste. On loua Le Policier , on prisa Le Journal d’un photographe de mariage , on peut bien faire un ou deux reproches à L’Institutrice , notamment celui de sembler découvrir que la bêtise, la laideur, la vulgarité gouvernent la société israélienne, et le monde au-delà, que le fric et les flics maintiennent une forme de fascisme soft , que le lyrisme ne signifie rien face à l’arrivisme, au machisme, au cynisme généralisés, partagés. Mais cela, cher Nadav, existe depuis toujours, même au temps des Médicis ou de Louis XIV, époques de noces entre l’art et le pouvoir, rétrospectivement perçues en âges d’or enterrés par notre désespérante modernité. Quant à ceux, si vertueux, confortables « professionnels de la profession » critique ou productrice, qui se gargarisent avec le terme « résistance...

Ornette: Made in America : Saxo

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Shirley Clarke. Le free jazz  ? Presque un pléonasme, tant la liberté caractérise, caractérisa, devrait caractériser cette musique autrefois à la mode, pour de bonnes et mauvaises raisons, avec son imagerie mythique de nuit, de ville, de désir, de ruine, de Brésil relayée, sinon créée, en partie par le cinéma. Hélas, le jazz ne libéra pas le cinéma et ce court documentaire consacré à un vrai créateur le démontre assez médiocrement. Durant soixante-dix-sept minutes longuettes, on écoute Ornette en concert au Texas natal, fil rouge sonore passé à travers le chas des archives, personnelles ou publiques. Shirley Clarke, surtout connue pour le surfait The Connection , portrait de groupe et d’époque sur fond de drogue, de reportage répété, tente d’élaborer en testament un équivalent visuel à la syncope de Coleman, à coup de caméra portée, de montage stroboscopique, de zooms avant et arrière à...

Let’s Get Lost : Le Chanteur de jazz

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Bruce Weber. Voilà, perdons-nous au son de la voix et de la trompette de Chet, puisqu’en 2017 le reste, tout le reste, anywhere , s’avère assez abject. Égarons-nous durant deux heures environ dans ses rides, dans son sourire, dans sa belle gueule fracassée de camé édenté. Le spectre roule en Cadillac et sa vie se déroule en « histoire orale », le film affiche un noir et blanc granuleux – du 16 mm « gonflé » en 35, au vintage format 1.33 – qui harmonise les sources, les époques, les discours dans le même espace-temps mythique, atemporel, artificiel et arty . En studio ou à l’hôtel, en Italie ou à Cannes, sur une plage de Santa Monica bientôt arpentée par Lana Del Rey, on croise Chris Isaak, vrai-faux héritier mutique, le Flea sauteur des Red Hot Chili Peppers, on aperçoit des photographies érotiques d’André de Dienes, sirènes au soleil, dont une certaine Marilyn, et un poste...

Un moment d’éternité

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Voici vingt ans disparaissait Tom Jobim, l’un des grands compositeurs de « musique populaire » (aucune condescendance sous notre plume) du vingtième siècle – retour au Brésil le temps d’un album  vraiment  mythique… 34 minutes, pas une de plus, et huit morceaux, pas un de moins, suffirent à  Getz/Gilberto  pour entrer dans la légende (dorée), pas uniquement celle du jazz . On peut parler, osons le mot, d’une conjonction  miraculeuse  de talents, sous l’égide du grand producteur Creed Taylor, œuvrant alors au sein de Verve Records et par ailleurs fondateur du label  Impulse!  Sans lui, la  bossa nova  se cantonnerait, peut-être, à l’état de musique « régionale », voire « ethnique », sceau d’infamie pour un courant à la fois très brésilien et tourné vers tous les ailleurs, notamment classiques, Chopin ou Ravel, par exemple, idoles du pianiste. On mesure mal, cinquante ans après, l’impact de l’album, ...