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Affichage des articles associés au libellé Sergei Loznitsa

Gilda

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  Un métrage, une image : Les Siffleurs (2019) Petit polar au prologue porté par Iggy Pop, pertinent ( The ) Passenger , où entendre itou l’incontournable Anna Netrebko, la brechtienne Ute Lemper, Mozart, Offenbach, Orff, Strauss (Johann, pas Richard), Tchaïkovski, cf. la colorée compilation, finale et végétale, à Singapour, mon amour, Les Siffleurs s’essouffle fissa, laisse assez vite deviner son épilogue énamouré, quasi timide, presque premier rendez-vous plus relou, réponse souriante à la copulation de l’interpolée introduction, toutefois fi de frontal nudity , puisque enveloppe de fric pratique. Ici, le sexe participe du pouvoir, du spectacle, de la tromperie, chevauchée sans cheval, sinon étalon, western d’athlète, (sur)cadré en écho à l’homologue des Patriotes (Rochant, 1994). Il renseigne aussi, car la corruption n’empêche l’émotion, la mise en scène, guère obscène, les sentiments, la vidéo-surveillance, en mode La Vie des autres (Henckel von Donnersmarck, 2006), l...

Une femme dans la tourmente + Une femme douce : Le Beauf + Le Boulet

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Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur les titres de Mikio Naruse & Sergei Loznitsa. Mikio vainqueur par KO ? Presque… Tandem de mélodrames interminables, Une femme dans la tourmente (1964), Une femme douce (2017) affichent des femmes affligées, avec lesquelles le spectateur, a priori la spectatrice, se voit pour ainsi dire mis en demeure de compatir. Hélas, tout ceci, diptyque très démonstratif, directif, sis dans des pays opposés, à des moments différents, au moyen de styles guère similaires, ne respire jamais, se délite vite. Cadré millimétré, en Scope d’époque, déroulé surtout en studio, scandé par la sirène du train du destin, sucré par les trémolos de la BO, Une femme dans la tourmente préfigure Le Grand Bazar (Zidi, 1972), le petit commerce versus le supermarché, lutte métonymique, métaphorique, économique, sociologique, de « temps en train de changer », en effet, Dylan ne contredit. Ici, au sein de ce conte de fées défait, flan...

L’Idiot ! : Main basse sur la ville

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Youri Bykov. Putain c’qu’il est blême mon HLM Renaud L’Idiot ! (Youri Bykov, 2014) se termine comme commence Le Client (Asghar Farhadi, 2016), par l’évacuation d’un immeuble menaçant de s’effondrer, métaphore maousse d’un pays aussi pourri que les fondations mal foutues. Deux ans avant le professeur iranien, voici donc le plombier russe, moins connu dans l’Hexagone que son confère polonais, davantage dostoïevskien, le titre sarcastique en héritage d’outrages. Hier ou aujourd’hui, en Russie, l’honnêteté ne rapporte rien, hormis, à l’ultime plan, caméra en plongée, se faire tabasser à terre, par la foule déchaînée, évacuée, répit provisoire, catastrophe cachée. Autant altruiste, héroïque, imbécile, que le prince christique, son illustre prédécesseur, Dimitri se voit ainsi récompensé de façon salée par ceux qu’il venait sauver, merci au messie alarmiste qui nous emmerde depuis le début de la nuit. Le...

Black Coal : Nettoyage à sec

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Diao Yi’nan. Polar polaire à l’humour noir comme le charbon, à l’intrigue aussi fine que la glace du titre international, Black Coal fusionne Gorky Park , où l’on patinait déjà mortellement sur « les eaux glacées du calcul égoïste », pour reprendre la métaphore célèbre, toujours de saison, de Marx & Engels dans leur Manifeste du Parti communiste (1848) et le « film noir » à « conscience sociale » de la Warner durant les années 30. Avec son privé alcoolisé, sa « femme fatale » surtout à elle-même, sa radiographie désenchantée d’un pays via le prisme euphorisant du cinéma, le film retravaille habilement et puissamment des motifs bien connus, en partie repris par Jia Zhangke dans A Touch of Sin , l’héroïne paraissant une petite sœur discrète de la « justicière » ensanglantée, elle-même tout droit sortie d’un wu xia pian moderne. Le macchabée...

Leviathan : Les Salauds

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre d’Andreï Zviaguintsev. Cent trente-cinq minutes ne sauraient certes suffire à cartographier la psyché d’un pays, mais elles permettent de retracer, avec calme, densité, une entreprise de destruction constante, la chronique d’une mort annoncée, actée, à peine retardée par le passage d’un avocat ex -para, amical, sentimental, loyal (voire légaliste, en bon juriste athée), néanmoins « infidèle » (étreinte dépressive au lieu du restaurant, le mari alors emprisonné), rentré fissa à Moscou après un simulacre d’exécution, assorti de menaces peu « voilées » sur sa fille. Dans le couloir du train où déambule une gamine blonde, Dmitri semble ne pas voir le paysage, aveuglé par le récent passé. Lilia voulait pareillement partir (désenchantement du nouvel appartement, aux allures de taudis), sans omettre Roma, le fils d’une première mère, blessé, insultant, menacé d’orphelinat puis récupér...

Il est difficile d’être un dieu : La Chair et le Sang

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre d’Alexeï Guerman. Mûri puis tourné pendant plusieurs années, le final cut finalement hérité par l’épouse-scénariste et le fils du cinéaste décédé ( remember Eyes Wide Shut de Kubrick), arrivé après une version écrite par Jean-Claude Carrière passée souverainement inaperçue, Il est difficile d’être un dieu ennuya en Russie, ravit en Europe. On cita ici (aux USA plana l’ombre démiurgique et shakespearienne de Welles), scolairement et paresseusement, Tarkovski, Eisenstein, Klimov, Sokourov, Leviathan et My Joy , Gilliam, Pasolini, Tarr ou Verhoeven, sans oublier bien sûr Bosch & Brueghel l’Ancien, avec un soupçon de Gustave Doré relisant Dante, un zeste de Rabelais en organique écho hexagonal. On se gargarisa des possibles parallèles avec les dictatures soviétiques d’hier, avec l’autocratie selon Poutine aujourd’hui, on se rendit ivre de la supposée trivialité, on se vautra délicieusement ...

My Joy : L'Arche russe

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Suite à sa diffusion par ARTE, retour sur le titre de Sergei Loznitsa.   Une fois sur la route, les spectres vinrent à sa rencontre… Enraciné dans le documentaire, le poids sensible et cruel du monde, le film s’ouvre sur un cadavre jeté dans une fosse (celui du chauffeur ?) et recouvert de ciment par trois hommes anonymes, vêtus de noir, aux mains tatouées. Un bulldozer parachève l’ouvrage morbide, avec la terre noire d’un chantier. Cette introduction, dans sa violence sèche et objective, sert de métonymie et annonce la couleur dominante (elle fera écho à l’assassinat de l’instituteur-apiculteur, tué au petit matin, dans le soleil et les chants d’oiseaux interrompus par une seule détonation). Notre camionneur sans qualités, taciturne, quitte un appartement uniquement occupé par sa compagne fantomatique, pour s’en aller à la rencontre d’autres fantômes, ceux de la Russie d’hier et d’aujourd’hui. Un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, devenu « sans nom...