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Affichage des articles associés au libellé Jackie Chan

Vain chœur par chaos

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  Exils # 110 (21/05/2025) Dommage pour leurs amateurs : on compte davantage de cascades dans un seul épisode de L’Homme qui tombe à pic que dans toutes les quatre-vingt-cinq minutes presque longuettes de L’ É quipée du Cannonball (1981). Cela peut étonner de la part de Needham, ancien stuntman et acteur occasionnel – il kidnappe Hackman pour French Connection 2 (Frankenheimer, 1975), se met ici en abyme comme ambulancier puis (ré)apparaît à l’ultime plan du bêtisier – qui concocta et connut un autre succès motorisé avec Cours après moi shérif (1977), déjà conduit par Reynolds, ensuite aussi transposé à la TV. Cette variation sudiste (Needham naquit à Memphis) des aventures de (Sisyphe) Vil Coyote cède sa place à une course maousse, illégale of course , « cinq mille kilomètres à cent quarante kilomètres/heure », quelle horreur s’écrie la sécurité routière, et Lee Majors, alias Colt Seavers, la sienne à la (très) regrettée Farrah Fawcett, couple séparé sur le ...

Le Sourire

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  Um métrage, une image : Jackie Chan à Hong Kong (1999) Ce qui rend émouvant ce film inoffensif ? Que la mélancolie du si souple Jackie s’y affirme de fait en sujet assumé. Comédie romantique, à baiser aquatique, ultime image du générique, bien sûr adoubé en bêtisier, non comédie d’action, en dépit d’un joli doublé, exécuté au côté du déjà décédé, dommage, Bradley James Allan, d’une baston en bateau, d’une seconde à moto, celle-ci mise en scène au carré, car simulacre sentimental, héroïque, sinon narcissique, Jackie Chan à Hong Kong raconte donc l’histoire, en rose et noir, d’un recycleur coureur, dont ni l’argent, ni l’affrontement, à répétition, par procuration, un peu concon, avec un meilleur ennemi, un vieil ami, un rival cordial, qui, dépité, désirait s’incendier, à l’essence se suicider, qui se confiera illico , arrosé au jet d’eau, ne font le bonheur, ne consolent le cœur. Comme Superman puis Spider-Man, le plus redoutable et réel adversaire soi-même s’avère....

Old Gringo

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  Un métrage, une image : Memory (2022) Construit en boucle bouclée de cou coupé, commencement et dénouement d’égorgement, ce remake américain d’un succès européen pouvait bel et bien se déployer en mélodrame masculin un brin élisabéthain. Il convient de se contenter d’un polar un peu politique, a fortiori gérontophile, qui carbure, en sourdine, à l’immigration clandestine, à la mineure mexicaine, à la sommité de l’immobilier maternelle et malsaine. Sorti au terme d’avril aux États-(dés)Unis, déjà disponible en ligne, Memory s’avère vite aussi superficiel et consensuel que American Nightmare 5 : Sans limites (Gout, 2021), file une métaphore déjà utilisée, idem délocalisée, par les très supérieurs Outrages (De Palma, 1989) puis Redacted (De Palma, 2007). Au viol et au meurtre comme armes militaires au Vietnam, en Irak, se substituent la cellule du camp d’internement, pardon, du « centre de détention », la violence de l’enlèvement, la complicité traumatisée,...

Big Brother : L’Art du mensonge

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  La grande illusion du lucide dragon… « Quelle ville de voleurs, Hong Kong ! » s’exclame Jackie Chan, mais lui-même ne dérobe la grosse somme du cher Raymond Chow, loin s’en faut. Insuccès critique et financier entrepris et réussi par défi, Big Brother (1989) séduit aussitôt en raison de sa générosité, de sa sincérité. Durant plus de deux heures, l’acteur-réalisateur expose ses passions et précise pourquoi, en quoi, ce cinéma-là, celui de HK en ce temps-là, tant compta pour lui et moi. Film historique, film de gangster , film d’action, comédie sentimentale, musicale, mélodrame, Big Brother accumule les imageries, d’ailleurs, d’ici, tandis que le scénario de l’amical Edward Tang reprend et retravaille largement l’argument et la trame de Grande Dame d’un jour (1933) puis Milliardaire d’un jour (1961), diptyque de Capra, oui-da. Adieu à la Grande Dépression, fi de la guerre froide, retour aux triades, au collectif et au local, à l’étranger en train de s’intégrer...

La Fureur du dragon : Les Félins

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Bruce Lee by Bruce Lee + l’excellent complice Chuck Norris… Deux hommes à Hong Kong, deux combattants au Colisée, deux façons de s’affronter, une nouvelle manière de filmer – un chat au milieu, comme un modèle, comme un écho. Si le duel légendaire de La Fureur du dragon (Bruce Lee, 1972) persiste à séduire presque cinquante ans après, il le doit à sa beauté, à sa moralité. Lee, polyvalent, puisque acteur, auteur, réalisateur, producteur, doubleur et en plus percussionniste, ne se contente pas de concocter une castagne anthologique, sociologique, où l’Orient dérouille l’Occident, où les « Jaunes » mettent à genoux les « Blancs », en correspondance contextuelle, colorée, avec les Black Panthers simiesques de La Planète des singes (Franklin J. Schaffner, 1968). Il cogite, dirige puis participe à une chorégraphie de nécrologie, irriguée de respect, de gravité, de dignité : sa fureur affirme sa grandeur, son corps en accord avec son cœur. La baston sado-m...

Journey to the West: Conquering the Demons : Monkey Business

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Chérie, je me sens rajeunir, car tu conjures le pire… Nous voici bien loin du sien Bons baisers de Pékin (1994), salué par mes soins : avec ce colossal succès en Asie, pas même distribué ici, Stephen Chow « fait le show », paraît se prendre pour un certain Tsui Hark, qui ensuite en réalisera la suite, tout aussi lucrative, à l’intitulé lucasesque, Journey to the West: The Demons Strike Back (2017). Co-réalisé par Derek Kwok, co-écrit par des scénaristes en série, éclairé par Sung Fai Choi ( Détective Dee 2 : La Légende du Dragon des mers , Tsui Hark, 2013 + Détective Dee 3 : La Légende des Rois célestes , Tsui Hark, 2018) et musiqué par Raymond Wong ( The Lovers , Tsui Hark, 1994 ou Shaolin Soccer , Stephen Chow, 2001), ce conte moral, presque bancal, mérite d’être visionné en 480p, en VOST en anglais. Si, au Japon, aux États-Unis, la monstruosité marine nécessite des scientifiques, de l’atomique, cf. Godzilla (Ishirō Honda, 1954) ou Piranhas (Joe Dante, 1978), i...

Paradox : Pattaya

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Chef-d’œuvre esquivé ? « Adios » endeuillé… You always taught me right from wrong I need your help daddy please be strong I may be young at heart But I know what I’m saying Madonna La majorité des métrages, « écrasante », à écraser, s’écrase devant le spectateur, recherche ses faveurs, essaie de le rassurer, apprécie, par conséquent, de se prostituer – pas Paradox (Yip, 2017), dont la séduction assez sidérante repose sur sa radicalité assumée, son désespoir désespéré, pourtant point désespérant. Si le synopsis ressemble en surface à une sorte de Taken (Morel, 2008) en Thaïlande, oublions la bouse de Besson, dommage pour le dear  Liam Neeson : porté par un impressionnant et récompensé Louis Koo ( Connected , Chan, 2008 ou Accident , Cheang, 2009, aussi ici co-producteur), dont le cri « déchirant » de douleur paternelle déchire encore, le lendemain, mes oreilles, ma cervelle, Paradox porte bien et haut son titre, puisque p...

The Blade : Ringo Lam, in memoriam

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Les armes, les larmes, l’âme de Lam… Survenue in extremis en décembre, apprise au présent par votre serviteur, la mort de Ringo Lam (1955-2018) se reçoit en surface et symbole, dirait le Oscar Wilde de la préface du Portrait de Dorian Gray . En effet, outre terminer, autour de la soixantaine, une vie individuelle, elle met un terme à une filmographie, à une cinéphilie, c’est-à-dire à un écho collectif. Avec la disparition du cinéaste disparaît une part du cinéma de HK, de sa réception en Occident, au tournant des années 80-90. Jackie Chan, Stephen Chow, Tsui Hark, Sammo Hung, Wong Jing, Wong Kar-wai, Johnnie To, John Woo, Corey Yuen, chacun à sa (dé)mesure, contribuèrent à établir un imaginaire, mirent en images sa magie, en sa compagnie. Vingt-cinq films en trente-trois ans, cela vous semble suffisant ? Ceci ne satisfit l’intéressé, retiré des écrans contre sa volonté, de son plein gré, disons depuis une décennie, le segment de Triangle (2007, co-dirigé par Hark & ...

Légendes d’automne : The Chow Must Go On

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Nécrologie jolie ? CV à saluer. La discrétion médiatique du récent décès de Raymond Chow ne surprend ni ne choque : art amnésique, y compris lorsqu’il pratique le piètre recyclage post -moderne, le cinéma ne se souvient pas, oublie vite, chaque mercredi fait table rase en espérant faire salle pleine. Passons sur cette situation, méprisons les épiciers, congédions aussi la nostalgie – se remémorer Raymond revient à revisiter une trentaine d’années de cinéma chinois et ceci ne sent la poussière, point le sapin. Chow, on le sait, s’émancipa des frères Shaw, exécutif homophone, créa la Golden Harvest en compagnie de Leonard Ho, second transfuge spécialisé dans la publicité. Auparavant, le natif de Canton reçut une éducation catholique, suivit des études de journalisme, étudia les arts martiaux, trouva sa voie à la radio, via le Voice of America de HK. Artisan d’une suprématie asiatique, celle de la Shaw Brothers, enfin victorieuse de sa rivale la Cathay, Chow finit par s’ins...

Cadet d’eau douce : Mississippi Burning

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Chas. F. Reisner. Dans cette fable aimable sur le capitalisme et la paternité, le corps atone de Keaton étonne, détonne, cartonne (et chantonne !) – Buster ou celui que l’on attend, que l’on rate, qui tombe, qui s’échappe. La dualité contradictoire du film et de la figure se lit dès le surnom devenu prénom : faire exploser/faire banqueroute. On le sait, Steamboat Bill, Jr. ne devint guère un blockbuster , il parapha plutôt le naufrage de la boîte de Buster, bientôt suivi de son embarquement de régiment à la MGM. Suicidaire, le Buster, surtout durant la célèbre cascade de coda ? Peut-être, en tout cas assurément destructeur, via un argument de fils prodigue (ou presque) revenu délivrer (outillé, déguisé en boulanger) son papounet emprisonné, le soustraire à une tempête possiblement biblique, pensons à la Jezabel de Las Vegas affrontée par le sinner Santoro dans Snake Eyes . Reisner, collaborateu...

Opération Dragon

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Quand l’ancien « maître ivrogne » tombe le masque… En trois titres – New Police Story , Shinjuku Incident et Karaté Kid –, Jackie Chan se réinvente et nous bouleverse. L'acrobate espiègle, volontiers doloriste, de sa jeunesse (et de la nôtre) fait place à un homme blessé, marqué par les ans et les deuils d'une vie. Sa composition dans le dernier, vu récemment à la TV en VO, en particulier une scène mémorable de confession dans une voiture (tout ce qui lui reste de sa femme et de son enfant, victimes d'un accident qu'il causa), méritait bien un autre écrin, mais donne sa vraie valeur au film : Jackie sourit encore (rarement) et continue à transmettre les valeurs d'un art martial existentiel, mais son visage et son corps portent le poids inguérissable du monde. Il devient Jackie Chan, tel qu'en lui-même changé par ce qui excède le cinéma...